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L’ampleur du problème


  
Prenant la précaution de souligner que « des incertitudes existent toujours quant à l'étiologie, la sémiologie et la définition de la dyslexie et de la dysphasie », des chiffres sont en effet avancés.

« En supposant que les dyslexies et les dysphasies sont des troubles spécifiques du langage oral et écrit et qu'ils sont identifiables, au moins par le système de classification de l'OMS internationalement utilisé, on peut essayer de s'aventurer sur le terrain de la proportion d'élèves concernés.
Les comparaisons internationales effectuées sur 21 pays par l'OCDE en 1995 montrent que la prévalence de ces troubles va de valeurs très faibles : de 1 % en Irlande et aux Pays-Bas à des valeurs très élevées, autour de 25 % aux Etats-unis et en Finlande, la plupart se situant entre 3 et 5 %. En France, 1,1 % des élèves en 1994-1995 relevant de la catégorie "déficiences de la parole et du langage" ont été affectés dans des classes, des écoles ou des établissements spécialisés. Pour apprécier ces pourcentages, il faut tenir compte des faits suivants :
- des 1,1 % il est nécessaire d'extraire ceux qui ont des troubles particuliers de la parole ;
- à l'inverse, des enfants intégrés en classe ordinaire s'ajoutent au pourcentage
précédent ;
- ces troubles sont sans doute insuffisamment ou mal diagnostiqués en France.
On peut au moins déjà dire que le chiffre de 10 % de dyslexiques souvent avancé est peu plausible.

S'agissant plus précisément de la maîtrise du langage écrit, dans le but d'étudier d'une manière précise les problèmes rencontrés par les élèves en difficulté en lecture, une épreuve spécifique a été bâtie, à la demande de l'ONL (Observatoire national de la lecture), en complément de l'évaluation nationale en français en classe de 6e à la rentrée 1997. Cette étude a permis de faire apparaître, parmi l'ensemble des élèves en difficulté de lecture (14,9 % en 1997), trois grands groupes d'élèves :
- 4,3 % de l'ensemble des élèves en 6e peuvent être considérés comme en grande difficulté de lecture. Ils commettent nettement plus d'erreurs dans l'identification des mots par voie directe ou indirecte, en orthographe, et dans la capacité à comprendre des énoncés... ;
- 7,8 % sont en difficulté car ils sont handicapés par une extrême lenteur ;
- 2,8 % tout en étant en difficulté sont dans une situation moins préoccupante. Ils semblent avoir mieux acquis les apprentissages fondamentaux mis en œuvre dans l'acte de lire, mais achoppent sur des compétences qu'on pourrait qualifier de "haut niveau".
On peut oser émettre l'hypothèse que 4,3 % d'élèves en grande difficulté présentent des erreurs équivalentes dans leur nature à celles des enfants présentant une dyslexie, qu’elle soit phonologique ou de surface.

Cette proportion est, dans une certaine mesure, confirmée par certains travaux de pyscho-pédagogues contestant la notion de dyslexie et s'attachant au concept de mauvais lecteur (en particulier S. SYLVANISE et G. CHAUVEAU en 1993 et 1997). En effet, selon leurs grilles d'analyse et d'évaluation, ils observent :
- 4 à 5 % en CE2 et en 6e de très mauvais lecteurs ;
- 10 à 15 % en CP d’apprentis lecteurs en difficulté ;
- 10 à 15 % en GS d’apprentis lecteurs fragiles.
Ils constatent aussi que moins de 1 % de la population scolaire dite "normale" vers 9-10 ans (surtout les garçons) présentent des phénomènes persistants de "non-lecture".
S'agissant du langage oral et en se référant à certaines études épidémiologiques, STEVENSION et RICHMAN évaluent les troubles du langage oral à 0,57 % à 3 ans, DRILLIEN et DRUMMOND à 0,42 % à 5 ans, Christophe-Loïc GERARD en 1991 parle de 1 %.

En définitive, quels que soient les présupposés étiologiques et sémiologiques, on peut admettre que :
- environ 1 % des enfants présente des difficultés sévères du langage oral ;
- environ 4 à 5 % présentent de grandes difficultés du langage écrit (notamment en lecture) ; moins de 1 % sont des "non-lecteurs".
En d'autres termes, selon la nomenclature française, environ 5 % des enfants présenteraient une déficience du langage et de la parole, soit 1 enfant sur 20, dont moins de 1 % une déficience sévère.

Il importe de souligner enfin :
- qu'un diagnostic précipité d'un trouble peut entraîner un pronostic de déficience induisant souvent un "marquage" social, scolaire et médical pour l'enfant ;
- que ces déficiences, pour être avérées (distinctes du retard), requièrent une confrontation éprouvée de l'enfant avec la langue orale et écrite. Évitons de parler de trouble spécifique du langage oral avant 5 ans, et de trouble spécifique du langage écrit avant 8 ans. »

Jean-Charles Ringard
Inspecteur d’académie
À propos de l’enfant « dysphasique » et de l’enfant « dyslexique »
Rapport à Madame la Ministre déléguée à l’enseignement scolaire, février 2000