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Témoignage de Nadine Gobert, mouvement ATD Quart Monde |
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Volontaire permanente, confrontée régulièrement à ces problèmes d’illettrisme, je suis volontaire depuis deux ans, et depuis un an à Noisy-le-Grand. Je pense que beaucoup parmi vous connaissent ATD Quart Monde en tant que mouvement international de lutte contre la misère. Ce que certains ne savent peut-être pas, c’est qu’il est né ici à Noisy-le-Grand et qu’il continue à exister ici. Le mouvement mène un projet pilote depuis plus de trente ans, sous la forme d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) un peu atypique. En fait, il y a des familles très pauvres qui sont accueillies dans un centre de promotion familiale. Cet accueil consiste à leur proposer un logement dans des conditions normales et un accompagnement autour du projet défini par les parents et les enfants. Les parents souhaitent, d’une manière ou d’une autre, que leurs enfants ne mènent pas la même vie qu’eux, ils veulent qu’ils réussissent. Ils ont très bien conscience que c’est le savoir qui va libérer leurs enfants de la misère, et que cela passe d’abord par l’école. Le mouvement ATD Quart Monde a toujours misé sur le vivre comme un outil privilégié d’accès au savoir qui va libérer les parents et les enfants de la misère, qui va leur permettre de reprendre appui, d’exercer leurs droits et de pouvoir vivre librement. À Noisy-le-Grand, on mène des actions traditionnelles du mouvement auprès des enfants, et notamment la bibliothèque de rue. Ça consiste, chaque samedi, à aller au pied d’un immeuble avec une couverture et des caisses de livres, pour proposer aux enfants de choisir un livre et de le lire avec eux, juste pour le plaisir. On a une approche un peu différente de ce qui a été expliqué ce matin. On a bien vu ce matin la complexité de l’apprentissage. Nous ne sommes pas des professionnels, ni des chercheurs, ni des enseignants. On ne maîtrise pas toutes ces méthodes, on mise avant tout sur le plaisir, sur la prolongation du plaisir de la lecture, des histoires du livre, même à l’entrée en CP. Parce que dans ces familles très pauvres, les enfants n’ont souvent pas de livres à la maison, les parents ne savent parfois pas lire. Ils mettent sur l’enfant une sorte de pression qui provoque une terrible angoisse, des parents comme des enfants, à l’entrée en CP, parce qu’ils doivent absolument apprendre à lire, c’est presque une question de survie. La lecture peut leur sauver la vie. J’ai en tête une jeune mère de famille qui me parlait de l’entrée en CE1 de sa fille aînée, elle exprimait à la fois plein de fierté – ce qui semble assez saugrenu pour une entrée en CE1 – et une terrible inquiétude parce qu’elle n’était plus capable de suivre les devoirs. Le problème se posait surtout en mathématiques, elle n’arrivait pas à faire apprendre sa fille. Mais pour d’autres, c’est la lecture. Elle me disait que, déjà en CE1, sa fille ne lui montrait plus ses exercices de mathématiques, elle avait conscience que sa mère ne pouvait pas l’aider, qu’elle n’avait plus de soutien, ce qui angoisse les parents et les enfants. À la bibliothèque de rue, il y a un accès libre au livre. Ils ont quelqu’un qui va leur lire une belle histoire dans un beau livre. On espère que cela participe à leur donner envie de lire. On a demandé à Mathilde : pourquoi aimes-tu lire ? Dans les précédentes interventions, le mot plaisir a été très peu évoqué, mais quand on parle à un enfant, c’est le plaisir de lire qui rentre en compte.
Échanges
Josette Daniel : – Est-ce que la PEEP peut vous aider, peut faire quelque chose pour travailler avec vous ?
Nadine Gobert : – Certainement. Je pense qu’il faudra réfléchir ultérieurement sous quelle forme. On a déjà appris beaucoup ce matin. C’est important aussi la technique. En vous écoutant, je me disais qu’il serait très intéressant de savoir comment ces enfants apprennent à lire, parce qu’ils apprennent quand même. Et quelle méthode développent-ils ? Pour moi, c’est un mystère. Malgré les handicaps sociaux, ils ont certainement beaucoup de ressources, mais quelles sont celles qu’ils exploitent pour arriver à apprendre à lire ? C’est un réel travail qui reste à mener.
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