Le repérage des illettrés
L'illettrisme est un des phénomènes massifs d'exclusion dans notre société ; il est encore aggravé par les conditions de vie en prison et il constitue un obstacle essentiel à la réinsertion sociale et professionnelle de ceux qui en sont victimes. Cette question constitue une des priorités de la politique de réinsertion de l’administration pénitentiaire. La lutte contre l’illettrisme s’appuie sur un partenariat fort avec le service public de l’enseignement qui est présent de façon permanente en prison et compétent en matière de diagnostic et de traitement.
Il importe donc de travailler activement avec les détenus illettrés en identifiant cette population à haut risque, dans un esprit de discrimination positive. C’est pourquoi a été envisagée, à partir de 1994, une application en établissement pénitentiaire d’un repérage systématique des illettrés analogue à celui pratiqué dans les centres de conscription de l’armée, avec l’assistance scientifique de l’université de Paris-V pour la conception d’un bilan lecture et d’un logiciel de saisie des données.
Le dispositif de repérage répond au phénomène d'invisibilité de l'illettrisme en provoquant une rencontre systématique entre les détenus les plus démunis et les formateurs.
On notera à ce sujet la différence entre l’évaluation de l’illettrisme faite par les services pénitentiaires à l’accueil et fondée sur la déclaration des personnes (10,1 % des publics entrants selon les statistiques de la direction de l’administration pénitentiaire de janvier 2003) et l’évaluation de l’illettrisme par le repérage des enseignants (un tiers des 43 000 personnes rencontrées échouent au bilan lecture : 18,3 % sont en situation d’illettrisme et 13,9 % en difficultés plus simples en lecture).
Rappelons sur ce point les limites de l’auto-évaluation : à la question « avez-vous des difficultés de lecture ? » posée par les enseignants avant la passation du test, deux tiers seulement de ceux qui ne dépassent pas la lecture de mots simples (illettrisme grave) répondent oui et seulement un tiers de ceux qui ont des compétences limitées à la lecture de la phrase simple (illettrisme avéré).
Outre le rôle de révélateur des difficultés de lecture, le repérage permet d’inciter des personnes à se former alors qu’elles n’auraient pas signalé leurs difficultés et ne seraient pas venues d’elles-mêmes en formation. Il devrait contribuer aussi à une meilleure coordination des différents services (enseignants, associations, organismes de formation professionnelle) : par exemple mettre en place des temps où les enseignants participent institutionnellement à cet accueil et communiquer entre les services les informations recueillies.
Le bilan lecture est proposé par les formateurs aux francophones de niveau infra 5 (CAP-Brevet) c’est-à-dire n’ayant aucun diplôme ou seulement un certificat d’études primaire ou un certificat de formation générale ou encore à ceux pour lesquels il y a un doute sur le diplôme déclaré.
Le repérage des personnes illettrées, initié depuis 1995, a concerné au cours de l’année 2002, plus de 43 000 personnes détenues rencontrées par les enseignants à l’accueil des établissements.
159 sites différents sur 170 ont réalisé une campagne de repérage au second semestre 2002, contre 147 sites scolaires l’année précédente, et 152 sites ont pu communiquer les informations recueillies.
Nombre de renseignements fournis
2e semestre 2001 |
17 857 |
1er semestre 2002 |
23 083 |
2e semestre 2002 |
20 160 |
Évolution du dispositif de repérage de l’illettrisme
sur les cinq dernières années scolaires
Année scolaire |
Nombre d’établissements
concernés |
Nombre d’entrants rencontrés à l’accueil |
Nombre
de personnes testées |
1996-1997 |
86 |
21 924 |
11 787 |
1997-1998 |
124 |
30 472 |
15 541 |
1998-1999 |
140 |
32 172 |
16 354 |
1999-2000 |
147 |
32 677 |
16 664 |
2000-2001 |
147 |
35 071 |
17 804 |
2001-2002 |
159 |
40 940 |
21 953 |

Synthèse des données du repérage transmises sur l’année scolaire 2001-2002
Sur l’année les informations complètes portent sur 40 940 personnes reçues dans le dispositif de repérage.
D’une manière générale, il est à noter que :
- 45 % seulement étaient en activité professionnelle avant la détention ;
- 22 % des personnes rencontrées sont nées à l’étranger mais seulement 12 % ont fait leur scolarité entièrement à l’étranger. 84 % de l’ensemble ont fait leurs études uniquement en France ;
- 1 % n’a jamais été scolarisé ;
- 3 % ne parlent pas du tout le français et 4 % le parlent de manière rudimentaire.
Du point de vue des formations
Les entrants en établissement sont globalement en très grande difficulté :
- 54 % sont sans diplôme (contre 55 % l’année précédente) ;
- 78 % ne dépassent pas le niveau CAP (contre 80 % l’année précédente) ;
- 38 % des personnes sont issues de cursus courts ou d’échec du système scolaire (primaire, enseignement spécialisé, CPPN, collège avant la troisième contre 40 % l’an passé.)
Évolution entre 1999-2000 et 2001-2002 |
Formation |
1999-2000 |
Pourcentage |
2000-2001 |
Pourcentage |
2001-2002 |
Pourcentage |
Sans diplôme |
17 073 |
53,7 % |
19 321 |
55,1 % |
21 506 |
54,6 % |
Cep Cfg |
2 296 |
7,2 % |
2 566 |
7,3 % |
3 032 |
7,7 % |
Cap comp. |
5 646 |
17,8 % |
6 107 |
17,4 % |
6 652 |
16,9 % |
BEP |
1 977 |
6,2 % |
2 160 |
6,2 % |
2 424 |
6,2 % |
Brevet |
2 345 |
7,4 % |
2 377 |
6,8 % |
2 895 |
7,3 % |
Bac |
1 494 |
4,7 % |
1 537 |
4,4 % |
1 712 |
4,3 % |
Ens. sup. |
945 |
3,0 % |
1 003 |
2,9 % |
1 187 |
3,0 % |
Total |
31 776 |
100 % |
35 071 |
100 % |
39 408 |
100 % |
On note sur trois ans une diminution significative des entrants déclarant un CAP, un bac et, cette année, des « sans diplôme ». La seule hausse sur trois ans est celle des personnes disposant d’un certificat d’études primaires ou du CFG, certificat de formation générale.
Du point de vue des compétences en lecture sur 40 940 entrants
Analyse des compétences en lecture des détenus testés |
Répartition en 6 familles de lecteurs |
en degrés de difficulté |
A |
Ne réussissent aucune des épreuves et semblent ne pas maîtriser le seuil minimal d’accès à l’écrit. |
Illettrisme grave |
B |
Parviennent à lire des mots isolés |
Illettrisme grave |
C |
Lisent des phrases simples |
Illettrisme avéré |
D |
Prennent les informations utiles dans un document mais échouent en lecture de texte |
Difficultés de lecture |
E |
Comprennent un texte narratif mais échouent en lecture de document |
Difficultés de lecture |
F |
Réussissent au moins les deux dernières épreuves |
Réussite au bilan |
3,3 % sont non-francophones.
18,3 % sont en situation d’illettrisme grave ou avéré au regard du bilan lecture.
13,9 autres % échouent au test du fait de difficultés moindres.
Évolution entre 1999-2000 et 2001-2002
sur 21 953 personnes testées |
Familles de lecteurs |
1999-00 |
Pourcentage |
2000-2001 |
Pourcentage |
2001-2002 |
Pourcentage |
Illettrisme grave |
3 089 |
17,63 % |
3 247 |
18,2 % |
4 731 |
21,6 % |
Illettrisme avéré |
2 335 |
13,32 % |
2 147 |
12,1 % |
2 757 |
12,6 % |
Difficultés de lecture |
4 482 |
25,57 % |
4 622 |
26,0 % |
5 677 |
25,9 % |
Lecteurs |
7 620 |
43,48 % |
7 788 |
43,7 % |
8 788 |
40,0 % |
Total |
17 526 |
|
17 804 |
|
21 953 |
100,0 % |
Contrairement à l’année précédente, les niveaux relevant à proprement parler de l’illettrisme sont en hausse.
Ce phénomène semble interprétable par l’intégration récente dans les statistiques des résultats du repérage sur les gros établissements parisiens, alors que les enseignants n’y rencontrent pas directement tous les entrants du fait de l’importance des flux. Sur ces sites ce sont les services pénitentiaires qui renvoient au service scolaire des personnes déjà repérées par eux comme illettrées. Dès lors les statistiques de ces établissements, aux effectifs importants, sont déséquilibrées vers l’illettrisme grave facilement identifiable.
Il faut donc admettre ici une limite sur la fiabilité de l’échantillon d’analyse : si l’extension à plus de personnes détenues traduit bien une action plus forte et incitative, l’existence d’un filtre déformant sur les gros sites diminue l’effet de connaissance sur l’ensemble de la population pénale qui semblait acquise jusqu’à présent par un accueil systématique de tous (hors vacances scolaires) et une relative constance des résultats obtenus sur les dernières années.
Répartition des entrants |
|
2000-2201 |
Pourcentage |
2001-2002 |
Pourcentage |
Inexploitables |
2 926 |
8,3 % |
2 764 |
6,8 % |
|
Non francophones |
1 157 |
3,6 % |
1 353 |
3,3 % |
Illettrisme grave |
3 247 |
10,1 % |
4 731 |
11,6 % |
Illettrisme avéré |
2 147 |
6,7 % |
2 757 |
6,7 % |
Difficultés de lecture |
4 622 |
14,4 % |
5 677 |
13,9 % |
Lecteurs |
7 788 |
24,2 % |
8 788 |
21,5 % |
Diplômés |
13 184 |
41,0 % |
14 870 |
36,3 % |
Total |
32 145 |
100,0 % |
40 940 |
100,0 % |
Du repérage aux formations de base
On a pu constater l’année précédente que toutes les personnes scolarisées, de niveau infra CAP et donc relevant du bilan lecture, n’avaient pas été testées. Ceci montre que l’accès aux formations passe pour certains hors du dispositif « accueil-repérage » et, d’autre part, que certains enseignants n’éprouvent pas le besoin de tester tardivement ces personnes scolarisées, considérant que d’autres outils sont plus pertinents dans l’action pédagogique que le bilan lecture.
On note cependant dans l’enquête hebdomadaire de janvier 2003 que plus de personnes scolarisées relevant du bilan lecture l’ont passé cette année par rapport à l’année précédente.
|
Nombre de personnes scolarisées |
Nombre de personnes
testées |
2002 |
2003 |
|
Par diplôme |
Bilan lecture |
%/ niveau diplôme |
%/ niveau diplôme |
Sans diplôme |
4 521 |
3 618 |
77 % |
79 % |
CEP-CFG |
1 222 |
846 |
67 % |
69 % |

Publics des formations de base
Les formations de base comprennent :
- des actions d’alphabétisation (de personnes n’ayant pas été scolarisées de manière durable),
- des actions de FLE (français langue étrangère) pour les bas niveaux dans leur langue d’origine,
- des actions de lutte contre l’illettrisme pour des personnes qui ont été scolarisées mais ne maîtrisent pas à l’âge adulte les savoirs de base (se repérer dans le temps et dans l’espace, communiquer à l’oral et à l’écrit, mener des raisonnements logiques et mathématiques élémentaires),
- des actions de remise à niveau pour des publics sans diplôme ni qualification qui ne peuvent préparer des diplômes de niveau 5 et, éventuellement, une préparation du certificat de formation générale qui représente une étape vers le CAP (il équivaut aux unités capitalisables 1 en français et mathématiques).
Le public potentiel des formations de base n’est donc pas l’ensemble des « sans diplôme » mais ceux de « niveau de qualification 6 » qui, sans diplôme, sont issus des cursus courts ou d’échec (non scolarisés, primaire, enseignement spécialisé, CPPN-CPA, sorties de collège avant la 3e). Les autres « sans diplôme » issus des cursus CAP, BEP, brevet ou bac peuvent viser ces diplômes.
Il faut ajouter pour les formations de base ceux qui, de niveau CEP-CFG, échouent au bilan lecture. Il faut, en effet, constater que certains détenteurs du CFG sont encore en difficulté voire en situation d’illettrisme. Ainsi 32 % des « sans diplôme » sont en situation d’illettrisme mais également 17 % des personnes qui déclarent posséder un CEP-CFG.
Diplôme et difficultés de lecture
Formation |
Illettrisme grave |
Illettrisme avéré |
Difficultés de lecture |
Lecteurs |
Total |
Sans diplôme |
1 871 (19 %) |
1 281 (13 %) |
2 475 (25 %) |
4 196 (43 %) |
9 823 (100 %) |
CEP-CFG |
115 (8 %) |
129 (9 %) |
312 (23 %) |
828 (60 %) |
1 384 (100 %) |
En ajoutant les personnes de niveau 6, les personnes illettrées ayant déclaré un diplôme CEP-CFG ou plus, on peut estimer à 35 % de l’ensemble des effectifs relevant des formations de base, indépendamment du FLE.
Scolarité et formation
Scolarité
Formation
|
Primaire
|
Enseignement spécialisé |
CPPN
|
Collège
avant la 3e |
Collège
en 3e |
CAP
|
BEP
|
Lycée
|
Total
|
Sans
diplôme
|
2 446
(20 %)
|
838
(7 %)
|
466
(4 %)
|
2 909
(24 %)
|
2 020
(17 %) |
1 796
(15 %)
|
994
(8 %)
|
54
(5 %)
|
12 023
(100 %)
|
CEP
CFG
|
303
(19 %)
|
140
(9 %)
|
102
(6 %)
|
402
(25 %)
|
229
(14 %)
|
322
(20 %)
|
94
(6 %)
|
27
(2 %)
|
1 619
(100 %)
|
L’enquête hebdomadaire de janvier 2003 montre que 15 % des scolarisés sont dans des actions alpha-illettrisme spécifiques pour une moyenne de 6,9 heures hebdomadaires et 22 % dans des préparations au CFG pour une moyenne de 7,3 heures hebdomadaires.
Analyse de la variance d’heures
de scolarisation dans les activités par niveaux
Classe |
Effectif |
Moyenne |
Alpha-illlettrisme |
1 439 |
6.9 |
Préparation CFG |
2 138 |
7.3 |
Cependant on trouve des personnes illettrées en formation soit dans des actions dûment étiquetées de lutte contre l’illettrisme (niveau 6) soit dans des actions de remise à niveau primaire (niveau 5 bis) : l’action de formation de base assurant des parcours différenciés selon les difficultés est fréquente dans les petits établissements où les effectifs ne permettent pas de faire des groupes spécifiques.
La proportion des scolarisés en formation de base, autour de 37 %, est donc à peu près équivalente à la proportion du public potentiel niveau 6 dans les effectifs globaux (35 %).
Néanmoins, du point de vue du nombre de personnes inscrites en cours d’année 2002, 58 % des personnes scolarisées sont en formation de base.
Ces deux données divergentes s’expliquent par la forte rotation des publics de bas niveau : on trouve plus d’inscrits en % sur une année, à ce niveau, qu’à un temps « t » parce que beaucoup d’inscrits restent moins longtemps.
De nombreux détenus illettrés sont indigents, ou à la limite de l’indigence, de telle sorte que leur première préoccupation est d’obtenir une rémunération, ne serait-ce que pour vivre en prison. Aussi la demande de formation est souvent abandonnée au profit d’un emploi pénitentiaire rémunéré lorsque l’organisation de l’établissement impose un choix exclusif entre travail et formation.
Ce phénomène déjà repéré les années antérieures renvoie à la question de la mise en œuvre de politiques rendant compatibles enseignement et activités rémunérées. On verra dans le compte rendu de l’enquête (chapitre 8.6) que ces politiques n’ont pas progressé en cours d’année.
Ce phénomène renvoie également à la qualité des actions pédagogiques qui doivent être mises en œuvre pour mobiliser ces personnes et assurer des apprentissages fondamentaux.

Les réponses pédagogiques apportées aux publics en difficulté
Le défi pédagogique au niveau des formations de base tient à la fois à l’ampleur des difficultés d’apprentissage des personnes, au volume d’heures hebdomadaire restreint et à une durée de formation en moyenne courte et à une motivation friable.
Non seulement il faut convaincre ces personnes à l’accueil et lors du repérage qu’elles ont tout intérêt à venir en classe mais il s’agit ensuite de leur montrer très rapidement qu’elles sont encore capables d’apprendre, ce dont elles sont rarement convaincues.
Pour mener à bien des apprentissages tardifs, il faut donc mettre en œuvre des approches pédagogiques motivantes pour des adultes et susceptibles de travailler les secteurs de compétences dans lesquels les personnes sont encore en très grande difficulté tout en disposant d’un temps extrêmement restreint pour ce faire.
Pour relever le défi des plus en difficulté et assurer les formations de base, il faut des enseignants spécialisés, ayant un CAPSAIS F ou de l’expérience en formation d’adultes.
En plus de leur spécialisation, ces enseignants se voient proposer en milieu pénitentiaire des formations régulières sur différents outils qui sont expérimentés et diffusés ; par exemple, Outil vidéo « en 1 mot »; dispositif informatique « langagiciels-nuagiciels » (conçu par le CNEFEI de Suresnes) ; fichier Objectif LIRE (Hachette) ; fichier lecture LETTRIS (Nathan) ; modules d’activation des compétences en mathématiques (CNEFEI) ; mallettes de jeux pédagogiques, « sources » de Montpellier, dispositif informatique TELID REACT (réseau d’accès à la connaissance pour tous)….
De même des démarches de remédiation cognitive sont expérimentées (ateliers de raisonnement logique conçus par le CAFOC de Nancy, langage informatique LOGO, conçu par S. Pappert, programme d’enrichissement instrumental de Feuerstein). Ces approches visent plus l’appropriation des mécanismes intellectuels fondamentaux que l’acquisition de « contenus de savoir ». Les objectifs sont aussi bien la prise de conscience par les apprenants de leurs difficultés, la correction des fonctionnements déficitaires que la reprise de confiance en soi.
On trouvera, ci-après, un tableau montrant comment les différents outils travaillés depuis plusieurs années couvrent l’ensemble des champs des savoirs de base.
Pour mémoire, on se rappellera qu’une recherche menée en 1999 a donné des éléments de réponse à la question de savoir si des personnes ne maîtrisant pas les savoirs de base pouvaient progresser dans un temps limité de formation en détention (à savoir, un ou deux modules d’une quarantaine d’heures en moyenne).
La recherche-action confiée à l’équipe de Jean-Marie Besse de Lyon-2 sur les parcours des détenus illettrés scolarisés a permis :
- de valider l’actuel repérage par le bilan-lecture,
- de vérifier que tous les publics qui ont bénéficié d’une formation aux apprentissages tardifs ont effectivement réalisé des acquisitions en une quarantaine d’heures, sur des axes différents selon les personnes mais particulièrement dans le domaine de l’écriture.
Le cadre adopté pour cette étude, était un mode d’évaluation dynamique en trois temps :
- positionnement initial à l’aide d’un outil diagnostic (DMA, diagnostic des modalités d’appropriation de l’écrit) ;
- quarante heures de formation fondée sur des approches de remédiation ;
- évaluation à nouveau avec le DMA et définition de nouveaux objectifs d’apprentissage.
Ce modèle qui articule étroitement l’évaluation et l’action pédagogique est apparu particulièrement pertinent pour scander le temps de l’action pédagogique dans un contexte où le temps échappe souvent au contrôle du pédagogue. Ce constat est en lien direct avec le développement de la pratique des livrets d’attestation de parcours dont la tenue est également rythmée toutes les quarante heures de formation. On notera que la tenue des livrets d’attestation en 2002 a particulièrement progressé au niveau des formations de base.
Dans la majorité des cas, les enseignants en prison sont professionnellement isolés : il est rare qu’ils soient nombreux à être affectés sur un même site pénitentiaire.
C’est pourquoi des dispositifs d’échange et de réflexion pédagogique ont été mis en place au niveau régional comme au plan national : publication du bulletin de l’enseignement en milieu carcéral, colloque tenu en décembre 2001) et troisième version du cédérom E.FO.RE (pour Évaluer, FOrmer, REmédier), édité en 2002 permettant à chaque enseignant d’avoir à disposition les textes fondamentaux, les bulletins, les actes du colloque et un certain nombre d’outils pédagogiques dont la pertinence et l’efficacité ont été évaluées.

Le travail avec l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme
La direction de l’administration pénitentiaire participe au travail de l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme tant au niveau central du conseil d’administration qu’au niveau de groupes de travail qui sont organisés au plan national mais aussi déclinés par les préfets de régions.
C’est ainsi que des directions régionales des services pénitentiaires sont de plus en plus souvent conviées, au côté d’autres ministères, entreprises, associations… à des réflexions portant sur les thèmes majeurs qui structurent la politique définie par l’ANLCI pour les trois prochaines années. Les thèmes sont les suivants :
1- Mieux piloter la lutte contre l’illettrisme par :
|
- la définition d’une stratégie nationale,
|
|
- le développement des partenariats et de l’action concertée.
| 2- Améliorer les prestations en matière :
|
- de repérage et d’orientation
|
|
- de formation et d’accompagnement
|
|
- de prévention et d’anticipation.
| 3- Partager les ressources et les compétences :
|
Communiquer sur l’illettrisme et les savoirs de base
| 4- Évaluer le nombre de personnes concernées et l’impact des actions et des politiques.
Sur l’ensemble de ces axes, l’administration pénitentiaire a développé depuis plusieurs années des politiques et des outils qui méritent d’être communiqués et confrontés aux autres pratiques initiées dans d’autres secteurs professionnels. Les DRSP doivent s’inscrire dans cette dynamique qui implique enseignants et formateurs mais aussi plus largement les départements insertion et probation.
Le partenariat avec l’ANLCI est l’occasion de reprendre et développer les objectifs de la lutte contre l’illettrisme en milieu pénitentiaire qui peuvent être actualisés de la manière suivante en 2002-2003 :
- généraliser le repérage systématique des détenus en situation d'illettrisme à l'ensemble des établissements pénitentiaires. L’impact des actions de formation n’est obtenu que par l’incitation opérée par les services dès l’accueil ;
- développer les actions d’enseignement assurées par l’éducation nationale et les formations spécifiques financées sur les crédits catégoriels « illettrisme » du ministère du Travail et évaluer ces actions en s’assurant qu’elles sont accessibles aux plus faibles niveaux par des démarches d'individualisation des parcours de formation ;
- concevoir, expérimenter avec l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme des dispositifs et outils pédagogiques les mieux adaptés à la formation des adultes les moins qualifiés ;
- développer les actions permettant de combiner l’enseignement des personnes illettrées avec des activités rémunérées ; le manque de rémunération des actions de formation illettrisme apparaît comme la source première des abandons des formations ;
- développer dans les départements insertion et probation des DRSP, une politique cohérente de formation basée sur les unités pédagogiques régionales et les unités régionales de formation professionnelle, en veillant à une meilleure coopération des services chargés de l’accueil et du suivi des détenus : les informations recueillies doivent être communiquées entre les services, en particulier par la mise en œuvre du logiciel Parcours en formation.
Extrait du bilan réalisé en avril 2003
pour la commission nationale de suivi de l’enseignement en milieu pénitentiaire
sur l’année scolaire 2001-2002 et le deuxième semestre 2002.
Ce rapport a été établi par la Direction de l’administration pénitentiaire.
Responsable : Jean-Pierre Laurent
conseiller pédagogique à la direction de l’administration pénitentiaire
Bureau du travail, de l’emploi et de la formation, PMJ3
Pour en savoir plus :
L’enseignement aux personnes détenues
L’enseignement en milieu pénitentiaire des jeunes détenus
Une interview de Jean-Pierre Laurent, conseiller pédagogique à la Direction de l’administration
L’illettrisme en milieu pénitentiaire : compétences de base et formations de base : une intervention au colloque de l'ANLCI en novembre 2003
et la présentation de deux ouvrages :
La lutte contre l’illettrisme en milieu pénitentiaire
Les actes d’un colloque sur l’enseignement en prison
Mise en ligne en janvier 2004.
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