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Premier module d’apprentissage : l’identification des lettres et l’analyse visuelle


  
Il faut par exemple que l’enfant comprenne que son prénom écrit en lettres capitales est le même mot qu’en minuscules, indépendamment de sa forme typographique. Cela paraît basique et banal de dire ça, mais vous avez des enfants qui ne l’ont pas compris quand ils arrivent au cours préparatoire. Il faut qu’ils comprennent également qu’un mot écrit se lira toujours de la même manière, que l’identification des lettres et des mots est liée à la permanence signifiante de l’écrit. Quand il va lire un texte, celui-ci correspondra toujours au même message oral. Entre 5 ans et demi et 6 ans, vous avez des comportements d’enfants assez curieux, qui font souvent sourire : ils se comportent comme des imitateurs de la lecture, ont les comportements de la lecture sans en avoir les actes véritablement. Ma fille avait ce comportement à cet âge, on lui disait : « L’année prochaine, tu vas aller au cours préparatoire, tu vas apprendre à lire. » Elle haussait les épaules et répondait : « Mais je sais déjà lire ! » Elle prenait un livre, disait le texte en tournant les pages : elle avait l’illusion de la lecture. Et pour elle, c’était ça la lecture. Lire, c’est dire quelque chose à partir d’un livre, d’un album, quel que soit le support écrit. Les élèves font ça spontanément dans les classes, et généralement à l’insu des enseignants. Ils jouent à la maîtresse, racontent l’histoire aux autres en en faisant des lectures orales. Là où on les piège, c’est quand on leur demande : « Qu’est-ce qui est écrit là ? », ou bien : « Tu m’as lu ton histoire tout à l’heure, c’était vraiment très intéressant. Peux-tu me la relire ? » Ils se trouvent, à ce moment-là, confrontés à cette impossibilité de dire deux fois la même chose et se rendent compte que ce qui se lit doit se lire toujours de la même manière, que le texte oral doit correspondre au texte écrit qui est permanent : cela s’appelle la permanence de l’écrit. Du point de vue de l’apprentissage de la lecture dans ses aspects techniques, ces prises de conscience sont absolument nécessaires pour apprendre véritablement à lire. Je dis toujours à mes étudiants, futurs professeurs ou en formation continue : « Un élève qui entre en cours préparatoire devrait déjà être au clair sur les gestes de lecture, sur la manière dont il doit s’y prendre pour lire et pour apprendre à lire. S’il a déjà des idées un peu claires, s’il a des conceptions pas trop erronées et à peu près justes de ce qui l’attend, un grand pas est fait dans l’apprentissage de la lecture. » Tout cela passe par un travail basique lié à ce que j’ai indiqué ici.