Fermer la fenêtre
 
Dégâts causés par ces influences de la philosophie et de la logique de Port-Royal


  
Au XVIIe siècle, puisqu'on va rattacher logique et langue, on imagine que les valeurs de la logique sont universelles : quelque soit les langues du monde, les gens ont les mêmes catégories de pensée. Du coup, on va gommer les différences entre les langues : ce qui vaut pour le latin et le grec vaut aussi pour le français. C'est de cette mauvaise adaptation de la grammaire latine que vient souvent la difficulté car ce qui est universel du côté philosophico-logique ne l’est pas du côté linguistique : ainsi, l’exemple de la nomenclature des temps du verbe en français avec l’opposition de la forme simple et de la forme composée – présent, passé composé, futur, futur antérieur, imparfait, plus-que-parfait – qui sont reliés entre eux par une construction symétrique invisible par les élèves. Pour une fois que c’est régulier, pourquoi ne dit-on pas simplement futur composé ou présent composé ? Car ce sont les couches historiques successives de mots qui ont constituées la nomenclature des temps antérieurs provoquant des difficultés de lisibilité. Chaque époque avait une conception différente de la langue.
De même, pour les adjectifs, pourquoi est-on passé à la catégorie « déterminant » ? L’adjectif possessif (mon) vient du latin (meus=le mien) et fonctionne exactement comme l’adjectif qualificatif ; il peut être supprimé, transposé, etc. Il a fallu attendre le XXe siècle pour qu’on s’aperçoive qu’il n’y avait aucun point commun grammaticalement parlant entre mon et petit, aucune phrase française ne peut substituer « mon » par « petit ».
Avant de s’interroger sur « quel type de grammaire », il faut délimiter clairement les objectifs de la grammaire : grammaire pour l'expression, grammaire pour la communication, grammaire pour la lecture des texte, grammaire pour raisonner sur le langage. Deux caractéristiques :
- Dans les années 1970, on parlait déjà de grammaire pour l’expression, ou grammaire fonctionnelle, qui explique et décrit la langue en référence aux situations, aux besoins et au contexte de la communication. Donc il faut de plus en plus articuler la grammaire avec l’aspect cognitif. B. Combettes pense que c’est le point sur lequel la didactique a actuellement le plus de retard par rapport à la linguistique de l’écrit. Comment apprendre à écrire avec une grammaire qui ne tient pas compte des catégories cognitives que nous avons élaborées en recherche linguistique ? Des expérimentations sont donc à mener dans ce domaine. La grammaire modernisante que nous avons dans les classes est très en retard sur la recherche théorique.
- Il faudrait aussi fonder une grammaire (ou une description de la langue) qui puisse rendre compte des variations, en ne se limitant pas à la renvoyer aux marges de « ce qui n'est pas réglé ». Si on prend la position inverse (ce qui est fondamental, ce n'est pas la régularité, c'est la variation), on peut travailler différemment.