Fermer la fenêtre
 
Tests de discrimination entre de et te chez des normolecteurs de 9 ans


  
On observe que le DEV est négatif lorsque la syllabe est identifiée comme de. Dès que le DEV devient positif, la syllabe est qualifiée comme étant te. C'est autour de la frontière entre de et te que les syllabes sont discriminées. Ne sont perceptibles que les différences entre de et te. Cette perception n'est pas évidente et ne relève pas d'un apprentissage facile. Il faut donc apprendre car on n'hérite pas de cette perception. Selon la langue, les catégories phonologiques (ou de voisement) sont différentes 1. Un autre élément montre que, dès la naissance, l'enfant est prédisposé pour percevoir non pas deux mais trois catégories de voisement qui sont précisément celles qu'on retrouve dans le thaï. On sait depuis longtemps que l'enfant périlinguistique possède déjà la perception catégorielle, qu'il est prédisposé à percevoir tout le potentiel de contrastes phonétiques dans toutes les langues du monde (potentiel utilisé de manière très limitée par chaque langue). Par conséquent, ces catégories préétablies ne sont pas directement phonologiques, elles doivent être couplées et associées de différentes manières pour percevoir les phonèmes d'une langue de manière catégorielle. La différence entre les catégories prédisposées chez l'enfant est également celle des thaïlandais. En français, c'est une nouvelle catégorie, et non pas une catégorie préétablie, qui est retenue située au milieu d'une nouvelle frontière se trouvant elle-même au milieu d'une catégorie existante qui est le te qu'on retrouve dans la langue thaï. Cette restructuration complète des processus de perception se déroule normalement entre 4 et 8 mois.
Une recherche a permis de montrer que les dyslexiques disposent de meilleures capacités de discrimination des différences intra-catégorielles. La surdiscrimination du sujet dyslexique pourrait provenir d'un mode de perception de la parole particulier, basé non pas sur des phonèmes mais sur des allophones 2. Ces derniers sont des variantes contextuelles des phonèmes dans la langue considérée (par exemple, le phonème /p/ se prononce de manière différente dans /pi/ et /pu/, ce dont on peut se rendre compte en prononçant ces sons en mettant la main devant la bouche, l'un est un [p] l'autre est un [ph]), tout en ayant le statut de phonèmes à part entière dans certaines autres langues (en thaïlandais, les deux [p] sont des phonèmes différents, ils permettent de générer des mots différents indépendamment de la voyelle : /pi/, /phi/, /pu/, /phu/, etc.).