Conférence de la PEEP sur le thème : « Apprentissage de la lecture : quel rôle pour les parents ? »
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Première fédération de parents d’élèves créée, la fédération des Parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP) est soucieuse des préoccupations des parents et se revendique aujourd’hui porte-parole de toutes les familles. Ces actions démontrent qu’elle est soucieuse de l’intérêt des enfants, se mobilise à tous les niveaux pour la lecture et assume son rôle d’acteur clé du monde éducatif1.
Retour sur le colloque organisé par la PEEP, fédération des Parents d'élèves de l'enseignement public, qui s'est tenu le 10 septembre 2005 à Noisy-le-Grand.
Introduction
Par Josette Daniel, présidente nationale de la PEEP, et Marie-Carmen Dupuy, responsable du dossier Lecture à la PEEP, membre de l’Observatoire national de la lecture (ONL).
Ce colloque vient clôturer la campagne d’actions de lutte contre l’illettrisme et de promotion de la lecture menée par la PEEP depuis de nombreuses années, et plus spécifiquement depuis septembre 2004. Nous tenons particulièrement à remercier les associations PEEP qui, elles aussi, travaillent et agissent chaque jour localement, en proposant de nombreuses initiatives aux parents, celles en région parisienne (table ronde à Triel-sur-Seine, opération « Livre à vous » à Villemomble) mais aussi des actions en province (à Manosque dans les Alpes-de-Haute-Provence ou encore le club de lecture à Pontivy en Bretagne).
Pour lancer, en 2005, notre année d’actions et de réflexion sur ce problème de la lecture et de la prévention de l’illettrisme, la fédération avait organisé à Paris une conférence sur l’illettrisme durant laquelle avaient été présentés les résultats d’une enquête spécifique de notre Observatoire des parents d’élèves.
Quelques données pour mémoire : 21 % des parents pensent qu’il faut commencer l’apprentissage de la lecture à l’école maternelle ; 22 % ignorent tout des méthodes d’apprentissage alors que 70 % disent connaître le principe de la méthode globale et 59 % celui de la méthode syllabique (chiffres qui nous étonnent un peu) ; 98 % jugent le rôle des parents fondamental et important ; 48 % estiment que la cause première de l’illettrisme est liée au milieu familial ou social défavorable. Pour remédier à cela, 41 % proposent de changer les méthodes d’apprentissage et 37 % d’impliquer davantage les parents.
C’est l’analyse de ces résultats, les remontées de nos associations locales, les besoins qui nous ont été exprimés explicitement ou implicitement – besoins d’information, besoins d’explication et besoins en formation – qui nous ont amenés à vous réunir aujourd’hui autour du thème « L’enseignement de la lecture, quel rôle pour les parents ? » Nous n’allons pas traiter le problème des troubles spécifiques de la lecture du type dyslexie – à l’exception de Jacques David qui l’abordera dans son intervention –, mais nous allons parler simplement des difficultés que rencontrent les enfants dans l’apprentissage de la lecture. Nous savons que beaucoup apprendront à lire plus ou moins bien, mais seront-ils vraiment devenus des lecteurs experts (ceux dont on dit qu’ils sont capables de lire pour apprendre) ? Lire pour apprendre, c’est ce qui leur est demandé au collège et au lycée. Quand ils n’en sont pas capables, même s’ils savent lire en apparence, commence alors la spirale de l’échec scolaire, avec tous les problèmes de l’orientation subie et non choisie, et tout ce qui en résulte pour nos jeunes.
Ce colloque ne clôt pas une année d’actions mais constitue une étape pour faire un point et pouvoir entamer d’autres actions. Il se déroule en trois temps :
1. interventions de trois chercheurs et praticiens qui débattront des questions suivantes : comprendre ce qu’est apprendre à lire ; quels sont les compétences et les savoir-faire que doit avoir tout enfant pour pouvoir apprendre à lire dans de bonnes conditions ? quelles sont ces fameuses méthodes de lecture ? faut-il continuer à se battre sur la question des méthodes ? y en a-t-il une meilleure que les autres ou pas ? à quoi ça correspond ? que devons-nous faire, nous parents, quand nous sommes perdus ? quelles sont les questions qu’il faut poser à un enseignant ? que peut-on faire en tant que parent quand on est inquiet ? ;
2. interventions d’associations présentant leurs actions ;
3. réflexion sur des pistes d’actions pour les parents et les responsables associatifs. Que devons et pouvons-nous demander à notre fédération pour nous aider à tous les niveaux ?
Enfin, Mathilde, en 6e, gagnante du Grand Prix des jeunes lecteurs, interviendra pour nous dire ce que la lecture représente pour elle.
Présentation de la langue orale : quels propos tenir à l’enfant ?, la maternité de la langue, l’apport lexical, l’acquisition du langage oral
Par Brigitte Lancien, professeur de lettres, membre de l’ONL, chargée de cours en licence et maîtrise de sciences de l’éducation à l’Institut supérieur de pédagogie.
Effectivement, je vais « prendre la parole » pour vous parler de l’oral et de la parole, avant la scolarisation et au moment de la mise en place des apprentissages de lecture. Avant l’apprentissage réel, il y a bien sûr des choses qui se passent et auxquelles je m’intéresse. J’ai mis en place des groupes de parole, d’abord au collège, puis on m’a très vite demandé de le faire à l’école primaire, parce qu’on s’est rendu compte de la carence absolument monumentale de la parole, du lexique et de la syntaxe. Prendre la parole, prendre conscience de l’altérité, de la présence de l’autre sont des choses auxquelles les enfants n’avaient pas accès et dont on trouve les sources très tôt. Je me suis donc intéressée aux tout-petits pour voir ce qui pouvait se passer.
Pourquoi accorder tant d’importance à l’oral ?
Pourquoi est-elle aussi affective ?
Il est important d’apprendre à parler, mais comment ?
Pourquoi une parole sécurisante ?
Maintenant que nos enfants ont appris à parler, plus ou moins bien, il va falloir qu’ils apprennent à lire. On a compris que pour apprendre à lire, il faut déjà savoir parler. Jacques David explique ce qui se passe quand on apprend à lire : le français va être écrit, codifié. Les sons étant codifiés, l’enfant va devoir apprendre à les décoder.
Présentation des conditions culturelles, des composantes linguistiques et des difficultés de lecture
par Jacques David, linguiste, professeur de sciences du langage à l’IUFM de Versailles, chercheur associé au CNRS, membre du Conseil scientifique de l’ONL et rédacteur en chef de la revue Le Français aujourd’hui, qui intervient sur la question du rapport écrit/oral. Comment un enfant va-t-il apprendre à lire, à décoder cette langue, complexe à l’écrit, qu’est le français ?
Jacques David présente, de manière synthétique et la plus claire possible, les travaux de recherche les plus récents concernant l’acquisition de la lecture, en mettant de côté les méthodes d’apprentissage, qu’il illustrera par des exemples, soit dans le fonctionnement de la langue et du système d’écriture du français, soit dans les gestes, les comportements et les procédures qu’utilisent les jeunes enfants quand ils commencent à lire et à écrire. Jacques David évoque l’un des tout premiers modèles développés et largement diffusés dans les recherches, essentiellement en psychologie du langage et dans les relations entre les travaux en psychologie et les travaux en linguistique de l’acquisition : ce sont les travaux psycholinguistiques. Un deuxième modèle s’appuie sur des travaux intégrant des données de recherche beaucoup plus récentes et plus étendues, notamment en lien avec le domaine de la neuropsychologie et de l’activité cérébrale dans la pratique de la lecture. Depuis une dizaine d’années, les techniques sont de plus en plus fiables : on sait beaucoup mieux comment le cerveau fonctionne dans l’ensemble des activités humaines, que ce soit pour la mémoire, l’attention, la perception, mais aussi dans le domaine du langage, concernant la production du langage oral, et pour ce qui nous concerne, la lecture. On voit beaucoup mieux, notamment avec les techniques d’imagerie cérébrale, comment cela fonctionne et on peut émettre des hypothèses de plus en plus fiables, vérifiées expérimentalement et confirmées par un certain nombre de travaux empiriques. Cela sera l’objet de la présentation synthétique.
1. Premier modèle : les modèles « étapiques » ou modèles en phase
chronologique
L’étape logographique
L’étape alphabétique
L’étape orthographique
L’étape analogique
Les modèles présentés consistent à montrer qu’il y a des étapes successives. Le problème de ces modèles est que les enfants passent rarement d’une étape à une autre en oubliant ou en abandonnant la précédente. On a donc été amené à modifier considérablement cette approche en étapes successives par des modèles qui intègrent à la fois ce que fait le lecteur expert et ce que fait l’apprenti lecteur, et à distinguer justement les deux types de cheminement et d’activité. Le lecteur expert ne se comporte pas comme l’apprenti lecteur. Ceci va à l’encontre des méthodes, appelées méthodes idiovisuelles, qui ont vu le jour dans les années 1970 en France, quelques années plus tôt aux États-Unis, et qui sont des résurgences malheureuses de la pseudo-méthode globale des années 1950. Ces méthodes idiovisuelles ont comme principal écueil d’avoir appliqué directement le modèle de la lecture experte à l’apprentissage. L’enfant qui apprend à lire ne se comporte pas comme vous et moi lorsque nous lisons.
C’est un modèle qu’on appelle à deux voies, les deux voies d’accès au lexique mental, dans le sens d’accès au lexique écrit, ce qui permet toutes les habiletés de lecture par la suite :
Premier module d’apprentissage : l’identification des lettres et l’analyse visuelle
Deuxième module : la découverte du principe alphabétique et les conversions graphophonologiques
2. Deuxième modèle : la capacité à effectuer tous les calculs phonologiques
Cela se fait en deux étapes : trouver la forme orale du mot puis intégrer le mot dans le lexique mental.
Et au-delà de ces deux étapes, il est nécessaire de lire beaucoup et régulièrement.
Chaque modèle possède ses difficultés spécifiques de lecture.
Méthodes utilisées dans les classes : présentation et explication des procédures pédagogiques
Par Marie-Élisabeth Delpierre, professeur des écoles, maître formateur, membre d’un atelier de recherche de l’ONL sur les manuels.
Professeur des écoles sur plusieurs niveaux (maternelle, élémentaire et classe spécialisée) depuis vingt-trois ans et maître formateur, Marie-Élisabeth Delpierre participe à un atelier de recherche de l’ONL sur la question des manuels scolaires d’apprentissage de la lecture. Elle prépare une thèse sur ces questions. Elle vient nous parler en tant que praticienne, professeur des écoles et chercheur, de ce qui se passe dans les classes. Qu’en est-il de ces fameuses méthodes évoquées à plusieurs reprises par nos deux autres intervenants ? Que se passe-t-il à l’école ? Que devons-nous savoir, nous parents, et que devons-nous faire pour compléter ce qui se passe à l’école et pour mieux comprendre comment nos enfants apprennent à lire ?
Après l’intervention de Jacques David, nous allons entrer davantage dans la complexité de l’apprentissage du lire, qui présente une partie à la fois théorique et pratique. Après un rapide passage en revue de ce qui vient d’être exposé, avec des orientations un peu différentes, mon objectif sera d’essayer de donner des clés pour aider les enfants dans cet apprentissage très complexe. Il n’y a pas que les enfants qui peinent à apprendre à lire, les enseignants peinent à l’enseigner. Quid des pratiques des enseignants, des progressions ?
1. Définitions de trois mots essentiels : méthode de lecture, manuel, protocole
2. Qu’est-ce que savoir lire ?
Les procédures de traitement de lecture : méthodes globales et méthodes phonologiques
Que se passe-t-il dans la tête des apprentis lecteurs ?
Entrer dans le système alphabétique
Les procédures de bas et de haut niveau
3. Les méthodes de lecture : Essai de classification
4. Démarches d’apprentissages et progressions des maîtres
5. Comment aider nos enfants ? Des pistes d’action pour les parents
Que représente la lecture pour Mathilde en 6e ?
Lire son témoignage.
Nadine Gobert, volontaire permanente du mouvement ATD Quart Monde
Régulièrement confrontée à ces problèmes d’illettrisme, Nadine Gobert témoigne. Lire son intervention suivie d’échanges.
Un exemple d’action menée par ATD Quart Monde : la bibliothèque de rue.
Les actions de la PEEP pour les enfants et les adultes
par Marie-Carmen Dupuy, responsable du dossier Lecture à la PEEP, membre de l’ONL.
ATD Quart Monde vous a présenté une action spécifique sur le département de la Seine-Saint-Denis. Nos associations PEEP mènent aussi beaucoup d’actions de grande envergure, comme à Issy-les-Moulineaux où a été mis en place, à l’initiative d’une association PEEP, un dépistage des enfants présentant des risques de dyslexie, avec la problématique suivante : que fait-on ensuite ? En Haute-Marne, notre association départementale a lancé un salon du livre jeunesse, analogue à celui de Montreuil, le plus connu de France, mais plus petit. Ce sont là des actions de grande envergure qui demandent une certaine logistique. Mais il existe aussi de nombreuses actions plus simples et pragmatiques en direction des enfants comme l’organisation de clubs lecture, l’animation de bibliothèques, la collecte de livres pour les bibliothèques des écoles. La PEEP réalise des actions en direction des parents : organisation de réunions d’information, de conférences ; présence dans les conseils d’école ; participation à des actions d’alphabétisation et d’enseignement du français en faveur des parents non francophones, pour justement leur permettre d’aider leurs enfants à accéder à l’oral. Contactez la fédération pour en savoir plus : http://www.peep.asso.fr/.
Échanges
La parole est à vous, parents : vous pouvez poser des questions extrêmement précises à nos intervenants ou donner des idées sur des pistes d’action qui vous intéressent, sur ce que vous attendez de la fédération pour aider. Réussir à ce que tous nos enfants apprennent à lire et sachent lire est très complexe. Que devons-nous mettre en œuvre au niveau fédéral pour vous aider sur le terrain à faire votre travail de responsable associatif ?
Voici un aperçu des questions qui ont été posées : quelles évaluations sont faites de toutes ces méthodes et pratiques ? que penseriez-vous d’une communication des parents pour les informer de la méthode enseignée à leurs enfants ? doit-on imposer ou non aux enseignants des méthodes ou manuels de lecture ?
Consulter les échanges.
Pour consulter l’intégralité de ce compte rendu réalisé par la PEEP : http://www.peep.asso.fr/contenu.php?id_niv1=12&id_niv2=37
Mise en ligne en février 2006.
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