La lecture : de l’évaluation au perfectionnement
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Le séminaire du Roll (Réseau des observatoires locaux de la lecture) 2005, annoncé comme exceptionnel, s’est tenu le 16 novembre 2005 à la Fondation des Caisses d’Épargne à Paris ; n’ont été informés de sa tenue que les recteurs et inspecteurs d’académie. Un certain nombre d’entre eux avaient envoyé des représentants. Parmi les auditeurs, se trouvaient quelques IPR, beaucoup d’IEN, mais aussi plus de maîtres que d’habitude. Enfin, le ministre de l’Éducation était représenté par Jean-Luc Bénéfice, sous-directeur de la DESCO. Il était accompagné de M. Macron, chef du bureau des Écoles et de Jean-Pierre Villain, inspecteur général, directeur de la Mission laïque.
Rappel des enjeux et des principes de fonctionnement du Roll : « L’évaluation dans la classe et pour la classe »
Si cette représentation plus affirmée de l’Institution est pour le Roll un supplément de reconnaissance, elle ne change pas sa vocation, rappelée par Alain Bentolila, professeur, et résumée par l’expression Observatoires locaux. C’est d’abord par l’exemple et la « contamination de proximité » que le Roll entend faire connaître et adopter son dispositif ; la mesure des performances des élèves n’est pas destinée à des publications savantes sur l’état de l’école, mais doit permettre aux maîtres, dans leur classe et dans leur cycle, d’agir avec le plus de pertinence possible. Son dispositif, qui lie étroitement évaluation et perfectionnement, vise à donner aux maîtres la lucidité la meilleure dans leur travail. Bien entendu, le Roll n’est pas seulement un observatoire ; il a pour vocation d’aider les maîtres à mettre en place les programmes d’activités par des démarches et des outils dont il contrôle les résultats. Son champ d’action s’étend maintenant au cycle 2 et au collège.
M. Jean-Luc Bénéfice, représentant du ministère de l’Éducation nationale, est intervenu pour dire comme les résultats positifs du Roll avaient intéressé, voire impressionné, la DESCO. Il note surtout l’intérêt du Roll pour les élèves en difficulté, ayant besoin de suivi rapproché. À ce propos, il rappelle le dispositif mis en place par le ministère dans deux directions. Au cycle 2, l’existence des CP à effectifs réduits, en nombre très limité ; mais aussi des CP renforcés (3 000), bénéficiant de la présence d’un assistant d’éducation, et de CP accompagnés (3 500), permettant la prise en main de petits groupes. C’est aussi le cas plus général des dispositifs de PPAP (Programmes personnalisés d’aide et de progrès), évoluant vers les PPRE (Programmes personnalisés de réussite éducative) mettant à la disposition des maîtres des moyens spécifiques. La prise en compte de ces dispositifs par le Roll ne peut que faciliter les choses.
Une discussion initiée par la salle a porté sur la prise en compte du Roll par le ministère : c’est une affaire qui doit se négocier. Alain Bentolila rappelle à nouveau que la vocation du Roll est la « propagation par l’exemple » plutôt que par recommandation officielle. Toutefois, Jean Mesnager propose un minimum de « signalement » sur des supports comme le site Eduscol. Jean-Luc Bénéfice pense que c’est possible.
La mesure des effets du Roll sur les performances des élèves
Jean Mesnager, à la direction nationale du Roll, fait le point sur les effets du Roll. Il a fallu un certain temps pour que des procédures fiables soient construites pour les mettre en relief. Aujourd’hui, ils apparaissent incontestables. Ainsi, la comparaison des performances avec les épreuves nationales d’évaluation en 6e montre un écart de 4,5 % entre les « enfants du Roll » et les autres, après deux à trois ans de mise en œuvre en école primaire ; l’écart est même supérieur lorsque les activités Roll ont été intensives. Une analyse simple montre que cet écart équivaut à la moitié de la différence liée aux milieux socioculturels. Quant aux performances en ZEP, l’écart est deux fois moindre avec les classes « hors ZEP » pour les élèves bénéficiant du dispositif. Enfin, l’étude de l’évolution des performances des élèves de 6e dans les collèges Roll de Caen montre que le progrès en compréhension est trois fois supérieur à ce que l’on constate dans des collèges témoins. Selon Jean Mesnager, la convergence des constatations pour différentes populations est un indicateur supplémentaire. Surtout, autant que la pertinence des outils du Roll, c’est leur application régulière et « opiniâtre » qui est à l’origine de ces résultats.
Un modèle d’organisation efficace et peu coûteux : le Roll de Paris
Bruno Germain, à la direction nationale du Roll, décrit la mise en œuvre du Roll à Paris, préfigurant une modélisation de recommandations pour une entrée réussie dans le dispositif. En 2005-2006, elle porte sur une dizaine d’écoles de secteurs en difficulté et bénéficie d’un dispositif de suivi et de formation de l’ensemble des acteurs, enseignants et accompagnateurs. Ses principales caractéristiques sont les suivantes :
- en plus de la passation des évaluations habituelles, il existe un diagnostic spécifique d’entrée (2005), afin de préparer l’évaluation du dispositif à terme (en 2008) ;
- l’encadrement régulier des écoles par un formateur, EMF (enseignant maître formateur), CPAIEN (conseiller pédagogique adjoint à l’inspecteur de l’Éducation nationale), directeur d’école d’application, etc., à raison d’une demi-journée toutes les deux semaines ; la coordination par un personnel académique, coordinateur REP (sa mission représente un demi-service) ;
- la formation continue des enseignants, à travers le PAF (plan académique de formation) ; l’information et la formation continue des directeurs des écoles concernées, le Roll ayant vocation à s’intégrer aux projets d’écoles ;
- la mise en synergie du Roll avec d’autres dispositifs existants et l’exploitation des ressources disponibles comme Lire et faire lire, Les coups de pouce, le Centre Paris-Lecture, etc.
Le dispositif a été largement préparé au cours de l’année 2004-2005, tous les acteurs ont été identifiés et informés. L’académie a par ailleurs attribué un budget pour l’achat de matériels informatiques (gestion des évaluations) et audiovisuels (formation continue).
Cette mise en place « à moindre coût » peut « faire modèle » pour une organisation plus rationnelle des OCL (Observatoires de circonscription en lecture), par l’incitation à intégrer dans leur fonctionnement accompagnement, régulation et formation.
Comment les évaluations permettent-elles d’organiser les programmes de perfectionnement ? Exemples de dispositifs, témoignages de terrain.
L’après-midi a été consacrée à l’examen de démarches illustrant le thème : l’articulation entre évaluation et perfectionnement.
L’efficacité de la pédagogie de la lecture est intimement liée à cette question : où en est ma classe, et chaque élève en particulier ? Quels sont leurs besoins prioritaires ? Comment dois-je m’organiser et que mettre en œuvre pour assurer leurs progrès ?
Trois exemples de démarches sont rapportés à trois niveaux de la scolarité :
De l’évaluation au perfectionnement au cycle 2
Myriam Martin décrit un dispositif de pédagogie différenciée au cycle 2, calé au départ sur des résultats d’évaluations. D’une part, le cas de six élèves en début de CP repérés à partir des épreuves du Roll pour leur profil particulièrement faible dans les trois domaines : celui du langage, de la conscience phonologique (émergente, au niveau attendu à cet âge) et de la compréhension de textes (lus par le maître, bien sûr). À partir de ce CP renforcé, un programme personnalisé d’activités sur un an et demi leur a permis de retrouver en milieu de CE1 un profil semblable à celui de leurs camarades. Myriam Martin décrit les caractéristiques de ce profil ainsi que l’organisation différenciée des classes qui a permis cette évolution. D’autre part, le cas d’activités différenciées fondées sur les évaluations, dans un autre CE1 du Pas-de-Calais.
De l’évaluation au perfectionnement au cycle 3
Thierry Gervais rapporte un itinéraire de classe au cycle 3 fondé sur les mêmes principes dans une école de Dordogne. En début de CM2, on constate un niveau beaucoup plus faible que le niveau national dans les textes narratifs et en recherche d’information. Un dispositif fondé sur les ateliers de questionnement de texte (AQT) est mis en place avec un nombre de séances assez élevé (une par semaine). Pendant qu’un groupe les pratique, l’autre bénéficie d’exercices d’entraînement du type de ceux qui sont présentés dans le guide de remédiation du Roll. Le maître indique que pendant les AQT, l’accent a été mis sur l’explicitation par les enfants de leurs stratégies. En fin d’année, la classe a rejoint, voire dépassé, les moyennes nationales dans les trois types de textes.
Alain Van Cauwenberghe complète cette intervention en faisant le point sur le rôle du maître pendant les AQT.
De l’évaluation au perfectionnement au collège
Valérie Surmely et Martine Dewald développent les aspects de l’articulation dans deux collèges de Caen. Évaluation et perfectionnement y sont intimement liés tout au long de la 6e. Certes, les épreuves d’évaluation du Roll ou du ministère permettent de définir d’entrée des groupes de besoin pour les activités mais la liaison entre les deux aspects va plus loin. Les professeurs rappellent au passage le « système triangulaire » des activités du Roll : pratiques culturelles autour de la littérature jeunesse, AQT et exercices d’entraînement. L’articulation entre les trois aspects se fait d’abord au niveau des contenus : ainsi c’est un extrait de l’œuvre étudiée qui peut être retenu en AQT ; ou bien une enquête « Jules Verne » est exploitée pour des exercices de compréhension. Mais l’AQT est aussi une occasion d’observation rapprochée et de repérage de lacunes. Ce que l’on y a constaté fait l’objet d’un traitement systématique, comme « à chaud », pour préparer la séance d’exercices d’entraînement qui suivra.
Questions et interventions
Tout au long de la journée, diverses questions et interventions des participants se sont fait jour :
- une remarque a été faite sur la difficulté à organiser de vraies collaborations entre premier et second degré ; a été évoquée à cette occasion une obstruction délibérée de certains inspecteurs. En revanche, on a apprécié l’intention de Mme Baudouin, IPR d’Aix-Marseille, de donner une information sur le Roll au second degré de son académie ;
- la question des moyens a été soulevée à propos des chances que le système parisien puisse « faire modèle ». Elle a été aussi évoquée concernant l’extension du Roll en collège ;
- par ailleurs, Jean-Pierre Villain a tenu à intervenir sur la différenciation pédagogique, qui ne porte pas que sur les élèves, mais aussi sur les contenus ;
- enfin, plusieurs participants ont mis en lumière la difficulté d’implantation durable de certains OCL (observatoires de circonscription en lecture) face à la mobilité des personnels. Cette vraie question ne concerne pas que les maîtres ; elle se pose aussi pour les équipes d’OCL bien sûr, mais aussi pour les responsables académiques, où des soutiens au Roll établis peuvent du jour au lendemain faire défaut. On se promet d’étudier cette affaire plus sérieusement pour trouver de meilleures solutions.
Réflexions pour un développement durable
Dans le prolongement des contributions et échanges, plusieurs idées-forces sont nettement apparues. En complément aux fondamentaux du Roll (différenciation, polyvalence de la lecture, articulation évaluation/perfectionnement, les deux voies), elles constituent des « principes d’application » qui apparaissent majeurs après dix ans d’existence :
- c’est à partir de la mise en œuvre pratique que les maîtres se posent les questions de fond ;
- le Roll n’est durable qu’avec une structure d’accompagnement/formation/échange ; à l’école, le Roll a la dimension du cycle ;
- il faut trouver de vraies réponses à la question de la mobilité des personnels ;
- l’efficacité est le résultat de la régularité de mise en œuvre des deux voies ;
- le Roll se développe davantage par communication entre pairs que par incitation venant d’en haut ; mais la reconnaissance de l’Institution est indispensable.
Compte rendu réalisé en novembre 2005
par Jean Mesnager, co-directeur scientifique du Roll.
Mise en ligne en janvier 2006.
Sur le site BienLire
Consulter la présentation du Réseau des observatoires locaux de la lecture (Roll).
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