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Rapport moral au bilan national 2006 de Lire et faire lire


  
« "(Il s'agit) de débloquer les pratiques. Ce qui (est frappant), c'est cette aspiration très forte à trouver une forme d'intervention citoyenne qui aille plus loin que la simple expression électorale et même plus loin que la démocratie de participation. C'est ce nouveau type de citoyenneté active que nous avons la responsabilité de définir et de promouvoir."
Cette phrase récente est de Pierre Rosanvallon et pourrait être placée en exergue au programme Lire et faire lire. En effet, Lire et faire lire, et il répond en cela aux intentions de ses fondateurs, est bien ce mouvement de citoyens qui décident de donner un peu de temps, d'énergie, de savoir-faire, d'élan, en un mot de vie pour que cette société aille un peu mieux, à commencer par les enfants et à travers eux leur famille et l'école qui constituent les espaces essentiels de leur éducation. Lire et faire lire est au cœur de ce que nous pouvons souhaiter en matière d'engagement volontaire, animé par des bénévoles dont on mesure tous les jours l'enthousiasme, soutenu par deux réseaux associatifs dont on sait que les questions éducative, culturelle, sociale sont au centre de leur projet.
Près de 11 000 bénévoles, près de 4 000 sites éducatifs concernés, quelque 100 000 enfants bénéficiaires, un programme qui tend à se diversifier quant à ses formes d'intervention, les espaces de vie des enfants qu'il touche, l'âge de ces enfants.
Nous pouvons être fiers de cette action. D'autant plus fiers que Lire et faire lire n'a pas perdu au fil des ans cette idée également essentielle du plaisir dans l'action. Et je voudrais à cet égard rendre hommage aux acteurs bénévoles, rencontrés tout au long de l'année et qui font preuve à la fois d'inventivité, de fidélité, et d'un bel enthousiasme. Je dois dire qu'une des tâches qui m'agrée le plus dans cette fonction est de rendre visite, sur le terrain, autant que faire se peut, aux bénévoles. Il y a du bonheur dans cela. Et les initiateurs de Lire et faire lire avaient vu juste. Dans ce pays, il y a de la part de nos concitoyens un désir d'engagement que les médias ne relaient pas assez, un désir d'engagement social et d'éducation populaire, notions chères à l'Unaf et à la Ligue de l'enseignement.
11 000 bénévoles. On peut, ça et là, nous envier ce chiffre. Irons-nous plus loin ? Oui, sans aucun doute. Car ce mouvement citoyen ne peut se satisfaire de ce nombre. Le projet est trop beau, son utilité, sa pertinence, ne sont plus à prouver. J'entends d'ici Alexandre Jardin approuver… J'entends les coordonnateurs départementaux approuver aussi mais avec les questions qui surgissent et s'imposent. Développer, oui, mais à la condition de pouvoir accompagner le programme de telle manière que son développement ne soit jamais contre-productif. Je voudrais saluer le travail de nos coordonnateurs. Si le programme concerne aujourd'hui la quasi-totalité des départements, c'est grâce à leur détermination, et, à l'appui de nos structures départementales. Nous irons plus loin, guidés à la fois par l'élan spontané et par la raison.
Certes, Lire et faire lire a pris sa place dans le paysage et nous pouvons nous féliciter à la fois de l'audience que le programme acquiert dans le grand public (il n'est guère de lieux où Lire et faire lire n'est pas connu...) et de la confiance dont témoignent nos partenaires, sans qui rien ne serait possible : partenaires institutionnels, et nous pouvons nous réjouir du soutien du ministère de l'éducation nationale, en dépit, je dois le dire, de la baisse de subvention en 2005, confirmée en 2006 ; Jeunesse et Sports, qui soutient le programme dans une dimension particulière en direction des centres de loisirs. [...]
L'audience de Lire et faire lire se traduit également par la signature de conventions de partenariat avec des associations, organisations, structures dont Lire et faire lire est complémentaire et en convergence d'action ou de préoccupation : La Charte des auteurs, La Joie par les livres, la Fédération des Aînés Ruraux (www.ainesruraux.org).
Deux soucis nous animent dans le développement de nos partenariats : l'éthique qui nous conduit à ne les engager que dans le cadre d'une convergence d'objectifs et le souci économique, l'apport de nos partenaires s'avérant indispensable au développement de Lire et faire lire. Je voudrais à l'occasion de cette journée annuelle les remercier très chaleureusement. Sans entrer de plain-pied dans l'évocation des actions de cette année, je veux quand même souligner que le conseil d'administration de Lire et faire lire a fait sien ce souhait exprimé l'an dernier d'amplifier son action en direction des publics les plus fragiles, qu'ils soient en milieu rural ou, le plus fréquemment c'est vrai, en milieu urbain. La progression est réelle, même si, à l'usage, on perçoit des singularités qu'il faut prendre en compte, en matière d'organisation ou de formation notamment. La création, cette année, du conseil scientifique de Lire et faire lire devrait nous aider à appréhender efficacement et sereinement ces questions. L'engagement de Lire et faire lire en direction des enfants les plus vulnérables, en situation de précarité ou de relégation, est un impératif moral. C'est la raison de notre engagement dans le plan « ambition réussite » que nous évoquerons dans un instant.
Nous ne cessons d'affirmer lors de toutes nos rencontres la nécessité de conserver à Lire et faire lire sa souplesse, sa légèreté, j'oserai même le mot de spontanéité. Et nous avons raison. Nous ne voulons pas que ce programme connaisse les difficultés liées à la lourdeur d'un dispositif contraignant. Mais dans le même temps, il serait irresponsable de masquer les contraintes, les impératifs qui se présentent. L'équipe nationale, dont je veux saluer le travail, autour du CA, s'emploie à dynamiser le programme et à trouver les moyens de son développement.
Ce qui fait notre richesse, c'est la dimension de proximité de ce projet.
C'est l'irremplaçable sentiment d'utilité qui naît à chaque rencontre d'un bénévole avec les quelques enfants pour qu'existe ce moment de partage et de plaisir.
Imaginons que dans d'autres domaines se développe ce mode d'agir original et simple à la fois.
La société en serait à coup sûr changée, comme vous la faites changer, quotidiennement et, sans en avoir l'air, réellement en profondeur. »

Gérard David, président de l’association Lire et faire lire, 14 juin 2006.