Apprentissage des savoirs de base


Différentes enquêtes montrent que la grande majorité des jeunes confiés aux services de la protection judiciaire de la jeunesse obtiennent des performances en français et en mathématiques qui se situent entre le CE1 et le CM1. Ils n’ont pas acquis au cours de la scolarité primaire les savoirs fondamentaux qui permettent de communiquer, de participer à la vie de son groupe social et culturel, de comprendre les processus complexes et diversifiés de la vie quotidienne et professionnelle, d’acquérir de nouveaux savoirs, d’atteindre une autonomie sociale, professionnelle, économique…
Les personnels de la protection judiciaire de la jeunesse se trouvent souvent démunis devant la situation de ces jeunes et expriment à cet égard une forte demande de formation et d’outils pédagogiques. En effet, ces jeunes en situation d’échec dans les apprentissages initiaux présentent une forte dévalorisation d’eux-mêmes, des conduites impulsives, des difficultés de concentration, une pensée peu mobile. La seule répétition des apprentissages non acquis antérieurement ne saurait suffire à les remobiliser.
C’est pourquoi une convention a été signée en février 1999 entre la DESCO (Direction de l’enseignement scolaire), le CNEFEI (Centre national d’études et de formation pour l’enfance inadaptée) et la DPJJ (Direction de la protection judiciaire de la jeunesse), le CNFE (Centre national de formation et d’études de la protection judiciaire de la jeunesse). Elle a permis la mise à disposition d’un équivalent temps plein d’enseignant formateur du CNEFEI. Un avenant signé en décembre 2000 permet actuellement de bénéficier des compétences de deux enseignants formateurs. Leur travail porte essentiellement sur l’élaboration d’outils pédagogiques et la formation des personnels intervenant auprès des jeunes.
Les formations 
Les formations aux outils pédagogiques
Depuis janvier 1999, la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse et le CNEFEI ont réalisé, en région, 238 journées d’intervention portant sur la maîtrise de la langue orale et écrite et les maths. Elles ont concerné 1200 personnes de différentes origines institutionnelles : éducateurs, professeurs techniques, agents de justice de la protection judiciaire de la jeunesse (secteur public et associatif habilité), enseignants intervenant en SEGPA, en classes relais, en milieu carcéral, dans les services de la protection judiciaire de la jeunesse ou dans les maisons d’enfants à caractère social, personnels de missions locales PAIO (Permanences d'accueil d'information et d'orientation), formateurs en APP (Ateliers pédagogiques personnalisés) ou dans les organismes de formation, bénévoles d’association… À l’issue de la formation, chacun des participants doit pouvoir immédiatement disposer des outils. Ce principe posé par la PJJ permet d’éviter que des personnels formés ne trouvent pas les financements pour acquérir les outils ou, qu’à l’inverse, les institutions acquièrent des outils qui seront mal utilisés, faute de formation des personnels.
Ces journées de formation sont aussi l’occasion de faire se rencontrer des professionnels d’une même région qui interviennent dans des contextes différents auprès de publics présentant des difficultés d’apprentissage similaires. Ainsi des réseaux d’échanges de pratique se mettent en place et d’autres formations communes s’élaborent.
Les professeurs techniques spécialité « culture et savoirs de base »
Depuis 1999, la direction de la PJJ a ouvert au concours de recrutement des professeurs techniques une spécialité « culture et savoirs de base ».
Ces personnels, après une année de formation au centre national de formation et d’études de la PJJ (CNFE), ont à prendre en charge des jeunes de plus de 16 ans en situation grave d’échec scolaire, voire en refus d’apprentissage. Avec ces jeunes, pratiquer d’emblée une pédagogie de « comblement des lacunes », fondée sur la répétition des apprentissages, apparaît peu opérant. Il semble plus profitable dans un premier temps de les entraîner dans des « aventures culturelles » littéraires, théâtrales, musicales, scientifiques, technologiques qui les mobilisent fortement et leur permettent de reprendre confiance en eux. Ils découvrent ainsi que la langue, les mathématiques, les sciences, les arts, ne se réduisent pas aux programmes scolaires dans lesquels ils ont toujours échoué.
Les outils et démarches pédagogiques
En 1997, le garde des Sceaux a confié à Alain Bentolila, professeur à l’université René Descartes à Paris, une mission d’appui à la direction de la protection judiciaire de la jeunesse en matière de lutte contre l’illettrisme.
Pendant deux ans, une équipe de linguistes et d’enseignants a expérimenté avec une quarantaine de services de la protection judiciaire de la jeunesse un dispositif de d’évaluation du savoir-lire, Évalire, qui est aujourd’hui disponible pour toutes les structures qui travaillent avec des jeunes en difficulté (services de la protection judiciaire de la jeunesse, missions locales, organismes de formation, ateliers pédagogiques personnalisés, associations, bénévoles…).
Évalire
Évalire est constitué d’un ensemble d’épreuves permettant de varier les éclairages et de découvrir l’extrême diversité des niveaux de compétences en lecture :
- Le point-lecture est prévu pour détecter rapidement et grossièrement les problèmes importants.
- Le repérage permet de situer le jeune dans une famille de lecteurs.
- Évatexte offre des épreuves plus approfondies portant sur des textes et documents de natures différentes.
- Un guide d’observation continue concerne les pratiques de lecture hors situation d'apprentissage.
En outre, la fiche Évalire permet de reporter les résultats aux épreuves ; elle assure d’un site à l’autre la transmission de performances lisibles par tous.
Les Ateliers de questionnement de textes
Cette technique pédagogique, conçue et développée par Jean Mesnager, professeur à l’IUFM de Nantes, présente l’intérêt d’être d’une grande simplicité de mise en œuvre.
Pour se perfectionner en lecture, un jeune doit améliorer ses compétences à différents niveaux : lexique, syntaxe, construction du sens local et général… On peut lui proposer des exercices d’entraînement isolés dans ces différents domaines, mais le réinvestissement des acquis en situation de lecture « vraie » est souvent incertain. On peut aussi, à partir de textes, créer une situation globale d’entraînement qui met en jeu tous les aspects de l’acte de comprendre. Les Ateliers de questionnement de textes répondent à cette nécessité. Leur intérêt vient de ce qu’ils se rapprochent de la vraie situation de lecture.
L’activité se déroule avec un groupe de 3 à 8 participants, en trois phases :
- lecture individuelle ;
- construction collective du sens par des échanges informels et orientés ;
- vérification en cherchant dans le texte ce qui est vraiment dit.
Une banque de textes est à la disposition des intervenants pour la mise en place des premiers ateliers.
Les Langagiciels
Les Langagiciels (http://www.langagiciels.com) constituent un outil d'appropriation de l'écrit, reposant sur un environnement informatique ouvert. Cet outil pédagogique se présente aujourd'hui sur un support cédérom.
Leur conception s'appuie sur l'hypothèse fondamentale suivante : il est possible de mettre en œuvre des remédiations cognitives en travaillant directement dans les champs disciplinaires.
Les Langagiciels permettent de proposer des situations de travail ambitieuses, tant du point de vue de la complexité des tâches à résoudre que des contenus culturels.
Cet outil exige à la fois des temps de travail individuels sur écran et sur papier, ainsi que des temps d'échanges collectifs. Ces derniers permettent d'instaurer des débats autour de différentes hypothèses, tant du point de vue des stratégies à mettre en œuvre (analyse préalable de la tâche, explicitation des stratégies envisagées) que de celui des procédures effectivement développées afin d'apprendre à se décentrer de son propre point de vue pour entendre celui de l'autre, de distinguer le causes des conséquences, de prendre en compte simultanément plusieurs critères, bref de réfléchir avant, pendant, et après l'action. Ces situations engagent les apprenants dans des processus d'apprentissage et de socialisation qui s'étayent alors mutuellement.
La possibilité de diversifier les situations de travail en adaptant les scénarios au public visé, permet la mise en oeuvre d'une pédagogie adaptée au niveau et aux besoins des apprenants.

Objectifs pédagogiques
Les Langagiciels permettent l'émergence et le renforcement de compétences essentielles à la maîtrise de la lecture et de l'écriture.
Lecture
- Maîtrise et automatisation des procédures de décodage (reconnaissance rapide et fiable des mots).
- Amélioration de la compréhension des textes par un travail centré sur deux grands types de traitements cognitifs :
. des traitements locaux qui permettent de construire la signification des groupes de mots et des phrases décodés ;
. des traitements globaux qui permettent la construction d'une représentation mentale de l’ensemble du texte.
- Amélioration de la qualité du contrôle que le lecteur exerce sur son activité de lecture, condition indispensable à une bonne compréhension.
- Prise de conscience que, pour comprendre, il est nécessaire :
. de construire des représentations intermédiaires (et provisoires) au fur et à mesure de l'avancée dans le texte ;
. de consacrer une partie de son attention à se rappeler les informations les plus importantes et à chercher délibérément à construire les relations logiques qui permettent de suppléer au non-dit du texte.
Écriture
Toutes les activités de lecture sont couplées à des activités d'écriture permettant l'acquisition de savoirs dans le champ de l'orthographe, de la grammaire, de la ponctuation, du vocabulaire de notre langue.
Une bibliothèque de situations de travail a été constituée à partir de textes narratifs, poétiques et documentaires. Chacune des situations de travail est explicitement référée aux profils de lecteurs mis en évidence par le test de repérage utilisé dans Évalire. La préparation des séquences pédagogiques est ainsi facilitée et le risque de choix de textes trop difficiles ou trop facile est réduit.

Publics concernés
Les Langagiciels se révèlent particulièrement adaptés pour les adolescents et les jeunes adultes qui n'ont pas acquis les savoirs de base, notamment la lecture et l'écriture, y compris ceux pour lesquels ces déficits sont corrélés à des troubles de la communication.
Leur utilisation en milieu pénitentiaire, dans les services de la Protection judiciaire de la jeunesse et dans les classes accueillant de grands élèves en situation d'échec scolaire, a permis d'évaluer leur pertinence face à différentes difficultés d'apprentissage.
Module d’Activation des Compétences en Mathématiques (MACeM) 
Cet outil a été élaboré par le CNEFEI à la demande de l’administration pénitentiaire. Il offre la possibilité de mobiliser des compétences et des opérateurs de pensée fondamentaux à l’apprentissage des mathématiques. Sa diffusion, accompagnée de la formation nécessaire (une journée), permet de répondre à une forte demande concernant les savoirs de base en mathématiques.
Outils développés dans le cadre des classes relais
Dans le cadre du chantier « enseigner et apprendre en classes relais », la DESCO et la DPJJ, en collaboration avec le CNEFEI, ont constitué trois groupes de travail nationaux composés d’enseignants et d’experts dans les différentes disciplines, pour élaborer, sous la responsabilité de l’inspection générale, des outils et démarches pédagogiques destinés à des adolescents en situation d’échec scolaire.
Six principes ont présidé à leur élaboration :
- renoncer à l’ambition du comblement systématique des lacunes qui se cumulent depuis le début de la scolarité ;
- sortir d’une pédagogie de la répétition qui produit peu d’effets ;
- faire le pari que l’intelligence, qui pour diverses raisons a été « mise en friche », reste mobilisable à travers des situations complexes et des vraies questions scientifiques, mathématiques, littéraires ou culturelles ;
- permettre des apprentissages individualisés (au niveau où en est chacun) mais reposant sur une pédagogie de groupe. Installer un débat socio cognitif entre les jeunes à propos des savoirs permet de développer le raisonnement, la mobilité de la pensée, l’anticipation, l’argumentation et participe grandement à des processus de socialisation ;
- choisir des contenus de savoirs qui apparaissent fondamentaux dans le cursus du collège et qui peuvent être supports d’une véritable activité intellectuelle ;
- privilégier des thèmes ou des concepts qui traversent l’histoire des disciplines et qui, comme le dit Philippe Mérieu, « s’attachent à ce qui dans les grandes œuvres touche aux invariants anthropologiques et relient un être singulier à ses semblables. »

Ainsi, sont déjà diffusés et téléchargeables sur le site Eduscol les dossiers pédagogiques suivants :
- Aire et périmètre (http://www.eduscol.education.fr/index.php?./D0049/aire-perimetre.htm)
- Activités scientifiques et technologiques, outil pédagogique sur l'enseignement des sciences et de la technologie en dispositifs relais (http://www.eduscol.education.fr/)

Au cours du dernier trimestre 2003, deux autres dossiers pédagogiques seront publiés :
- l’un sous la forme d’un cédérom sur la lecture et l’écriture qui comporte des éléments de réflexion et des exemples de pratiques pédagogiques ;
- l’autre, dans le champ des mathématiques, propose des activités pédagogiques autour du numérique et de l’opératoire.
Autres outils
La direction de la PJJ a aussi collaboré antérieurement à l’élaboration des outils suivants:
- Lettris (Nathan)
- Lecture, image et remédiation (IPTR Formation : http://www.ffp.org/ffp_annu/pages/organism/iptr_form.html)
- Les Chemins de la vie : code de la route et vie quotidienne (EDISER http://ediser.com/)
- Un référentiel de formation pour les publics peu qualifiés (édité par le Ministère de l’emploi et de la solidarité)
Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI)
L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme a été créée à la fin de l’année 2000. Installée à Lyon dans le courant de l’année 2001, elle a pour objet de fédérer et d’optimiser les moyens affectés par l’État, les collectivités territoriales et les entreprises à la lutte contre l’illettrisme dans le cadre de la politique de lutte contre les exclusions définie par le gouvernement.
À cette fin, elle détermine les priorités à mettre en œuvre, elle organise la concertation entre l’ensemble des acteurs de la lutte contre l’illettrisme, anime et coordonne leur action. Elle veille à la prise en compte des questions relatives à l’illettrisme au sein des programmes d’action et de recherche de ses membres, elle fait procéder à l’évaluation et l’impact des politiques et des actions menées.
La direction de la PJJ est membre du conseil d’administration de l’ANLCI et le bureau des méthodes de l’action éducative est engagé dans plusieurs groupes de travail.
Étude sur le rapport au livre et la place du livre dans la vie quotidienne de jeunes publics en difficulté
Suite à des défaillances dans l’apprentissage de la lecture, à des échecs dans le parcours scolaire ou de formation et/ou, plus généralement, à un rapport au livre et à la lecture distant, empreint de méfiance, voire quasi impossible parfois, certains adolescents ou jeunes adultes ne lisent pas ou plus.
C’est pourquoi à l’initiative de la Direction de la PJJ et avec le concours de l’association Lire et faire lire, qui a pour objet statutaire de développer toute initiative destinée à promouvoir le plaisir de lire s’est engagée une réflexion afin d’élaborer des stratégies d’actions en faveur de ces publics. Il s’agit de :
- leur (re)donner l’occasion de lire et de se réconcilier avec le livre ;
- leur ouvrir un accès à l’un des vecteurs essentiels de notre héritage culturel et de l’imaginaire contemporain.
Pour ce faire, un comité de pilotage a été constitué avec la Direction du livre et de la lecture, l’Observatoire national de la lecture, la Direction de l’administration pénitentiaire, la Délégation interministérielle à la ville, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, la Bibliothèque publique d’information et l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme.
Un état des lieux de la recherche sur le thème « La lecture et les grands adolescents et les jeunes adultes en situation de marginalisation » a été réalisé sous la responsabilité du chargé de mission pour les études à la Direction du livre et de la lecture.
L’étude en cours apportera des connaissances plus précises sur le rapport et la place du livre dans la vie quotidienne de jeunes publics en difficulté d’insertion sociale et professionnelle.

Septembre 2003
Contact : Dominique Brossier
Bureau des méthodes de l’action éducative
Direction de la Protection judiciaire de la jeunesse
Dominique.Brossier@justice.gouv.fr


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