Fermer la fenêtre
 
Niveau cérébral


  
Le déficit de la conscience phonologique à l'origine de la dyslexie ?
On émet l'hypothèse, par défaut, que le déficit du système phonologique aurait pour cause un dysfonctionnement de certaines aires cérébrales en charge de cette phonologie.
Comment croire que cette hypothèse peut être vérifiée ? On observe que les enfants dyslexiques rencontrent de grandes difficultés dans un certain nombre de tâches phonologiques typiques (à l'oral) et leurs manipulations complexes, sans impliquer pour autant la lecture. Les différents types de tâches sur lesquelles les enfants sont gênés sont les suivantes :
- Tâches qui mettent en jeu la conscience phonologique 1 telles que :
. la détection d'intrus sur les rimes, parmi 3 mots qui ne riment avec les autres : route, goutte, barre (cette tâche peut être effectuée avec des enfants de 5-6 ans) ;
. les contrepétries simples, qui permettent de prendre conscience de la transposition des deux phonèmes : citron, bateau ; bitron, sateau (cette tâche est à réaliser avec des enfants plus âgés et plus agiles avec leur conscience phonologique).
- Tâches qui mettent en jeu la mémoire à court terme verbale :
. le séquençage lettre/chiffre à retenir ;
. la répétition de non-mots et des séquences de non-mots.
- Tâches qui mettent en jeu la dénomination rapide (dans laquelle on observe que les enfants dyslexiques sont plus lents que les autres) :
. d'images ;
. de chiffres.
On constate en moyenne que les performances des enfants dyslexiques dans les tâches phonologiques sont en-deçà de celles d'un groupe apparié en âge lexique (âge de lecture). Cela montre que le déficit phonologique n'est seulement pas la conséquence du mauvais apprentissage de la lecture. Les capacités de conscience phonologique sont en fait la conséquence de l'entraînement de la conscience phonologique au cours de l'apprentissage de la lecture.
Il est supposé que le déficit de type phonologique se manifeste de façons différentes dans la conscience phonologique, dans la mémoire verbale à court terme, dans l'accès aux représentations phonologiques et dans la mémoire à long terme. Parmi ces manifestations phonologiques, ce sont les problèmes de conscience phonologique qui ont l'impact le plus direct sur l'apprentissage de la lecture, par le biais des correspondances graphèmes/phonèmes. Apprendre les liens entre graphèmes et phonèmes et décoder les mots lettre à lettre n’est que le début de l'apprentissage de la lecture ; ensuite, l'enfant se construit un lexique orthographique par la mémorisation et l'habitude de lecture. Il est évident qu’un enfant, qui rencontre déjà des difficultés pour décoder les mots dès la première étape, lit moins et, de fait, alimente moins son lexique orthographique. Par conséquent, l’enfant dyslexique accumule à la fois un retard dans la procédure élémentaire de lecture et un retard dans la procédure visuelle de lecture (représentant la procédure orthographique). Ce retard orthographique est une cause secondaire du déficit de la lecture. Cela montre le cercle vicieux dans lequel entre l'enfant dyslexique.
Le cerveau dyslexique : études d'imagerie cérébrale fonctionnelle
Trois zones cérébrales, situées dans l'hémisphère gauche du cerveau humain, sont impliquées dans la lecture :
- le lobe occipito-temporal (zone dans laquelle entre l'information visuelle),
- le lobe temporo-pariétal (qui permet d'accéder au lexique),
- le lobe frontal (qui permet la prononciation du mot).
Chez le sujet dyslexique, le cerveau en action sous-active ces trois grandes composantes du système cérébral de la lecture.
L'imagerie structurale, qui examine les détails anatomiques, permet de constater une réduction du volume de matière grise dans le cerveau des sujets dyslexiques, impliquant une connectivité plus faible sous les aires temporo-pariétales. Des chercheurs sont allés plus loin en étudiant un cerveau de dyslexique post-mortem : une concentration anormale de plusieurs milliers de cellules en excès, réalisant de véritables « verrues » ou ectopies neuronales, a été noté sur la surface du cortex majoritairement dans l'hémisphère gauche, zone impliquée dans la lecture. Les données disponibles sur le développement normal du cortex permettent de dater au milieu du 6e mois de gestation le mécanisme anormal ayant abouti à la production de ces neurones en excès et en position atypique. Cette concentration d'ectopies peut avoir un impact sur la structure du cortex et le développement cérébral.