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Le cas du français et de quelques autres langues


  
Pour expliquer la morphophonographie, prenons l’exemple de la langue grecque. Il y a deux façons d'écrire un même phonème pour des raisons grammaticales. L’orthographe grec comporte des aspects morphophonémiques, notamment dans le domaine vocalique : le son /o/ s’écrit « o » quand il est placé à la fin des mots et d’adjectifs au masculin singulier mais « w » à la première personne du singulier des verbes au présent ; le son /e/ s’écrit «  » quand il fait partie de la désinence d’une première ou deuxième personnes pluriel des verbes au présent (voie active) mais «  » quand le verbe est à la voie passive.
Dans la morphophonographie du chinois, l’un des résultats les plus importants ces dernières années porte sur les effets produits par les composantes des caractères (un caractère associe en général un radical et une phonétique) : plus ses composantes sont transparentes, régulières, et plus les enfants ont des chances de les apprendre rapidement (Learning to read in Chinese, J. R. Hanley, 2005).
Le japonais, autre exemple d'orthographes les plus complexes au monde, est un mélange de deux types d'écriture :
- l’écriture des kanji japonais, idéogrammes importés de Chine au Ve siècle, qui peuvent avoir deux lectures (kun et on),
- les kana japonais composés de deux syllabaires hiragana et katakana, créés par la suite par les japonais, plus adaptés à la transcription du japonais.1
Le français comme l'anglais est une orthographe « opaque ». Les aspects typiques de l’orthographe du français sont la polyvalence importante et une sémiographie qui combine des morphonogrammes (-ai, au, ain, etc.) et surtout des morphogrammes (lettres de l'alphabet qui marquent les accords et les désinences). Le français est avec l'anglais un cas unique dans l'orthographique alphabétique. Ce problème à gérer n’est présent dans aucune autre orthographe, excepté l'anglais. L’irrégularité dans l’anglais se trouve du côté du lexique tandis que l'irrégularité en français se trouve du côté de la grammaire. Or dans la gestion des orthographes, la difficulté se trouve dans le fait d'avoir des unités qui ne renvoient pas à l'oral et qui en plus réfèrent à un fonctionnement grammatical.

Pour gérer la régularité, il existe également le concept de l'iconicité (maximale ou minimale) qui est l’utilisation d’une graphie, caractère ou trace pour noter du sens. L'iconicité d’une graphie dépend de la puissance évocatrice de sa fonction linguistique, à la fois du côté du lexique (avec l’hétérographie qui donne à voir un sens lexical spécifique), et du côté de la grammaire (avec des marques plus ou moins spécialisées dans la représentation d’une fonction et donc plus ou moins iconique). Ce qui va être plus facile à gérer du côté de la grammaire est ce qui va être très récurrent et régulier : la marque iconique par excellence en français est le « s » au pluriel. Cependant, l'éventail des morphogrammes ne peuvent pas relever d'une iconicité aussi forte : par exemple, le « e » du féminin se trouve très souvent avec d'autres valeurs que la marque du genre. Donc l'iconicité est un phénomène difficile à gérer.