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L’étape analogique


  
Ce modèle a été perfectionné en 1993, par un certain nombre de personnes dont des collègues qui travaillent à l’ONL. On a introduit une étape intermédiaire, l’étape analogique, essentielle pour nous. L’étape analogique, c’est ce que fait un petit enfant, en grande section d’école maternelle, dans le tournant du passage de la grande section au cours préparatoire. Il va faire des comparaisons, des analogies, des comparaisons de lettre à lettre, entre segments de mots, voire entre des mots. Ces jeunes enfants font des comparaisons du type : « Caroline, ça commence comme Carine. Il y a les mêmes lettres au début » ; ou bien : « Dans mon nom aussi, il y a un A. » Ces comparaisons, ces analogies peuvent rester uniquement dans le domaine graphique. Par exemple, Aurore va s’interroger en disant : « Maîtresse, je ne sais pas pourquoi mais dans mon nom, il y a un A, mais ça ne fait pas A. » Ils vont faire des hypothèses, des commentaires, des remarques sur les lettres et groupes de lettres, des comparaisons qui peuvent rester strictement dans le domaine graphique. C’est très intéressant. On s’aperçoit d’ailleurs que souvent, ils le font à partir du matériau logographique, des mots qu’ils ont repérés globalement. Ils essaient de regarder leur composition, de voir comment ils arrivent à décomposer les logogrammes qu’ils ont repérés depuis plusieurs années. S’ils se cantonnent à des analogies strictement graphiques (« Au début de mon nom, j’ai un L, moi aussi, j’ai un A… », etc.), quand ils ne font que des comparaisons et des analogies graphiques, ça ne va pas plus loin et ça peut rester toujours dans le domaine logographique. En revanche, dès qu’ils commencent à faire des comparaisons entre les lettres qu’ils ont repérées et/ou comparées, et les sonorités correspondantes, ils ont déjà démarré l’apprentissage de la lecture. L’enfant qui arrive à dire « Palais, parce que ça commence comme papa et j’entends /pa/ au début », fait l’analogie graphique, mais à partir des sonorités, ou des syllabes, correspondantes. Et à partir du moment où ils sont capables d’établir ce lien avec des sonorités, ils sont déjà dans les principes de la lecture, ils vont découvrir les principes de l’alphabétisme. À l’école maternelle, ça reste très souvent accidentel, factuel. Et l’idée développée, depuis quelques années, dans le cadre de la formation des enseignants, est d’essayer d’amener les enfants, entre la grande section et le CP, à développer ces stratégies, ces procédures analogiques, à faire des comparaisons et à établir ces correspondances entre les lettres et les sons. On a maintenant un certain nombre de travaux qui montrent que cette capacité chez les jeunes enfants à l’entrée en CP est LE facteur déterminant de la réussite en lecture. C’est vraiment le facteur le plus déterminant dans la réussite ou non, la rapidité ou non de l’apprentissage de la lecture. Évidemment, il y a d’autres composantes. On en a vu quelques-unes, notamment sur le fonctionnement du langage oral, sur les aspects culturels, la fréquentation des livres, des bibliothèques, la rencontre avec les écrits sous toutes leurs formes, etc. Mais du point de vue des procédures, c’est vraiment celle qui va être la plus déterminante.