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Les diverses catégories de la grammaire traditionnelle


  
Interrogeons-nous aussi sur la notion intéressante de « phrase » : le mot phrase date du XVIe siècle. Avant qu'elle n’apparaisse au milieu du XVIIIe siècle avec la signification qu’on lui connaît aujourd’hui – c’est-à-dire majuscule, sujet, verbe, complément, point final – la notion de phrase voulait dire locution (mots qui vont ensemble). Pourquoi cette notion surgit-elle à ce moment-là ? Les grammairiens, jusqu’au XVIIIe siècle, travaillaient avec les notions de « proposition » (plus petite que la phrase, composée du sujet-verbe-complément) et de « période » (catégorie rhétorique composée de plusieurs propositions). La phrase moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui est une invention des grammairiens, celle-ci n'est pas naturelle. En revanche, faire des propositions qui constituent un texte est quelque chose de naturel. Les unités « naturelles » sont la proposition, mise en situation dans un texte, en plusieurs « périodes » ou séquences textuelles : l’exemple du gérondif « En arrivant, j’ai rencontré Paul. » est la structure classique ; la règle normative veut que le participe présent « en arrivant » corresponde au sujet principal « je ». Mais la phrase « En arrivant, la porte était fermée », même si ce genre de phrase existe, relève de l’artifice total et ne peut que s’inscrire dans un texte (il y a quelque chose avant). « Nous avons marché pendant trois jours : en arrivant : la porte était fermée » : la ponctuation de cette phrase datant de l’époque du XVIIIe siècle nous choquerait aujourd’hui.
C'est sans doute pour enseigner l'orthographe que les grammairiens ont inventé les phrases, pour arriver à limiter le territoire d'investigation. Mais pour un enfant, la phrase n'est pas naturelle et vous le savez bien avec la difficulté des élèves à ponctuer… Ce qui est naturel et intuitif, ce sont les modules, les propositions, les enchaînements. Dans l’épellation ou la décomposition d’un mot, le découpage en syllabe, et non en sons, est quelque chose de naturel : il est impossible de faire des phrases avec des sons, c'est plus naturel avec des syllabes.