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Allocution du ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien |
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« J’accorde une très grande importance aux travaux et réflexions qui doivent déboucher sur des décisions concrètes dans l'intérêt des élèves. La maîtrise de la langue française est la première mission de l'école ; sans elle, tout s'écroule et c'est pour cette raison que j'ai pris les décisions que vous connaissez sur l'apprentissage de la lecture, en m'appuyant sur le rapport de l'Inspection générale sur la lecture.
L'enseignement systématique (c’est-à-dire progressif, exhaustif, organisé) et précoce (c'est-à-dire dès les premiers jours du CP) du déchiffrage est la méthode la plus efficace pour apprendre à lire à un enfant. L'efficacité de cette méthode se révèle encore plus importante lorsqu'on a affaire à des enfants fragiles, et surtout en zones d'éducation prioritaire. La question de la lecture ne doit pas relever d'une querelle idéologique, ni de mots. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une révolution mais de préconiser la pratique journalière dès le début du CP d'activités, d'apprentissages systématiques des correspondances entre graphème et phonèmes. Cela implique d'écarter résolument la mémorisation globale des mots et la lecture par hypothèse. Le but du CP est la lecture précise, certaine, sans erreurs, qui se pose sur la maîtrise parfaite du code alphabétique. Pour appliquer ces consignes dans les meilleures conditions, il faut que professeurs et parents puissent se repérer parmi la multitude des manuels de lecture existants, c'est pourquoi il a été demandé à l'ONL de remettre une grille de lecture comparative de tous les manuels de lecture actuellement en circulation d'ici à la fin du mois d'avril.
Quand on parle de lecture, on parle aussi d'écriture. Parler d'écriture, c'est parler d'orthographe et de grammaire. Sur ces deux questions, j'attends beaucoup de vos travaux.
Les jeunes connaissent des difficultés croissantes en expression écrite. On insiste depuis longtemps sur l'inventivité, la créativité, l'épanouissement. Seulement, il n'y a pas de créativité sans maîtrise préalable des règles de l'expression, ni de maîtrise des règles sans apprentissage systématique. Il y a nécessairement, dans la langue, une dimension d'héritage, de tradition arbitraire dont on ne peut faire l'économie. Il faut donc respecter les usages. Ce qui est engagé c'est tout simplement l'existence de la pensée. L'orthographe est beaucoup plus qu'une simple convention. Avoir une bonne orthographe, c'est respecter ce qui fait le "être" en commun. L'orthographe, c'est aussi la précision de la pensée. Lorsqu'on touche à la grammaire, c'est la structure même de la pensée qui est en jeu. La grammaire correspond à la syntaxe qui permet la formation même de la pensée. Si l'on ne maîtrise pas le sens des conjonctions de coordination "mais, où, et, donc, or, ni, car", on aura du mal à développer les liens logiques les plus courants. Une carence de syntaxe aura des conséquences sur l'ensemble des activités intellectuelles y compris les mathématiques. Il faut souligner l'importance d'un apprentissage efficace de la grammaire et de l'orthographe.
À l'école primaire, les nouveaux programmes de 2002 ont mis en place l'observation réfléchie de la langue. Il s'agit d'enseigner l'orthographe, la conjugaison et la grammaire de manière à englober l'aspect purement arbitraire, en essayant de donner du sens aux nécessaires conventions du langage. Mais il faut absolument que cet exercice soit accompagné d'un apprentissage systématique, progressive, exhaustif de la conjugaison et des règles de la grammaire de phrase. On ne peut en faire l'économie, ni se contenter de quelques idées générales sur la grammaire. Le but de l'enseignement de la grammaire est que les élèves sachent conjuguer correctement et qu'ils connaissent les exceptions et pas seulement une ou deux pour le principe. Il est nécessaire de réfléchir sur un bon équilibre entre la démarche de compréhension qui fasse sens pour les élèves et la démarche absolument nécessaire d'apprentissage systématique. »
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