Cette journée d’étude avait pour objectif :
- de définir les notions et les champs concernés ;
- d'éclairer les grandes problématiques sociales et scolaires concernées par l’illettrisme et sa prévention ;
- de réfléchir aux rôles de l’institution scolaire face à ces problèmes sociaux.
Les contenus et modalités étaient les suivants :
- regard historique sur l’illettrisme, ses conséquences sociales et sa prévention ;
- réflexions sur :
• la construction de ces notions dans le champ social ;
• les rôles de l’institution scolaire face à ces problèmes sociaux ;
• les rôles et les formes possibles de coopération école/famille/environnement ;
- place et formes possibles du traitement de ces questions dans la formation initiale et continue des enseignants ;
- présentation de l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme) et de ses actions ;
- présentation d’actions menées dans l’académie de Créteil par diverses associations de lutte contre l’illettrisme ;
- exposés suivis de débats (questions de la salle et discussion).
Les interventions et les échanges avec la salle ont permis de développer un point de vue historique de la notion d’illettrisme et de présenter les missions et actions de l’ANLCI, qui s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les exclusions défini par le gouvernement.
Cette journée s’est construite autour des interventions de :
- Jean Vogler, inspecteur général de l’Éducation nationale et ancien chargé de mission du GPLI (Groupe permanent de lutte contre l’illettrisme) ;
- Maria-Pia Bernis, animatrice pédagogique au sein de l’Association de lutte contre l’illettrisme (ALCI 77), centre de ressources illettrisme.
Une bibliographie et des liens utiles sont proposés en fin de document.
I - Parcours de l’histoire de l’éducation revisitée sous l’angle particulier de la question de l’illettrisme
par Jean Vogler, inspecteur général, ancien chargé de mission du GPLI.
Considérant qu’il s’adresse à un public averti des questions de l’éducation, Jean Vogler propose un parcours de l’histoire de l’éducation revisitée sous l’angle particulier de la question de l’illettrisme :
- l’histoire de l’écriture se situe vers - 4 000 avant J.-C. ;
- sur une très longue période, de - 4 000 avant J.-C. au XVIIIe siècle environ, il était normal que la société se compose d’analphabètes. Il n’était pas question que tout le monde apprenne à lire et à écrire (temps long de l’analphabétisme de masse) ;
- l’idée que « tout le monde apprenne à lire et à écrire » est historiquement récente. C'est dans le projet de Condorcet qu’est née l’idée de la campagne d’alphabétisation (terme utilisé par l’Unesco aujourd’hui) ;
- la première campagne d’alphabétisation de masse : l’école de Jules Ferry ;
- la deuxième campagne d’alphabétisation de masse : le collège unique (tout le monde accède aux études secondaires) ;
- la lutte contre l’illettrisme.
De ce parcours seront tirées quelques conclusions et quelques pistes afin d’alimenter la discussion.
1. Le temps long de l’analphabétisme du plus grand nombre
Jusqu’au XVIIIe siècle, la lecture et l’écriture étaient réservées à une élite et avaient comme fonction :
- la conservation et la comptabilité (mémoire des nombres) ;
- la transcription des grands mythes fondateurs où une société se raconte son histoire qui a permis de conserver une mémoire collective et sociale (Homère, la Bible, le Coran par exemple).
L’écriture a servi pendant très longtemps à comptabiliser les richesses du capital et servait de moyen de pouvoir (on compte le capital et on parle avec les Dieux) ; des personnes étaient spécialisées sur l’écrit : scribes, clercs…
Avant la Révolution, on estimait un taux de 60 % d’analphabètes. On a observé une croissance de l’alphabétisation dans la Grèce classique, de l’alphabétisation urbaine (lire pour lire, pour le plaisir) et à la demande des gens au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières. Les 40 % sont dénombrés sur leur capacité à signer, première familiarité avec une forme d’écriture, mais cela ne veut pas dire que l’on sait lire et encore moins que l’on est lettré.
2. Le siècle des Lumières
Vers la fin du XVIIIe siècle, naissent les premières idées – qui suscitent beaucoup de controverses – selon lesquelles tout le monde doit apprendre à lire.
Condorcet (Cinq Mémoires sur l’instruction publique, 1791-1792, réédité par Flammarion) est chargé de préparer un plan d’éducation pour l’instruction publique (plan en cinq parties) où la première partie pose les principes de l’alphabétisation de masse (remarque : il ne s’agissait pas d’instruire pour adapter à l’emploi) :
- dans la mesure où la Révolution prône la liberté et l’égalité, il faut savoir lire pour exercer la fonction de citoyen.
Extrait du mémoire de Condorcet : « L’instruction publique est un devoir de la société à l’égard des citoyens, vainement aurait-on déclaré que les hommes ont les mêmes droits, vainement les lois auraient-elles respecté ce premier principe de l’éternelle justice si l’inégalité dans les facultés morales empêchait le plus grand nombre de jouir de ses droits dans toute leur étendue. »
Le citoyen, pour exercer ses droits, doit les connaître ; le fondement de la République étant la loi écrite, il faut que tout le monde sache lire afin d’exercer ses droits tels qu’ils sont garantis par la loi.
Condorcet est aussi le premier à avoir prôné l’égalité dans l’instruction des hommes et des femmes.
L’idée importante est la conscience de Condorcet qu’une instruction limitée aux jeunes ne suffirait pas. Pourquoi ? La réponse est fournie dans cet extrait où il cite en référence son contemporain Adam Smith :
« Adam Smith a remarqué que plus les professions mécaniques se divisaient, plus le peuple était exposé à contracter cette stupidité naturelle des hommes bornés à un petit nombre d’idées du même genre. » L’instruction est le seul remède à ce mal, d’autant plus dangereux dans un État que les Hommes y ont établi plus d’égalité.
Autrement dit, l’idée de Smith reprise par Condorcet est que le peuple risque de retomber dans l’ignorance s’il ne va qu’à l’école primaire car la manière de travailler par des tâches répétées produit l’abrutissement (cette remarque est extraordinaire pour une époque où sont nées les premières manufactures…). L’Unesco décrit ce phénomène comme l’analphabétisme de retour.
Ce n'est donc pas Jacques Delors qui a inventé la formation tout au long de sa vie. Cette idée a deux siècles et Condorcet le disait clairement : « C’est pour cela qu’il faut que la porte du temple de la vérité soit ouverte à tous les âges. »
Condorcet prévoit la création d’école du dimanche car il pense que l’ouvrier qui a travaillé à un ouvrage pénible se délassera lorsqu’il exercera son esprit ; comme le travail du corps fatiguerait le savant fatigué par de trop longues méditations…
Condorcet pressent ce qu’il faudrait faire. Ce plan a été imprimé et, hélas, cela s’est arrêté là, car le jour où Condorcet a présenté son rapport, le 20 avril 1792, l’Assemblée attendait le roi qui allait déclarer la guerre à l’Autriche…
Il faudra ensuite attendre un siècle – Jules Ferry –, à cause des périodes troubles : Révolution, Restauration… On peut considérer que c’est avec la IIIe République que la république s’installe en France.
Mais Condorcet ne représentait qu’une partie de ses contemporains sur la question de l’éducation du peuple. D’autres points de vue sont donnés :
- Le point de vue de Rousseau : « Les pauvres n’ont pas besoin d’éducation, celle de son état est forcée ; il n’en saurait avoir d’autres. »
- Le point de vue de Voltaire : « Ce n’est pas le manœuvre qu’il faut instruire, c’est le bourgeois, l’habitant des villes. »
- Destutt de Tracy, révolutionnaire, pense que les enfants du peuple doivent prendre très tôt l’habitude du travail pénible auquel ils sont destinés et qu’ils ne peuvent languir longtemps dans les écoles.
Autrement dit, même parmi les philosophes et les révolutionnaires, l’opinion est partagée : bien des gens pensent que la lecture et l’écriture est un pouvoir et qu’il ne faut pas trop le partager.
3. Première campagne d’alphabétisation de masse : Jules Ferry, fin du XIXe siècle
Jules Ferry se rapporte beaucoup à Condorcet. Son discours devant l’Assemblée est le suivant :
« Je vous défie de faire jamais de ces deux classes (instruits/non instruits) une nation égalitaire, une nation animée de cet esprit d’ensemble et de cette confraternité d’idées qui font la force des vraies démocraties, si entre ces deux classes, il n’y a pas eu le premier rapprochement, la première fusion qui résultent du mélange des riches et des pauvres sur les bancs de quelque école. »
En fait, Jules Ferry a tout simplement créé, à côté de l’enseignement pour les bourgeois – le lycée –, une école du peuple, mais séparée du lycée et qui ne devait pas y déboucher.
L’intention de Jules Ferry, républicain, n’était pas de promouvoir le peuple « trop loin », c’est-à-dire jusqu’au certificat d’études (système dual lycée/école primaire).
Même l’École normale supérieure n’était pas conçue pour la bourgeoisie mais pour l’élite du système primaire qui pouvait ainsi poursuivre ses études sans rejoindre la voie royale du lycée et des universités.
- 1er point : le mélange des riches et des pauvres sur les bancs de l’école ne s’est jamais fait ;
- 2e point : dès ses origines, l’enseignement populaire a pris un caractère élitiste. L’idée était l’égalité par l’offre, c’est-à-dire qu’il fallait que tous les enfants puissent aller à l’école, donc il fallait des écoles partout, et des maîtres (formés à l’École normale) dispensant le même enseignement. D’où cette idée de programmes extrêmement précis et d’un emploi du temps fixe contrôlé par les inspecteurs. Sur l’ensemble du territoire, le même enseignement pour tout le monde est une idée républicaine de cette époque.
En revanche, le fait qu’un élève puisse échouer ou ne pas suivre n’est pas le problème de l’école mais celui de l’élève. L’idée est que si un élève échoue, cela est de sa faute (dans de multiples textes de l’époque, on trouve que les élèves ont un bas niveau mais sans jamais remettre en cause le fonctionnement du système : ou ils sont bêtes, ou ils ne travaillent pas, ou les deux). L’échec scolaire n’existe pas à cette époque-là.
Les programmes sont encyclopédiques, le certificat d’études est le couronnement de l’édifice de la république. Dans les années 1830, la réussite était inférieure à 50 %, mais ce n’était pas un problème social. Par la suite, les chiffres ne sont jamais élevés : avant-guerre, il y avait 60 % de réussite d’une classe d’âge, soit moins qu’aujourd’hui pour le baccalauréat.
Dans le recensement de 1880-1881 (dans les Bouches-du-Rhône), Christian Baudelot et Roger Establet constatent que, sur un total de 11 700 élèves en âge de se présenter, seuls 1 328 sont présentés et 822 admis.
Ce qui est étrange à nos yeux, c'est que l’inspecteur d’académie ne voit pas ces données comme catastrophiques et qu’il souligne au contraire le mérite qu’ont eu les instituteurs à bien sélectionner les élèves pour la présentation. Les instituteurs étaient jugés sur le nombre d’admis par rapport au nombre de présentés.
- 3e point : Jules Ferry n’a rien fait pour mettre en place une éducation tout au long de la vie c’est-à-dire une éducation des adultes après l’école. Certes, il y a eu des cours du soir mais uniquement à l’initiative des instituteurs ou des associations (par exemple : Jean Macé, un des fondateurs de l’éducation populaire).
Bilan de l’école de Jules Ferry : le système dual lycée/collège avec, d’un côté, le lycée napoléonien pour la bourgeoisie et, de l’autre, l’école du peuple qui scolarise tout le peuple en laissant échouer au moins la moitié des élèves. À l’époque, cela ne gêne personne.
Je renvoie au livre d’Alvin Toffler1, « la création de l’école permet d’habituer les enfants aux horaires de l’usine ».
4. Deuxième campagne d’alphabétisation de masse : le collège unique
L’ordonnance du 6 janvier 1959 instaure la prolongation de la scolarité jusqu’à 16 ans mais sans bouleversement du système dual lycée/école. Entre 1959 et 1977, il y a eu toute une série de dispositifs intermédiaires qui faisaient que les deux systèmes ne se rejoignaient pas totalement.
C’est à partir de 1977 que fut instauré le collège unique : les deux systèmes se rejoignent, tous les enfants du peuple vont au collège ; les enfants du peuple et de la bourgeoisie se rencontrent et les enseignants du premier et du second degré également.
On assiste alors à un choc des cultures, à la naissance d’un objet : l’échec scolaire au collège. En réalité, à cette époque, le niveau des acquis scolaires n’était pas précisé. Par exemple, pour un professeur de français de 6e, un élève en échec signifiait un élève avec de mauvaises notes au contrôle donné par ses soins. Selon l’implantation géographique du collège, les exigences de l’enseignant variaient. L’échec scolaire n’était donc pas le même partout. Même phénomène pour le redoublement, variant en fonction des exigences.
Très vite, on a parlé d’échec scolaire à l’école puis au lycée et à l’université, pour arriver maintenant à parler d’échec scolaire dès la maternelle : certains s’interrogent en grande section sur la capacité de l’enfant à suivre un CP !
L’échec scolaire est le grand frère de l’illettrisme. La définition floue et extensive de l’échec scolaire ne permet pas de le mesurer, ce n’est pas un objet statistique. Le redoublement n’est pas forcément synonyme d’échec scolaire comme la non-réussite à un examen, les évaluations CM2/6e peuvent aussi mesurer les programmes.
Luc Decaunes2 déclare : « L’école française s’est battue très énergiquement, très activement et très intelligemment pour alphabétiser les Français et maintenant qu’ils le sont, on a l’impression qu’elle s’est battue pour pas grand-chose. Finalement, l’alphabétisation n’est rien si elle ne sert pas à lire, or on a observé l’analphabétisme de retour (après scolarisation et manque de pratique à la lecture) ; il faudra maintenant se battre pour la “lecturation” des Français. »
Certains rapports du ministère de la Culture montrent que seul un tiers des Français lisent, mais cela n’inquiète pas grand-monde, hormis les professionnels de l’édition.
5. La crise économique : création du GPLI
Fin des années 1970, début des années 1980, arrive le choc pétrolier : cette crise économique produit rapidement des « nouveaux pauvres ». Des associations, telles que Emmaüs et ATD Quart Monde, se rendent compte que la pauvreté augmente et posent aux responsables politiques le problème de l’illettrisme.
La population concernée a été scolarisée mais la lecture et l’écriture les mettent en difficulté face aux nouvelles exigences professionnelles et sociales.
Un exemple : la Lorraine et le bassin houiller, avec la reconversion des ouvriers dans l’industrie automobile. On a observé des difficultés d’apprentissage de ces adultes pourtant insérés socialement, liées au manque des bases suffisantes (lecture, calcul) pour participer à une formation.
En 1981, le premier rapport alertant sur l’illettrisme est celui de Gabriel Oheix3 où il est signalé qu’une part non négligeable de la population adulte ne maîtrise pas la lecture et l’écriture et connaît de ce fait un préjudice important.
En cette même année, est créée une mission ministérielle « pauvreté » suivie d’un rapport « des illettrés en France » impliquant la reconnaissance officielle de l’illettrisme. S’ensuit la création d’un GPLI [dont Jean Vogler fera partie].
Depuis cette époque, ce groupe essaie d’élargir ses moyens afin de mettre en place des formations professionnelles. Ce dispositif ne concernait pas les chômeurs au départ mais grâce au militantisme et à un dispositif spécifique, ils en bénéficient désormais.
Cette action n’est en aucun cas une politique d’éducation des adultes.
Les sociologues définissent l’illettrisme comme un problème social comprenant trois stades qui créent ce problème social :
- fin des années 1970, des groupes tel ATD Quart Monde dénoncent et alertent sur un problème douloureux ;
- la reconnaissance par les institutions officielles de la légitimité de ce phénomène est suivie de rapports et d’investigations ;
- des réémergences de revendications, avec éventuellement la création de contre-institutions. Le problème social s’éteint lorsque la cause de ce problème s’éteint : l’émergence de la notion de l’illettrisme en France étant liée à la crise économique qui a entraîné une crise sociale, si demain nous retrouvons une situation de plein emploi, on ne parlera plus alors d’illettrisme.
La lutte contre l’illettrisme n’est pas à confondre avec une éducation des adultes telle que Condorcet la préconisait.
6. Conclusion
L’illettrisme trouve ses sources dans une école du peuple élitiste dès son origine, une focalisation sur le système de formation initiale (scolarisation le plus tôt et le plus longtemps possible) et une formation professionnelle intervenant dans le meilleur des cas à la sortie du système scolaire. Pour ceux dont l’emploi ne justifie pas de remise à niveau des connaissances, pour les demandeurs d’emploi, il n’existe que le dispositif de lutte contre l’illettrisme.
En France, 90 % des ingénieurs sont formés en formation initiale, contre 40 % en Suède : tout est dit ! En Suède, il y a une formation initiale plus courte et un dispositif de formation des adultes ouvert. Les communes organisent des cercles : on se rassemble sur un thème donné afin de réfléchir à la question et d’apporter ses connaissances sur le sujet, une grande part de la population y participe.
En France, sur la politique de formation des adultes, bien des efforts restent à faire.

II - Présentation des missions et actions de l’ANLCI
par Maria-Pia Bernis, animatrice pédagogique au sein de l’ALCI 77-94 (Association de lutte contre l’illettrisme), centre de ressources illettrisme.
L’illettrisme est difficilement mesurable. Selon l’enquête IVQ (Information, vie quotidienne) de 2002, on recense entre 7 à 12 % de personnes qui éprouvent des difficultés par rapport à l’écrit, plus d’hommes que de femmes, dont 19 % de personnes âgées de 55 à 65 ans et à peu près 4 % de jeunes entre 18 et 24 ans.
Cette lutte contre l’illettrisme est une priorité nationale inscrite dans la loi contre l’exclusion de juillet 1998. À ce jour, deux propositions de définition sont formulées :
- l’une du GPLI en 1995 : « Sont considérés comme relevant d’une situation d’illettrisme, les personnes de plus de 16 ans ayant été scolarisées mais ne maîtrisant pas suffisamment l’écrit pour faire face aux exigences minimales requises par leur vie professionnelle, sociale, culturelle et personnelle. Ces personnes ont été alphabétisées mais sont sorties du système scolaire en ayant peu ou mal acquis les savoirs de base. Il s’agit d’hommes et de femmes pour lesquels l’écrit n’est ni immédiat, ni spontané, ni facile et qui appréhendent ce moyen d’expression. »
- l’autre de l’ANLCI : « L’illettrisme qualifie la situation de personnes ayant plus de 16 ans, qui bien qu’ayant été scolarisées ne parviennent pas à lire et à comprendre un texte portant sur une situation de leur vie quotidienne ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples. Ces difficultés peuvent se combiner à des degrés divers avec des insuffisances de maîtrise d’autres compétences de base telles que la communication orale, le raisonnement logique, la compréhension et l’utilisation des nombres et des opérations. »
« Malgré ces déficits, les personnes en situation d’illettrisme ont acquis de l’expérience, une culture et un capital compétences en ne s’appuyant pas ou peu sur la capacité à lire et à écrire. Certaines ont pu ainsi s’intégrer à la vie sociale et professionnelle, mais l’équilibre est fragile et le risque de marginalisation permanent. D’autres se trouvent dans des situations d’exclusion où l’illettrisme se conjugue avec d’autres facteurs. »
Ces deux définitions sont complémentaires, la définition ANLCI insiste sur les acquis de la personne.
Jusqu’en 2000, le GPLI a mis en place et fédéré les actions du terrain, puis l’ANLCI lui a succédé.
1. Présentation de l’ANLCI
L’ANLCI a été créée en 2000. Cette agence interministérielle a pour objet de fédérer et d’optimiser les moyens affectés par l’État, les collectivités territoriales et les entreprises à la lutte contre l’illettrisme, dans le cadre de la lutte contre les exclusions défini par le gouvernement. Cette agence comprend une équipe permanente à Lyon, ainsi que trois instances de consultation ou de décision : un conseil d’administration, un comité consultatif et un comité scientifique et de l’évaluation. S’y ajoute une représentation régionale avec, dans certains cas, des correspondants départementaux.
Consulter le site internet de l’ANLCI : www.anlci.gouv.fr.
L'objectif de l’ANLCI est de fédérer et d'optimiser les différents moyens nationaux, territoriaux en vue de la lutte contre l’illettrisme, de créer les conditions telles que les acteurs se sentent partie prenante du projet, de mobiliser et valoriser les actions et acteurs.
Sa mission est :
- de déterminer les priorités à mettre en œuvre dans le cadre des orientations politiques ;
- d’organiser la concertation entre ses membres ;
- de prendre en compte les questions relatives à l’illettrisme au sein des programmes d’action, des recherches ;
et surtout d’évaluer l’impact de la politique et des actions menées.
Le cadre de référence :
- le principe directeur est l’accès à l’information, la capacité à communiquer (numéro Indigo) ;
- le droit à l’éducation et à la formation pour tous ;
- les différents champs d’intervention : les petits (action lecture en direction des enfants et aussi des parents), les salariés en formation professionnelle, les travailleurs sociaux.
2. L’ANLCI en Île-de-France
L’organisation est différente de celle en régions : voir la présentation de l’ANLCI en Île-de-France (fichier RTF – 65 Ko).
Le dispositif en Île-de-France est organisé de la manière suivante :
- un appui aux acteurs, la mise en place de formations de formateurs, d’actions de sensibilisation au repérage des personnes en situation d’illettrisme en vue d’une professionnalisation, la mise à disposition de centres de ressources illettrisme (55 centres) :
• les actions de sensibilisation aux accueillants ou prescripteurs permettent un repérage des difficultés des personnes (alphabétisation, français langue étrangère, illettrisme…) et de travailler sur leur motivation et sur l’argumentation pour suivre une formation.
• le programme de la DRTEFP (Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle) propose des actions de formation pour les formateurs de type généraliste, pour les intervenants bénévoles, des actions thématiques plus spécialisées pour les professionnels : les courants pédagogiques, les supports d’évaluation, les référentiels ou la communication orale…
- un appui auprès des bénéficiaires, action en présentiel : face-à-face pédagogique. Le contenu des formations repose sur les savoirs de base, le français, les mathématiques, le repérage spatio-temporel, les méthodes pour apprendre à apprendre (gestion mentale), voire une période en entreprise.
La formation à distance est assez récente et difficile à mettre en place, étant entendu que ce public, plus que d’autres, nécessite un accompagnement à l’apprentissage.
La problématique actuelle : le repérage des publics en difficultés linguistiques
En effet, il est difficile de repérer des personnes en situation d’illettrisme car elles ont, la plupart du temps, développé des stratégies de contournement. Il s’avère nécessaire et urgent de former les personnels « accueillants prescripteurs », c’est-à-dire les conseillers ANPE, mission locale, les travailleurs sociaux, les divers personnels de mairie au repérage et à la motivation d’entrée en formation des personnes en situation d’illettrisme.
Cependant, un écart subsiste entre repérage et actions de formations. Des efforts sont à faire, peu d’actions sont financées.
L’ANLCI a inscrit sept priorités :
- l’organisation de la politique publique ;
- la prévention de l’échec scolaire ;
- la mesure de l’illettrisme ;
- les compétences de base ;
- l’offre de service ;
- l’articulation de toutes les actions ;
- le forum des pratiques.
L’ANLCI recentre sa recherche et ses interventions sur cinq domaines d’action :
- l’anticipation éducative tournée vers la réussite des apprentissages, la maîtrise de la langue française ;
- les stratégies adaptées à des contextes spécifiques ;
- le développement du partenariat, en particulier avec les orthophonistes, et auprès des petits (halte-garderie) ;
- l’accompagnement à la scolarité dans le cadre des contrats éducatifs locaux, des loisirs éducatifs, l’implication des parents éloignés de l’écrit ;
- la synergie des compétences de tous les acteurs.
Le centre de ressource ALCI 77 (fichier RTF – 65 Ko) intervient sur divers axes, notamment en Seine-et-Marne où il a été retenu sur un projet « État des lieux des actions d’accompagnement à la scolarité », sur leur bien-fondé, la réalisation des attentes.
L’inspection académique du Val-de-Marne serait intéressée par une évaluation des personnes en situation d’illettrisme, mission à laquelle ALCI 77 pourrait participer.
3. Conclusion
Dans le cadre de la politique nationale de lutte contre l’illettrisme, un axe de travail retient tout particulièrement l’attention, celui des programmes familiaux. Les enfants ont besoin de trouver à l’école de bonnes conditions d’apprentissage mais ils ont besoin également d’être soutenus par un environnement socio-éducatif et un environnement familial propice à cet apprentissage. Un accompagnement des parents dont les enfants présentent des difficultés est proposé. Un partenariat local enseignant/animateurs en accompagnement à la scolarité/parents n’est pas toujours facile. Il est vital que chacun respecte le champ d’intervention de l’autre.
Des actions favorisent la rencontre des divers acteurs de terrain. À telle enseigne, en 2003, ALCI 77 a organisé une journée « L’appétit d’apprendre ». Cette journée a réuni 200 personnes, enseignants et animateurs, qui ont débattu autour du thème de « la prévention de l’échec scolaire », journée riche tant pour les uns que les autres. À l’issue de cette réflexion, une formation d’animateurs en accompagnement à la scolarité a été mise en place à Melun et à Meaux.
Actuellement, la formation continue est gérée selon les règles du code du marché public impliquant l’appui de financeurs pour la réalisation des projets. Le financement diverge selon le statut du bénéficiaire (salarié, demandeur d’emploi, RMI…), d’où l’idée de guichet unique (mutualisation des financements possibles) pour une gestion plus souple et efficace.
La mission de lutte contre l’illettrisme, pourtant priorité nationale, est confrontée :
- à la remise en question annuelle de ses financements et à leur gestion complexe ;
- à la précarité de la situation de ses formateurs (contrat à durée déterminée) ;
- à la nécessaire remotivation, à l’argumentation permanente auprès des bénéficiaires pour qu’ils suivent une formation.
Mise en ligne en décembre 2005.
Pour en savoir plus
Consulter la bibliographie thématique.

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