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L’enquête IVQ de 2002 |
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Les premiers résultats de l’enquête IVQ de 2002
L'enquête IVQ (Information et vie Quotidienne) a été réalisée par l'Insee en novembre 2002, en collaboration avec plusieurs institutions : la DEP, la DARES, l'INED, l'INETOP, le Commissariat général au plan, l'ANLCI et des équipes de recherche universitaires.
Il s'agit d'une enquête méthodologique, cherchant avant tout à faire progresser les méthodes de mesure et de repérage des personnes en difficulté d'écriture, de lecture ou de compréhension orale.
Son objectif est double :
- améliorer notre estimation quantitative des différents niveaux de compétence des populations adultes face à l'écrit,
- mieux connaître, d'un point de vue qualitatif, la nature même des difficultés qu'ils peuvent rencontrer, tant sur le plan cognitif - leurs compétences manifestées sur des tâches de lecture et d'écriture, par exemple - que dans leur façon de vivre le rapport à l'écrit au quotidien.
Un protocole nouveau
Environ 2 000 personnes de 18 à 65 ans, réparties dans 10 régions françaises, ont été interrogées dans le cadre de l'enquête. Ces personnes ont passé chez elles des épreuves d'évaluation en lecture, en production écrite mais aussi en compréhension orale et en calcul, avant de répondre à un questionnaire biographique. L'estimation du nombre de personnes en difficulté face à la lecture en France nécessite des choix méthodologiques et des simplifications parfois importantes. Plusieurs problèmes ont dû être résolus pour parvenir à une première mesure :
- Quelles compétences retenir pour identifier les personnes en difficulté : la lecture de mots ou de phrases, l'écriture, la compréhension de textes, la compréhension orale, etc. ?
- En dessous de quel seuil de réussite peut-on considérer qu'une personne ne maîtrise pas la compétence en question ?
- Quel statut donner aux personnes n'ayant jamais été à l'école (relevant plutôt de l'analphabétisme) ou à celles ne maîtrisant pas le français (car arrivées récemment en France) ?
- D'un point de vue statistique, comment tenir compte, d'une part, des refus de répondre à l'enquête, qui peuvent être liés à une incompétence en lecture, et d'autre part, de l'erreur de mesure inhérente à toute évaluation ?
L'enquête IVQ prévoit un questionnement spécifique pour les personnes en difficulté. Celles-ci sont repérées à l'aide d'un exercice d'orientation, qui porte sur la compréhension d'un programme de télévision. Si ses résultats sont insuffisants, la personne interrogée est présumée en difficulté : elle passe par un module d'exercices simples. Sinon, une série d'exercices plus difficiles lui est proposée. Cependant, cette seule orientation ne suffit pas à repérer la population en difficulté. Ainsi, certaines personnes orientées vers les exercices simples s'avèrent finalement tout à fait compétentes dans les différents domaines évalués ; inversement, certaines personnes dirigées vers les exercices plus difficiles ont de très grandes difficultés à les résoudre. En outre, certaines personnes abandonnent l'enquête en cours ou bien refusent d'emblée d’effectuer les exercices, justifiant parfois leur refus par une maîtrise insuffisante du français. Ce refus ou cet abandon conduit à s'interroger sur la meilleure façon statistique de restaurer la représentativité des personnes acceptant de répondre.
Un travail approfondi d'analyse psychologique et statistique a été mené pour déterminer des seuils de maîtrise des compétences et établir ainsi un classement fiable de la population. Cependant, quelques incertitudes subsistent et les chiffres présentés ici seront sans doute affinés. On donnera donc une fourchette utilisant deux variantes disponibles et prenant en compte les incertitudes liées au fait qu'il s'agit d'un sondage. C'est pourquoi on préfère aussi parler de personnes en difficulté de lecture plutôt que d'illettrés.
Les plus de 50 ans sont plus souvent en difficulté que les jeunes
Dans l'état actuel des analyses, d'après l'enquête IVQ, on estime entre 10 et 14 % la proportion de personnes en difficulté de lecture dans la population vivant en France et âgée de 18 à 65 ans. Si l'on se restreint aux personnes ayant appris à lire en français, ce taux est compris entre 7 et 10 %. Inversement, entre la moitié et les deux tiers des personnes ayant étudié dans une langue étrangère éprouvent des difficultés de lecture du français. Ces taux sont deux fois plus forts que les « taux d'illettrisme » publiés à partir d'enquêtes de l'Insee effectuées il y a une dizaine d'années : cela ne signifie pas que les choses ont changé. Les enquêtes précédentes se basaient sur des déclarations (la personne reconnaissant ou non avoir des difficultés à lire le journal, à remplir un chèque, etc.) et non sur des résultats à des exercices. Cet écart montre plutôt que les personnes ayant des difficultés en lecture sous-estiment leurs problèmes ou préfèrent les taire.
Les hommes sont plus souvent en difficulté que les femmes : entre 7 et 12 % de ces dernières sont en difficulté face à l'écrit, contre 11 à 16 % des hommes. Les personnes âgées sont aussi plus souvent concernées que les plus jeunes : 13-20 % pour les 50-65 ans contre 3-8 % pour les moins de 30 ans. Cette différence peut s'expliquer par la proportion plus importante d'immigrés parmi les plus de 50 ans que parmi les moins de 30 ans. Le résultat concernant les jeunes est assez proche des résultats établis lors des JAPD.
Des difficultés réelles, mais pas forcément dans tous les domaines
Ces premiers résultats provisoires ne repèrent pour l'instant que les personnes qui rencontrent des difficultés à l'écrit. Une seconde phase d'exploitation de l'enquête montre que, parmi ces personnes en difficulté, une forte hétérogénéité se manifeste, conduisant à distinguer quatre sous-groupes aux compétences nettement distinctes ; par exemple, il y a lieu de distinguer les personnes pour lesquelles ces difficultés sont étendues à tous les domaines de compréhension écrite et orale de celles pour lesquelles ces difficultés sont propres à un seul domaine. De fait, les personnes en difficultés sont très rarement caractérisées par une absence totale de compétences : étudier comment elles se répartissent selon les différents champs (lecture de mots, écriture, compréhension de texte) permet de mieux connaître ce public et d'axer les formations sur les faiblesses des apprenants en s'appuyant sur leurs points forts. L'enquête IVQ couvre d'autres domaines que celui de la lecture, comme la production écrite, la compréhension orale et le calcul. Les premières analyses montrent que les personnes qui rencontrent des difficultés de lecture ne sont pas tout à fait les mêmes que celles ayant des problèmes de compréhension orale ou de difficultés en calcul. Il semble bien y avoir des difficultés spécifiques au domaine de l'écrit. Il est aussi possible grâce aux données de l'enquête de savoir comment elles accomplissent certains gestes de la vie quotidienne.
L'environnement social est primordial
Au-delà du dénombrement des personnes en difficulté, dont on vient de voir la complexité, comprendre les déterminants et les parcours qui favorisent cette situation constitue l'enjeu réel de la lutte contre l'illettrisme. L'information recueillie dans le module biographique de l'enquête a pour objectif d'apporter cet éclairage contextuel.
Les difficultés en compréhension écrite ont des conséquences très variables selon la manière dont ce handicap est vécu au quotidien et selon les stratégies déployées pour contourner ces difficultés. Si certaines personnes ont malgré tout un emploi stable et semblent surmonter leur handicap dans la vie quotidienne, d'autres vivent dans une situation de repli et souvent de grande précarité. Sans surprise, les personnes qui réussissent le mieux le module d'exercices simples sont aussi celles qui lisent le plus (quotidiens ou magazines) et aussi celles qui écoutent plus régulièrement les informations. En revanche, la gêne ressentie au quotidien par les personnes en difficulté n'est pas toujours liée à leur performance. Si la difficulté posée par les tâches quotidiennes comme effectuer des courses, prendre un rendez-vous ou encore utiliser une billetterie est proportionnelle à la difficulté à résoudre le module d'exercices simples, c'est moins le cas lorsqu'il s'agit de lire une carte ou un plan : se débrouiller avec une carte ou un plan ne semble pas être corrélé aux résultats du module d'exercices simples. Plus préoccupant, la proportion de personnes qui déclarent avoir un projet dans les mois à venir est d'autant plus faible que le taux de réussite aux exercices les plus simples l'est aussi. Les personnes ayant des faibles compétences face à l'écrit auraient aussi des difficultés à se projeter dans l'avenir.
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