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On en parle

Conférence de la PEEP sur l’illettrisme

La nouvelle campagne d’actions de la PEEP, première fédération de parents d’élèves créée, a été officiellement lancée le 30 septembre 2004, au siège de la Fédération, avec la présentation à la presse des résultats de l'enquête sur l'illettrisme. Cette présentation a été suivie d'une session questions-réponses entre journalistes et intervenants.

Parmi les journalistes, les institutionnels et les acteurs du système éducatif présents, nous pouvons citer les intervenants suivants :
Martine Remond, maître de conférences en psychologie cognitive à l’IUFM de l’académie de Créteil et à l’université de Paris VIII, chercheur associé à l’INRP où elle a mené l’essentiel de sa carrière. Elle dirige des programmes de recherche sur l’enseignement de la compréhension au cycle 3 et sur l’évaluation de la lecture. Elle est l’une des meilleures spécialistes de l’évaluation de la lecture. Membre du Haut Conseil de l’évaluation de l’école et de l’Observatoire national de la lecture (ONL), elle a aussi été désignée comme expert international en lecture pour les programmes PISA (OCDE) et PIRLS (fichier PDF – 262 Ko) (IEA : International Association for the Evaluation of Education).
Marie-Thérèse Geffroy, directrice de l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme), est l’auteur du rapport « Lutter contre l’illettrisme » en 1999 et de « L’illettrisme, mieux comprendre pour mieux agir » en 2003.
Laurent Piolatto, délégué général de l'association Lire et faire lire, a été journaliste en presse quotidienne régionale (Le Dauphiné libéré, Le Progrès) avant de s'orienter vers la vie associative. Il a dirigé « L'Espiègle, centre européen des jeunes reporters », association parrainée par le ministère de l'Éducation nationale.
Marcelle Bernon, représentante de l’UNAF (Union nationale des associations familiales), est experte au Conseil d’orientation « Éducation formation petite enfance » de l’UNAF et, à ce titre, membre du groupe de travail « accompagnement solidaire » de l’ANLCI. Membre de la Commission armée jeunesse, elle est également administrateur, secrétaire générale, présidente du département « Éducation formation » et coordinatrice de « Lire et faire lire » à l’UDAF de Paris.
Jean Hébrard, inspecteur général de l’Éducation nationale, membre de l’ONL et historien. Il a écrit de très nombreux ouvrages sur l’école et son histoire. Il a participé à la conception des nouveaux programmes de l’école primaire. Jean Hébrard a contribué à l’introduction de la littérature jeunesse et de la culture générale des élèves à l’école.

Présentation des résultats de l’enquête PEEP et commentaires
L’origine de l’étude, menée par la PEEP, vient du constat de l’importance de l’illettrisme et des conséquences dramatiques que cela peut avoir sur l’avenir des enfants et des adultes.
Cette enquête a pour objectif de réussir à apprécier la connaissance des parents d’élèves en matière de méthodes d’apprentissage, de recueillir leurs opinions sur ces méthodes, de connaître leur degré d’implication dans cet apprentissage et leur position sur l’origine de l’illettrisme et les façons d’y remédier.
La présentation de l’enquête PEEP sur l’illettrisme fait référence aux trois parties de l’étude :

La lecture chez les enfants
- Un apprentissage de la lecture dès la maternelle : pour ¾ des parents d’élève, l’apprentissage de la lecture devrait débuter dès l’école maternelle (pour 54 % en grande section de maternelle et 21 % suggère de commencer avant la grande section de maternelle).
- Constat d’une connaissance approximative des méthodes : 1 parent sur 5 ne connaît pas le principe des différentes méthodes de lecture. La méthode la plus connue est la méthode globale.
- La méthode semi-globale est la plus répandue, mais c’est la méthode syllabique la plus plébiscitée. Pour 55 % des parents, la méthode syllabique est jugée comme la plus satisfaisante.

Réactions des intervenants : Jean Hébrard, inspecteur général de l’Éducation nationale, déplore que les progrès faits, en matière d’apprentissage de la lecture et surtout l’homogénéité des méthodes utilisées (85 % des enfants ont appris avec la même méthode), ne soient pas connus des parents. L’ensemble des intervenants soulignent le déficit d’information des parents sur la pédagogie utilisée, sur les méthodes d’apprentissage et le déroulé des cours. Même si les enseignants expriment des réticences et des peurs de devoir se justifier, un grand effort d’information en direction des parents est attendu. Les bandes-dessinées représentent le premier support de lecture en dehors de l’école (81 % des enfants en lisent). Il semble essentiel de prolonger ce goût de la lecture qui se désagrège au fur et à mesure de l’avancement dans la scolarité de l’enfant. L’essentiel réside dans le fait de lire, peu importe le support. Jean Hébrard cite le chiffre de l’enquête : 14 % des enfants lisent de la poésie. Marcelle Bernon, représentante de l’UNAF et coordinatrice de l’association Lire et faire lire, rappelle l’existence d’un Prix poésie organisé par son association, autre vecteur de « lecture-plaisir ».

Le rôle des parents
- Le rôle des parents dans l’apprentissage de la lecture est jugé primordial. Les parents sont conscients de l’importance de leur rôle dans l’apprentissage de la lecture : 43 % le trouvent fondamental et 55 % important.
- Un rôle d’accompagnement, mais pas d’enseignement : l’achat de livres, la narration d’histoires à leurs enfants et le fait d’être lecteurs eux-mêmes sont les plus grandes responsabilités que doivent endosser les parents pour accompagner les enfants dans leur apprentissage. Les autres rôles attribués aux parents relèvent aussi du domaine du soutien : par le suivi des devoirs ou bien en favorisant un environnement propice à la
lecture.
- Attentes en matière d’apprentissage de la lecture à l’école. La première attente, pour 60 % des parents, est bien évidemment que les enfants apprennent à lire. 27 % des parents attendent également de l’école qu’elle éveille leurs enfants à la lecture et qu’elle leur transmette le goût de la lecture.

Réactions des intervenants : les parents estiment à 98 % qu’ils ont un rôle à jouer dans l’apprentissage de la lecture. Ils affirment que l’environnement est essentiel. Dès 3 ans, les enfants ont déjà une approche de la lecture, les parents sont conscients que tout ne se joue pas seulement au CP, mais bien avant. Jean Hébrard indique un chiffre qui l’a marqué : seuls 58 % des parents trouvent important de lire à haute voix. Les parents inscrivent leurs enfants aux bibliothèques, leur achètent des livres mais ne leur parlent pas. Martine Remond, chercheur associé à l’INRP, mentionne une enquête des programmes de l’OCDE (enquête PISA) sur les élèves de 3e et 2nde. Celle-ci montre une nette corrélation entre l’engagement des parents dans l’apprentissage de la lecture et la maîtrise qu’en ont leurs enfants.

L’illettrisme : définition, origine et solutions
- Un phénomène connu : 85 % des parents d’élèves cernent bien le phénomène de l’illettrisme, 18 % en donnent une définition élargie qui évoque les difficultés liées à l’illettrisme. Seuls 8 % des parents ne savent pas bien définir l’illettrisme.
- L’origine de l’illettrisme principalement familiale et sociale : la moitié des parents interrogés désigne le milieu familial et social comme la cause principale de l’illettrisme. Plus d’un tiers considère également que c’est imputable au système éducatif.
- Des solutions avant tout pédagogiques : 64 % des parents avancent des solutions pédagogiques (notamment vers un changement des méthodes de lecture) pour lutter contre l’illettrisme. 47 % proposent un meilleur accompagnement des enfants confrontés à l’échec et 38 % soumettent l’idée d’une plus forte implication des parents. Les parents estiment que le milieu social est souvent à l’origine de l’illettrisme. C’est pourquoi ils attendent une réponse de l’école, qui doit pallier ces déficiences par sa capacité à développer des méthodes adaptées et à soutenir les élèves qui en ont besoin.

Réactions des intervenants : La définition de l’illettrisme varie selon les pays. La définition unanime serait la suivante : c’est une situation issue de l’échec pendant la scolarité à maîtriser les compétences de base dans les domaines de l’écriture et de la lecture.
Une personne dans l’assistance déplore que la première mesure de détection de l’illettrisme reste en France la JAPD (Journée d’appel de préparation à la défense) et affirme que l’on parle d’illettrisme pour toute personne située « hors scolarité ». L’école est avant tout un lieu de prévention.

Dialogue entre intervenants et parents
Les échanges se sont poursuivis sur différents thèmes :

Santé
L’illettrisme a ensuite été abordé sous son aspect « santé ». La dyslexie et autres troubles du langage constituent à peu près 6 % des 10 à 15 % d’enfants souffrant d’illettrisme. L’absentéisme dû à des problèmes de santé a été traité dans une étude du CHU de Lille. Ce problème demande une scolarisation « à la carte » et génère de gros frais pour la collectivité. Un reproche est fait par un auditeur de la salle sur le manque d’intégration scolaire et de structure d’accueil des enfants malades ou souffrant de handicap. La communication envers les parents est, là encore, essentielle. Enfin, la pauvreté fait partie des facteurs aggravant l’illettrisme : une corrélation est soulignée entre échec scolaire et milieu social défavorisé dans un rapport du CERC (Conseil emploi revenus et cohésion sociale) : « Les enfants pauvres en France ».

Évaluation
Existe-t-il vraiment des cycles et pourquoi ? Jean Hébrard répond dans l’affirmative même s’ils sont parfois difficiles à mettre en place. Un parent d’élève exprime son mécontentement vis-à-vis de l’Éducation nationale qui sait générer des successions de mesures qui n’aboutissent pas et qui établit des cycles sans les respecter. Le cycle est censé permettre à un enfant d’apprendre à son rythme en 1, 2 ou 3 ans.

Lecture
Jean Hébrard affirme qu’un « bon » lecteur en 6e est un enfant qui est autonome pour faire ses devoirs. Marcelle Bernon rappelle qu’un enfant passe parfois près de 10 heures à l’école (de 8h30 à 18h30) entre les cours et l’étude. L’association Lire et faire lire, via ses bénévoles, agit concrètement sur le terrain à la demande des directeurs d’école auprès de groupes d’enfants de classe maternelle jusqu’au CE1. Laurent Piolatto, délégué général de Lire et faire lire, annonce pour 2005 une grande évaluation de son action après 20 ans de mise en place. La seule évaluation actuelle est la grande satisfaction exprimée par les enfants.

La littérature jeunesse à l’école
L’introduction de la littérature jeunesse dans les programmes scolaires, à l’initiative de Jean Hébrard, est très appréciée des enseignants. L’objectif, à l’origine de cette introduction, était qu’à l’entrée en 6e, un élève devait avoir en mémoire une bibliothèque. La lecture passe par la voix du maître et pas toujours par la lecture de l’enfant. L’enfant apprend, selon lui, par l’oralité qui lui est transmise par ses parents. Le partage des significations est essentiel et permet de pénétrer la culture de l’écrit. Les parents rendent « lecteurs » leurs enfants bien avant leur entrée au CP. Un enfant peut savoir lire, mais le livre ne répond pas à toutes les questions. D‘ailleurs, lorsqu’un enfant est capable de restituer une histoire qu’on lui a racontée, il sait « lire ». Le vrai problème de l’illettrisme vient que si l’enfant n’a pas de papa, de maman ou de grand frère pour lui lire une histoire le soir, cela ne constitue pas cette « oralité ». La cause la plus flagrante de l’illettrisme est donc une fracture non pas sociale mais culturelle.
Il est noté que les parents n’ont pas toujours le temps nécessaire d’assurer ce rôle oral et l’attendent de l’école. Marie-Carmen Dupuy, animatrice de la conférence, renchérit en disant que le fait de parler à ses enfants n’est pas perçu comme un moyen de lutte contre l’illettrisme.

Les médias
Les parents doivent être vigilants quant aux médias (TV, radio…) et autres SMS. Il faut savoir distinguer ces différentes formes de langage, pour la plupart non construites, non écrites.

Session questions-réponses
Plusieurs villes et régions ont participé à l’audio-conférence ; citons, parmi celles-ci, Nogent, Cesson, Remiremont, Paris, Lille, la Bretagne, l’Alsace, le Var, le Rhône, le Midi-Pyrénées, La-Réunion… Mme Candelier, institutrice de CM1, exprime son découragement et son mécontentement. Elle interpelle directement l’Éducation nationale au travers de Jean Hébrard. Sur 35 élèves de sa classe, 15 sont en grande difficulté pour lire et écrire (orthographe, expression écrite…). Les élèves arrivent avec un grand déficit sur l’acquisition de la langue. Les méthodes préconisées depuis 20 ans sont à l’origine du désastre. Les enseignants se rendent compte qu’ils ont été déstabilisés par l’enseignement de la lecture par une succession de méthodes. Ils ne savent plus comment faire leur métier. Elle indique que les enseignants sur le terrain sont moins optimistes que l’Éducation nationale qui en est loin. Mme Candelier demande la réinstauration d’une rigueur d’enseignement de travail plus systématique : allant de l’élément vers le plus complexe et non l’inverse comme cela a été préconisé par le ministère depuis 30 ans. Elle demande une évaluation en fin de cycle 2.
Mme Lerigoleur reprend un chiffre de l’étude de la PEEP : 41 % de parents pensent que changer la méthode d’apprentissage peut être une solution contre l’illettrisme. Cela demande une vaste enquête quantitative et sur la durée (du CE1 au Bac), ainsi qu’une évaluation scientifique des méthodes d’apprentissage. La méthode de Michelle Sommer (méthode phonémique synthétique moderne) semble porter ses fruits puisque 20 % des élèves d’une classe réussissent mieux. Jean Hébard est heureux du développement de ces méthodes et rappelle que les maîtres depuis 2002 ne « choisissent » pas mais « appliquent » la méthode testée et préconisée par le ministère.
Mme Kohler, une responsable PEEP de La Réunion, témoigne de l’illettrisme important dans son département (près de 29 % de jeunes touchés) : environ 50 % ont besoin à la fin de l'école primaire d’un soutien scolaire (dualité entre le créole-langue maternelle et le français-langue de l’école).

Pour consulter l’intégralité de cette enquête sur l’illettrisme.

Pour en savoir plus
- Sur le site de l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme), consulter les rapports « Lutter contre l’illettrisme », 1999 et « L’illettrisme, mieux comprendre pour mieux agir », 2003.
- Lire et faire lire : www.lireetfairelire.org.
- Le rapport du CERC (Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale) sur « Les enfants pauvres en France », 2004, chapitre 5 : http://www.cerc.gouv.fr/rapports/rapport4cerc.pdf.
- Consulter l'étude sur « L'enfant malade » : http://www.ulb.ac.be/esp/rem/.

Sur le site BienLire
- Y a-t-il aujourd’hui une définition de l’illettrisme qui s’impose à tous ?
- L’interview de Jean Hébrard.
- Le compte-rendu de la journée nationale Lire et faire lire.

Mise en ligne en janvier 2005.


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