Fermer la fenêtre
 
Quelle place pour les retraités ?


  
Le rapport 2006, « La France bénévole », réalisé par l’association France Bénévolat, s'intéresse à la place des retraités dans le bénévolat. Cette réflexion a été conduite par Dominique Thierry, vice-président de France Bénévolat et de Développement et Emploi, également directeur de l'ouvrage L'Entrée dans la retraite : nouveau départ ou mort sociale ? (éditions Liaisons, 2006). Globalement, et contrairement aux idées reçues, les retraités ne sont pas surreprésentés dans la vie associative et le bénévolat. Autour de 27 % des Français de plus de 15 ans ont une activité bénévole. La proportion est de 29 % environ entre 60 et 69 ans, elle est de l'ordre de 20 % au-delà de 70 ans. Ce qui est certain, c'est que les seniors investis dans le bénévolat lui consacrent en moyenne plus de temps que les autres générations, et de façon plus régulière. Compte tenu de l'évolution démographique et du poids grandissant des « seniors » dans la population totale, l'enjeu que représentent leur maintien et leur progression dans le bénévolat est donc considérable. En effet, selon les projections des démographes, le groupe des moins de 20 ans et celui des plus de 60 ans auront en 2010 un poids social strictement équivalent. Soit 14 millions de personnes et presque un quart de la population chacun. Vingt ans plus tard, soit en 2030, les moins de 20 ans continueront à représenter un quart de la population, mais les plus de 60 ans auront vraisemblablement atteint le tiers de la population française. Cela pose à l'évidence des interrogations à la fois sur les fins de carrière, sur la transition entre le travail et d'autres activités et « sur la reconnaissance sociale de ces actifs d'un autre type ». Globalement, 3 % des actifs ayant un emploi sont bénévoles. Ils sont 23 % chez les retraités. Cela signifie bien qu'on ne devient pas bénévole, automatiquement, au prétexte que l'on dispose de davantage de temps disponible. On en donne un peu plus. L'implication bénévole relève d'un apprentissage souvent précoce où l'influence familiale, le système de valeurs personnel, les engagements de jeunesse, l'éventuelle implication syndicale, le réseau relationnel... jouent des rôles déterminants. Comme pour les autres populations cibles, le développement du bénévolat chez les retraités implique une promotion permanente de ce type d'engagement, des messages spécifiques, une meilleure connaissance et une lisibilité prioritairement construite sur une maille territoriale fine de la vie associative. Il suppose aussi des dispositifs d'accueil particuliers et un accompagnement, actuellement très insuffisants, pour gérer cette transition entre la vie professionnelle et cette nouvelle étape de vie, qualifiée improprement de « retraite ». Il suppose que l'on en connaisse les pièges. Ainsi, la place des retraités dans la vie associative, les conditions dans lesquelles ils accèdent au bénévolat, ainsi que leur mode de relation aux responsabilités et au pouvoir, constituent des enjeux forts à la fois pour eux et pour la vie associative. Mais aussi, plus globalement, des atouts pour le renforcement du lien social, car la qualité et l'intensité de la coopération intergénérationnelle sont d'excellents baromètres de ce lien social et de la solidarité. N'oublions pas que l'une des grandes craintes des nouveaux retraités, pas totalement infondée, pour s'engager dans le bénévolat associatif est d'être impliqué sans limite et de retrouver toutes les contraintes de la vie professionnelle (avec la représentation symbolique « du petit doigt dans l'engrenage... »). À cet égard, le monde associatif ne saura pas attirer et fidéliser des bénévoles retraités s'il ne sait pas s'adapter à leurs attentes, à leurs rythmes et à leurs différentes caractéristiques sociologiques.
L'intégralité du rapport 2006 est disponible sur le site : www.francebenevolat.org
Dans le cadre de la Conférence de la famille 2006 consacrée aux solidarités entre générations au sein et en faveur des familles, deux groupes de travail ont été mis en place : « la famille, espace entre générations » et « favoriser les solidarités entre générations au sein de notre société ».
Lire et faire lire a été auditionné par la Conférence de la famille et a pu présenter son action mais également faire part de ses propositions pour renforcer le bénévolat des retraités, facteur essentiel de la solidarité intergénérationnelle ainsi que l'illustre la généreuse mobilisation des 10 000 lecteurs.

Article paru dans Il était une fois…, n° 16, mai 2006,
revue de l’association Lire et faire lire.