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Le livre de littérature de jeunesse, objet de débat
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Durant les 4es Parcours Professionnels pour la Lecture Jeunesse, Françoise Grégoire, conseillère pédagogique en Loire-Atlantique, est intervenue dans le cadre de la table ronde sur les usages du livre de jeunesse à l’école.
Lire de la littérature à l’école, c’est doter le jeune lecteur de compétences spécifiques, culturelles, pour forger sa personnalité, développer sa capacité d’échanges et l’amener à une lecture personnelle.
Françoise Grégoire cite trois intérêts majeurs à la pratique du débat littéraire en classe en tant que levier dans la construction d’un lecteur actif, curieux, « chercheur et partageur de sens ».
• Premier intérêt, et non des moindres : inviter les lecteurs à débattre entre eux à partir d’une question de recherche sur un texte littéraire et ainsi démontrer qu’il existe un espace de liberté d’interprétation pour le lecteur.
Cela permet de montrer au lecteur qu’il n’est pas seulement « destinataire » d’un écrit et donc simplement récepteur d’un point de vue unique, mais aussi et surtout « interlocuteur » dans une interaction texte-auteur-lecteur. Du coup, l’aventure de la lecture vaut la peine d’être vécue puisqu’il y tient une part active, voire créative en tant que constructeur de sens.
Il s’agit, en fait, de l’aider à se construire une représentation de la nature de l’activité de lecture :
- dépassant l’univers scolaire, élargie, par le biais de la réflexion personnelle, à la vie culturelle et sociale en général ;
- engageante et responsabilisante.
Construire une telle représentation de la nature de l’acte de lire n’est pas aisé et va à contre-courant de la posture « traditionnelle » de l’élève qui, la plupart du temps, cherche à trouver la réponse attendue.
Quelles sont les pratiques qui vont aider et favoriser cette construction ?
- Toutes les situations d’échanges autour des livres (cercles de lecture, comités de lecture, présentations de livres, etc.) qui reconnaissent les points de vue différents.
- Toutes les activités proposant « un questionnement ouvert » des textes (ateliers de questionnement de textes, carnets de lecteur, etc.) qui interrogent l’interaction entre le texte et le lecteur, et non l’objet texte en tant que tel.
• Deuxième intérêt : le débat va obliger le lecteur à argumenter son point de vue et à remettre en question la pertinence de son interprétation.
Ceci le conduit à « fouiller » le texte, l’image ou le rapport texte-image pour trouver les éléments qui ont pu lui faire construire son interprétation.
C’est ainsi qu’il va découvrir progressivement, dans une situation de besoin donc motivante, les procédés littéraires mis en œuvre par les auteurs :
- les indices donnés dans le paratexte ;
- les stratégies liées à la structuration du récit, à la construction narrative, à la construction des personnages ;
- les techniques d’écriture, les figures de style ;
- les techniques de l’illustration, la complémentarité du rapport texte-image, etc.
C’est donc en situation authentique que l’élève va se doter de savoirs et de compétences littéraires.
D’autres activités de lecture doivent être mises en place au sein de la classe, du cycle ou de l’école, qui vont provoquer la découverte de ces procédés littéraires puis les conforter : présentations de livres, projets d’écriture, rencontres avec des bibliothécaires, des auteurs, etc.
La pratique du débat ne s’improvise pas et se nourrit des multiples activités de lecture en classe et hors de la classe, de manière à ce que les échanges soient riches et donc motivants.
• Troisième intérêt : la dimension de partage culturel va permettre à chacun d’entendre le point de vue de l’autre et d’être amené soit à renforcer sa propre argumentation, soit à s’approprier le point de vue de l’autre suite à la découverte d’éléments littéraires qu’il n’avait pas perçus, soit à réajuster son interprétation suite à la confrontation.
Cette co-construction de sens que permet le débat va enrichir progressivement la lecture personnelle du jeune lecteur.
Une des difficultés rencontrées dans la pratique du débat littéraire est la nécessité pour l’enseignant d’avoir une solide connaissance de la littérature de jeunesse qui lui permette de déterminer la question de débat. Cette question, spécifique à chaque ouvrage, doit être à la fois « résistante » et suffisamment ouverte pour amener les élèves à se positionner en tant que « lecteurs engagés », et provoquer des confrontations d’ordre littéraire.
L’acquisition d’un certain niveau de connaissance de la littérature de jeunesse renvoie, entre autres, à la question de la formation des enseignants.
Françoise Grégoire, conseillère pédagogique.
Compte rendu réalisé en janvier 2006 pour le site BienLire.
Mise en ligne en février 2006.
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