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Comment orthographions-nous les mots ?


  
Trois cas de figures possibles :
- Lorsqu'un mot est totalement inconnu, il y a « invention » à partir de la connaissance du système orthographique. Par exemple, face à un mot inconnu comme /kabilyr/, on va segmenter en phonèmes, associer phonèmes/graphèmes, maintenir en mémoire temporaire, transcrire. Cependant, la connaissance des associations graphèmes/phonèmes ne suffit pas, on aura besoin du contexte et des connaissances graphotactiques (qui régissent les relations entre graphèmes). À noter que l’éventail des prononciations, des transcriptions, des écritures se retrouvent sur la base Manulex1 (sans connaissance lexicale, il faut beaucoup de chance pour avoir la bonne transcription d’un /in/).
- Lorsque le mot est déjà connu, nous avons recours au processus de récupération directe en mémoire ; cette récupération, qui nécessite une sorte de dictionnaire mental appelé le lexique orthographique, est d'autant plus exacte et rapide que le mot est fréquemment utilisé.
- Lorsque le mot est partiellement connu, il y a un mixte des processus de récupération et d'invention, c'est-à-dire que le lecteur fait référence à un mot déjà connu sans rapport sémantique par un processus d'analogie.
En résumé, nous disposons de deux voies, l’une faisant référence à notre mémoire et l’autre faisant référence à notre capacité de recomposer l’information :
- une voie lexicale, avec la récupération directe en mémoire des mots connus ;
- une voie sous-lexicale, qui récupère pour les combiner les associations phonèmes/graphèmes pondérées par leur fréquence et leur contexte.
Ces deux voies sont pertinentes car elles sont capables à la fois de rendre compte de nos performances (notamment dans le cas de pathologies) et des difficultés d’apprentissage. Ces deux voies sont en compétition : celle qui gagne est celle qui va le plus vite. Ainsi, le mot /tank/ va pouvoir être écrit tank ou tanque selon sa régularité ou sa consistance (le temps d’écriture dépend de la consistance du mot : plus un mot sera non consistant, comme /tank/, et plus son écriture sera lente). C’est un indice de difficulté.
Reste la question des accords, qu’on peut formaliser sous forme de règles (si c'est un nom, ou adjectif, alors il faut ajouter un –s, si c'est un verbe il faut ajouter –ent) et d’algorithmes. À côté des algorithmes et des règles, l’adulte va aussi chercher la récupération directe en mémoire de la forme orthographiée du mot associée dans sa mémoire : ce qui donne « le facteur a des lettres et il les timbres. ». Nous avons en quelque sorte à nouveau deux voies : une voie de récupération de mémoire et une voie de calcul et tous les mixtes entre les deux voies.
La question va être « comment ces enfants vont-ils s’approprier ces règles, ce système et les faire fonctionner ? »