 |
 |
Prévenir l’illettrisme dès l’école : Pourquoi ? Comment ?
|
|
|
Dans le cadre des Rencontres de la DESCO, la conférence-débat animée par Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l'enseignement scolaire, a réuni à Paris le 23 mai 2003 :
- pour la France : Anne-Marie Chartier, maître de conférences, à l’Institut national de recherche pédagogique ;
- pour l’Espagne, Pilar Martin Laborda, responsable au secrétariat général de l’éducation et de la formation professionnelle, au ministère de l’éducation espagnol ;
- pour les recherches internationales : Alejandro Tiana, président de l'association internationale pour l’évaluation ;
- pour la Grande-Bretagne : Stephen Anwyll, directeur de la stratégie nationale de littératie, au ministère de l’éducation britannique.
Jean-Paul de Gaudemar souligne le thème paradoxal de la rencontre « Prévenir l'illettrisme dès l'école : Pourquoi ? Comment ? » puisque l’école est le lieu de l’apprentissage.
Ce paradoxe, voire cet oxymore, ne résiste pas au fait que le combat contre l’illettrisme est une préoccupation majeure, non seulement du ministère de l’éducation et ce depuis plusieurs années, mais aussi d’autres grands pays.
L’institution ne peut se cantonner à désigner la responsabilité des élèves eux-mêmes, de leur famille, de phénomènes extérieurs à l’école. Elle est amenée à s’interroger sur ses dispositifs, sur ses méthodes, sur les limites de son efficacité. Formuler les choses ainsi fait d’une certaine manière violence à l’école.
Pour le ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, 5 mesures principales constituent le plan de prévention de l'illettrisme :
- procéder à un apprentissage continu : on apprend tout au long de la scolarité à lire et à écrire et il faut consolider les acquisitions, car des désapprentissages sont possibles ;
- faire un effort important au CP ;
- développer les actions lecture hors temps scolaire, notamment dans les centres de vacances ;
- s’appuyer sur des outils nouveaux (TICE) ;
- porter une attention particulière aux difficultés spécifiques des enfants de français langue seconde, et à celles des enfants handicapés.
Anne-Marie Chartier, qui travaille comme enseignant-chercheur au service de l’histoire de l’éducation de l’INRP, montre que l’approche de l’illettrisme et ses conséquences, en terme de mesures prises, a varié selon les époques :
- l’accent mis sur les déficiences par Binet conduit à la création des classes de perfectionnement en 1909 ;
- le rôle de la prise de conscience de l’illettrisme dans l’armée américaine entre les deux guerres mondiales est à la source du développement d’une « méthode globale » à l’américaine ;
- l’approche sociologique des années 60 insiste sur l’importance des conditions socioculturelles ;
- l’accent mis sur la neurologie accentue l’importance des dyslexies, etc.
Un phénomène complexe ne peut être analysé par une seule approche.
Le fait qu’on le désigne aujourd’hui par un terme globalisant (illettrisme) fait-il gagner ou perdre quelque chose ?
Quels avantages et quels inconvénients le remplacement d’« échec scolaire » par « illettrisme » entraîne-t-il ?
Elle s’interroge aussi sur la disparition de compter dans Lire-écrire-compter, qui représente la mission traditionnelle de l’école.
Pour en savoir plus sur les publications d’ Anne-Marie Chartier (http://www.inrp.fr/she/pages_pro/chartier.htm), et sur son ouvrage Discours sur la lecture.
Alejandro Tiana, président de l'International Association for the Evaluation et vice-recteur de Innovación y Evaluación UNED en Espagne, rapporte les principaux résultats des évaluations internationales sur les compétences en lecture.
L’enquête PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study) a été réalisée en 2001 dans 35 pays pour mesurer les performances en lecture des élèves achevant leur quatrième année de scolarité obligatoire (PISA).
L'enquête PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) de 2000 concerne les jeunes de 15 ans, quel que soit leur parcours scolaire, dans une trentaine de pays.
On se reportera à la présentation détaillée de ces enquêtes : PIRLS (fichier PDF - 262 Ko) et PISA (fichier PDF - 260 Ko).
Les résultats montrent que l’environnement des enfants a un impact sur la réussite ;
les aspects les plus influents sur la réussite en lecture sont les suivants :
- des activités à la maison telles que lire des livres, jouer avec les mots, répondre aux questions de vocabulaire des enfants ;
- la présence de livres pour les enfants à la maison ;
- le goût des parents pour la lecture.
Dans les établissement scolaires, il y a d’une manière générale beaucoup de bibliothèques de classe ou d’école, mais on ne les utilise pas fréquemment.
Martin Pilar Laborda, collaboratrice d’Isabel Couso, Secretaria general de educación y formación profesional, Ministerio de educación, cultura y deporte, indique que le terme d’analphabétisme est utilisé en Espagne.
On parle d’ailleurs d’analphabétisme mathématique, scientifique ou concernant les technologies de l’information.
L’analphabétisme fonctionnel qui, pendant la scolarité correspond, à une faible compréhension en lecture et en expression écrite, est distingué de l’analphabétisme absolu estimé à 2 % de la population. Des mesures sont mises en place à destination des adultes.
La « loi organique de la qualité de l’éducation » comporte 4 axes pour réduire l’échec scolaire :
- une politique de l’effort et de l’exigence personnelle ;
- une flexibilité d’itinéraire avec des programmes particuliers, par exemple pour les élèves migrants ;
- une politique visant la carrière du personnel ;
- une autonomie des établissements et un renforcement de la direction.
Pour des précisions, voir l’INECSE (http://www.ince.mec.es/index_f.htm), l'Institut national pour l'évaluation et la qualité du système éducatif, dépendant du ministère de l'éducation, de la culture et du sport.
Stephen Anwyll, Director of National Literacy Strategy, Department of Education and Skills, en Grande-Bretagne, présente la stratégie concernant la littératie.
Ce programme national qui concerne 20 000 écoles d’Angleterre a maintenant 5 ans. Les élèves sont régulièrement évalués et leurs performances sont en réels progrès.
Une équipe centralisée dont il est le directeur pilote les directeurs régionaux ; 150 responsables locaux ont des subventions pour fournir l’aide aux enseignants. Un important effort de formation a été mis en place.
Un même modèle est utilisé dans toutes les écoles qui donne plus de cohérence. Chaque jour a lieu « the Literacy Hour » avec un cadre commun autour de la lecture et de l’écriture, une possibilité de travailler en petit groupe et une session plénière pour revenir sur le processus d’apprentissages qui concerne les mots, la phonétique, l’orthographe, la construction de phrases, la lecture informative, la fiction, le théâtre.
En dépit des progrès d’ensemble :
- le manque de performance de certaines écoles subsiste : des interventions auprès des élèves en difficulté sont mises en place le plus tôt possible (6 ans) ;
- la différence en faveur des filles demeure ;
- si les ordinateurs sont nombreux, on constate le peu d’effets sur l’enseignement ;
- il faut réfléchir au rôle des parents.
Pour en savoir plus, on consultera le site ministériel The National Literacy Strategy (http://www.standards.dfes.gov.uk/literacy/) et le programme Primary leadership (http://www.standards.dfee.gov.uk/primary/about/557458/?version=1) programme pour les écoles primaires participantes.
Pour consulter le dossier complet de la conférence-débat :
http://www.eduscol.education.fr/D0122/illettrisme.pdf (fichier PDF - 162 Ko)
Mise en ligne en août 2003.
|
|
|