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Entrer dans le système alphabétique |
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Pour apprendre à lire, l’apprenti lecteur doit à la fois :
- identifier et reconnaître les mots à l’oral. La part de l’oral est très importante. C’est effectivement le terrain sur lequel on va appuyer l’enseignement du lire-écrire de l’enfant ;
- isoler les mots, identifier les phonèmes. Comment voulez-vous qu’un enfant reconnaisse un mot écrit s’il n’est pas capable de l’isoler dans la chaîne parlée, de le reconnaître et de lui donner du sens ? L’identification des phonèmes est très difficile à faire mais très importante. À un certain stade de son apprentissage du lire-écrire, l’enfant doit être capable à l’oral d’isoler les phonèmes dans les mots. S’il ne les entend pas concrètement, il ne pourra pas les repérer à l’écrit. Donc, pour repérer quelque chose, il faut le connaître. Je vous donnerai des pistes pour jouer avec vos enfants à des jeux qui permettent de reconnaître et d’isoler des phonèmes dans les mots, de les mettre en correspondance avec les graphèmes ;
- mettre en correspondance les phonèmes avec les graphèmes. Le linguiste Jacques David nous a dit précédemment que l’essentiel, pour lui, était d’entrer dans la lecture par l’acquisition du principe alphabétique. J’ajouterais par l’activation de la conscience phonologique, qui est pour moi un élément essentiel. De nombreuses recherches ont montré et prouvé qu’il ne peut pas y avoir de lecture sans conscience phonologique. L’enfant est conscient qu’à un phonème est rattaché un graphème et inversement ;
- analyser la structure sémantique dans sa séquentialité et sa linéarité est le quatrième comportement auquel l’enfant doit accéder. L’apport de l’oral et le « bain » de langage dans lequel grandissent aujourd’hui les enfants sont aussi très importants. C’est encore une fois une chose qui s’apprend, qui s’enseigne ;
- comprendre le système alphabétique pour apprendre à lire. Apprendre à lire et écrire sans entrer dans le système alphabétique est impossible. C’est un principe qui est économique et fondé sur la représentation graphique d’unités sonores. À partir du moment où je connais les 26 lettres, je suis capable de les voir, de les percevoir, de les reconnaître et d’entendre les 37 phonèmes de notre langue. La langue française, qui est une langue phonétique mais pas pleinement, a des irrégularités qui la rendent complexe. Vous admettrez quand même que c’est une économie que de n’avoir que 37 phonèmes, que l’on peut rattacher à 93 graphèmes. Ces derniers sont enseignés au CP. Il y a un travail important à faire en grande section où l’on commence déjà à aborder les graphèmes et les phonèmes simples. Le travail de l’oral est très important également.
Pour expliquer l’opposition du système alphabétique à d’autres langues, prenons l’exemple de la langue chinoise dans laquelle la sonorité n’est pas attachée à la représentation symbolique car c’est une langue conceptuelle. Le chinois est en effet une langue très imagée, très conceptuelle, un peu en lien avec les sonorités (différents symboles sont utilisés pour dire montagne ou eau mais, pour dire panorama, sont mis côte à côte le symbole de l’eau et de la montagne). Tout à l’heure, Brigitte Lancien parlait d’entrer dans une culture et dans une chaîne humaine. Un petit Chinois n’aborde pas l’écrit de la même manière qu’un petit Français ou un petit Polonais, qui ont des langues phonologiques et alphabétiques. On entre dans une certaine forme de traitement. On n’aborde pas l’écrit de la même façon, et donc ce ne sont pas les mêmes procédures qui sont en fonction dans toutes les langues. La correspondance des graphèmes et des phonèmes est essentielle et conduit à l’émergence de la conscience phonologique (qui apparaît généralement à Pâques chez les enfants de CP). On apprend aux enfants les phonèmes, les graphèmes, on leur apprend à les combiner, fabriquer des mots. Tout à coup, on découvre que le mot que je viens d’écrire, « tomate », représente quelque chose qui existe. Quand arrive la conscience phonologique et qu’elle s’installe dans une petite tête qui n’a pas de représentations, l’enfant aura beau déchiffrer « tomate » et avoir la conscience phonologique, il ne la verra pas et ne comprendra pas qu’il y a du sens derrière ce mot. De même, si on ne lui donne pas les clés de la construction phonologique des mots, qu’on lui dit « ça, c’est "tomate" », on risque d’avoir des problèmes parce que les indices orthographiques ne sont pas toujours suffisants pour différencier deux mots qui se ressemblent et entrer dans le sens. Donc, l’enfant peut avoir le sens mais ne pas avoir ce qu’il faut pour repérer tout ça. Ce que l’on doit faire à l’école, c’est lui donner les moyens de faire émerger la conscience phonologique en lui apprenant les graphèmes (c’est relativement rapide puisqu’il n’y en a pas beaucoup). Ce qui me tient particulièrement à cœur depuis que j’enseigne, c’est de repérer les phonèmes dans l’ordre d’arrivée à l’oreille, c’est-à-dire qu’un enfant soit capable de dire que dans « sol », j’entends d’abord s, puis o, puis l. Si l’enfant a cette capacité, c’est l’orthographe qu’on commence déjà à installer, parce qu’il lira de moins en moins dans une décomposition phonologique par déchiffrage lorsqu’arrivera l’orthographe. Les enfants qui peinent dans le déchiffrage des mots parce qu’ils ont un problème de correspondance du graphème-phonème laissent passer les jours, les années et sont épuisés quand ils ont un objet écrit à lire. Ils ne peuvent pas accéder au sens. La lecture appelle le lexique, et plus je lis, plus je le complète. Si je n’arrive pas à déchiffrer, je ne peux pas augmenter mon lexique et mes représentations. Donc, ce qui me paraît très important, c’est de repérer puis d’isoler les phonèmes et ensuite de les entendre dans l’ordre.
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