 |
 |
Jeunes en rupture : mieux comprendre le phénomène, mieux prendre en charge
|
|
|
Parmi les 180 participants, CPE (conseillers principaux d’éducation), enseignants, chefs d’établissements, inspecteurs, éducateurs, étudiants sont venus de toute la France pour écouter, échanger et réfléchir ensemble sur ce thème très actuel. Car aujourd’hui, c’est vrai, les jeunes sont de plus en plus souvent victimes de ruptures. Elles peuvent être multiples : rupture scolaire, familiale, sociale, culturelle… et elles laissent bien souvent l’entourage de ces adolescents impuissant. Plus que jamais les adultes, parents et éducateurs, ont à s’interroger sur ce phénomène et ses origines.
Durant ces journées, de nombreux intervenants, venus de divers horizons, se sont exprimés : institutionnels, universitaires, sociologues, psychologues, enseignants IUFM, élus, parents d’élèves, professionnels de l’éducation... Les uns et les autres ont apporté leur contribution pour tenter de mieux définir le concept de rupture, en identifier les causes et en repérer les symptômes. Ils ont aussi tenté d’ouvrir des pistes de réponses face à ces nouvelles dérives scolaires.
Que l’école s’interroge aujourd’hui sur ces ruptures ne surprend pas, car l’ampleur du phénomène ne peut que l’alerter. Ce qui surprend davantage, c’est que ces décrochages scolaires interpellent l’école sur ses propres pratiques : le système scolaire, paradoxalement, se trouve être en effet lui-même à l’origine de certaines ruptures, en contradiction totale avec sa mission d’insertion. Une conférence de Delphine Martinot 1, universitaire et auteur du livre Le Défi éducatif (Armand colin, 2004), appuyée sur les travaux de la psychologie sociale, l’a fort bien mis en évidence : « l’image de soi » de l’élève joue un rôle fondamental dans ses apprentissages scolaires. Que cette image soit positive et l’élève surmontera beaucoup mieux les difficultés qu’il rencontre, qu’elle soit négative et c’est l’inverse qui se produit. Or cette image de soi se construit dans la relation de l’élève à l’enseignant et elle est directement liée au rôle et à l’importance que ce dernier attribue à l’évaluation des performances de l’élève...
Pour expliquer ces ruptures, l’école n’est pas la seule en cause : un milieu familial perturbé ou un milieu social défavorisé constituent aussi des terreaux propices aux décrochages des adolescents. Maryse Esterle-Hédibel 2, sociologue, enseignante en IUFM l’a clairement établi, dans une intervention intitulée « Jeunesse, école et précarité » : « De nombreux jeunes et leurs familles se trouvent confrontés au décalage entre une vie quotidienne marquée par la précarité et les exigences de la scolarité… Certains n’y résistent pas. »
Troisième éclairage, celui de Bernard Pechberty, universitaire et psychothérapeute 3. Selon lui, l’espace du soin nous éclaire sur le décrochage scolaire, qui concerne aussi bien la socialisation, le « vivre-ensemble » à l’école que l’apprentissage des savoirs et leur appropriation. Et le terrain scolaire est propice à de nombreux débouchés pour l’angoisse et la souffrance psychique individuelle dans lesquelles se trouvent certains adolescents.
Ces différents apports ont permis à l’assemblée de mieux saisir la réalité et la complexité des phénomènes de rupture. Les échanges et les débats qui ont suivi au sein des tables rondes ont mis en évidence l’urgence qu’il y a aujourd’hui à faire tomber les murs de l’école pour échafauder des réponses concertées entre partenaires internes et partenaires externes. Mais les témoignages recueillis parmi les participants dans les différents ateliers ont aussi révélé qu’ici et là, sur le terrain, le monde scolaire s’adapte à cette nouvelle et difficile réalité. En explorant des pistes de réponse et en les expérimentant, il démontre ainsi sa capacité à s’adapter et à innover. Une belle façon de clore ce colloque sur une note encourageante.
Les actes du colloque « Jeunes en rupture » sont disponibles depuis juin 2005. Prendre contact avec l'Ancpe http://ancpe.free.fr/ pour vous le procurer.
Synthèse réalisée par le CRDP de Dijon.
Mise en ligne en octobre 2005.
|
|
|