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L’exploitation des évaluations, un outil de pilotage académique et départemental
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Dans le second degré, les enseignants disposent d’outils qui permettent de porter un diagnostic sur la réussite scolaire : les résultats aux examens, l’orientation, le redoublement, la consommation des moyens. Par contre, dans le premier degré, ces indicateurs sont peu nombreux, ils concernent plutôt les effectifs, le nombre d’élèves par classe. Cependant il existe un outil important qui apporte un éclairage précis sur le niveau de réussite en primaire : l’évaluation nationale, en particulier en début de sixième. Les résultats de ces évaluations et leur traitement par le logiciel JADE (logiciel d’aide aux évaluations diagnostiques) apportent une masse d’informations qui n’est d’ailleurs pas toujours suffisamment exploitée dans les établissements. Les résultats nationaux connus plus tard permettent, en plus, de mettre en perspective ces premières données.
Monsieur Auverlot, IA-DSDEN en Mayenne en 2004-2005, nous propose un élément d’information supplémentaire grâce à un document qui présente les résultats des deux cent trente-huit collèges de l’académie à l’évaluation sixième 2003, sous forme de graphiques en nuages de points. L’observation de ces graphiques est riche d’enseignements.
Origine de la démarche
Ce type de schéma d’analyse provient d’une étude faite par les inspecteurs généraux Catherine Moisan et Jacky Simon dans un rapport intitulé Les déterminants de la réussite scolaire en zone d’éducation prioritaire. Leur théorie : il n’y a pas de fatalité à l’échec scolaire. En effet, si tel était le cas, les résultats se traduiraient par une droite parfaite correspondant à chaque fois au fait que la prégnance sociale implique les résultats à l’évaluation.
Or ce que montre ce schéma c’est que, même s’il y a une pente, elle n’est pas parfaite. Donc, il faut essayer de comprendre pourquoi il n’y a pas de fatalité. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné, il y a une plus-value ?
Dans un poste précédent, Monsieur Auverlot avait été correspondant académique de l’éducation prioritaire, au moment de la refonte de ces zones d’éducation prioritaires. La publication du rapport Moisan Simon l’avait passionné. Mais comparer entre eux les vingt-sept collèges du département de la Mayenne apporte peu d’information. Par contre, les deux cent trente-huit collèges de l’académie constituent une masse globale tout à fait intéressante.
L’analyse
Tous les collèges de l’académie sont répartis dans un même tableau selon deux axes : d’une part, l’axe relatif au pourcentage d’élèves de sixième issus de familles de CSP (Catégories socio-professionnelles) défavorisées (d’un collège n’en comprenant que 5 % à un autre en comportant 85 %) et d’autre part, l’axe relatif aux pourcentages de réussite à l’évaluation en sixième en mathématiques (de 39 % à 85 %) ou en français (de 49 % à 80 %). On observe alors que plus un collège est sociologiquement favorisé et plus son évaluation à l’entrée en sixième, que ce soit en mathématiques ou en français, est bonne. Dans l’ensemble, c’est exact, le plus favorisé a de bons résultats… On constate une sorte de logique. Mais comment se fait-il, qu’à CSP équivalentes, des résultats diffèrent parfois de plus de dix points ? Ou bien qu’à résultats identiques, on remarque sur la même ligne un collège à CSP favorisées et un autre à CSP défavorisées ? On peut identifier ainsi les établissements où les élèves arrivent en sixième avec un bon niveau par rapport à leur situation sociale ou avec un niveau plus faible. Si des enseignants de cycle 3 qui ont envoyé leurs élèves au collège constatent que, par rapport à d’autres établissements à population aussi défavorisée, ils ont obtenu de bons résultats, alors ils ont peut-être quelque chose à nous apprendre sur la façon dont ils travaillent. À l’inverse, il se peut qu’il y ait des faiblesses à identifier sur le cycle 3, sans stigmatiser l’équipe enseignante, mais en cherchant simplement à comprendre pourquoi on obtient de tels résultats. Et les professeurs de collège, vont-ils travailler de la même façon selon ces différences ? Y aura-t-il besoin de groupes d’aide au travail personnel si les résultats sont satisfaisants ? Inversement, si le collège a de mauvais résultats à CSP équivalentes, il faudra peut-être mettre en place des dispositifs de remédiation. En général, on compare les évaluations d’un collège avec la moyenne départementale ou académique… L’originalité de ce travail, l’amélioration apportée, c’est le classement de tous les collèges de l’académie entre eux. Et quand on les classe, on voit des écarts dans le nuage de points du graphique qui posent question. Ces résultats sont destinés aux IEN et aux principaux de collèges pour qu’ils essaient de comprendre ces situations.
Des hypothèses
Peut-on émettre des hypothèses d’explication concernant ces écarts ? On peut se poser, en effet, un certain nombre de questions. Ces groupes d’élèves, avaient-ils déjà cette avance au niveau CE2 ? Le maître a-t-il une approche pédagogique particulière ? Y a-t-il corrélation entre le temps consacré à l’écriture et les résultats à l’évaluation sixième ? Il semble qu’au cycle 3, les élèves n’écrivent pas assez, ils ne passent pas assez de temps à rédiger, à produire. Plus un élève écrit à l’école, plus il est en bonne position pour aborder le collège. Mais il faudrait le vérifier. Au-delà, des paramètres autres que pédagogiques existent-ils ? L’instabilité des maîtres pourrait être un facteur d’explication dans le département de la Mayenne où le mouvement des maîtres concerne 25 % du corps chaque année. Un projet d’école, qui permet une continuité CE2, CM1, CM2 bien pensée, peut aussi favoriser ces réussites. Si les résultats sont très bons en français, la maîtrise de la langue n’aurait-elle pas fait l’objet d’un travail particulier à travers toutes les disciplines et cela depuis le CE2 ? D’autres hypothèses existent peut-être, mais ces graphiques mettent en évidence un constat, c’est une image qui est renvoyée aux acteurs de terrain. À eux d’analyser et de comprendre. Si nécessaire, une aide pourra leur être accordée. Mais la première démarche, c’est de renvoyer les gens à l’image que leur communiquent ces résultats et le positionnement de leur établissement. Ces indicateurs dépassent les indicateurs habituels portant sur les flux, les redoublements, les orientations… Les évaluations sixième sont donc un instrument intéressant, non de jugement, mais de réflexion à un moment donné pour comprendre ce que sont les élèves.
Zooms
Le document produit ensuite un effet de zoom sur deux groupes d’établissements. Il présente, d’une part, les vingt collèges de l’académie à population scolaire moyennement défavorisée, pourcentage compris entre 45,5 et 50,5, donc d’une grande homogénéité sociale. Si l’on observe les résultats de ces établissements, on constate des écarts à l’évaluation qui sont tout à fait considérables, de l’ordre de quinze points en français. Pour un niveau social de recrutement sensiblement identique, l’un des collèges obtient 58 % de réussite et l’autre 73 %. D’autre part, le second graphique présente les résultats des vingt collèges de l’académie à population scolaire la plus défavorisée, taux de CSP défavorisée entre 65 % et 85 %. Les écarts maximums entre eux sont de vingt points environ en mathématiques. Les meilleurs résultats étant de 70 % de réussite et les moins bons atteignant juste 49 %. Ces écarts importants interrogent. Mais il ne s’agit pas du tout d’utiliser ces tableaux pour chercher à évaluer les personnels, il s’agit de chercher à comprendre pourquoi « ça ne marche pas » et comment faire pour améliorer la situation. Il n’y a pas de remise en cause de l’enseignant, en aucune manière.
Informations aux établissements
Cette étude a été menée pour l’académie et communiquée au rectorat et à tous les inspecteurs d’académie. Dans le département, ces informations ont été remises aux principaux pour permettre à chacun de situer son établissement dans le graphique en nuage tout en gardant l’anonymat sur les autres points. Ensuite, chacun juge de l’utilisation qu’il peut faire de ces résultats parmi d’autres indicateurs. En Mayenne, il a été conseillé aux chefs d’établissements de proposer aux équipes d’enseignants une réflexion sur ces éléments, surtout le jour de la rentrée à l’arrivée des nouveaux collègues. Au-delà des informations un peu formelles, il est intéressant, ce jour-là, d’échanger sur les problématiques pédagogiques de l’établissement. Chaque chef d’établissement peut montrer à toute l’équipe où se situe son collège dans le nuage de points. Il dispose aussi, en Mayenne, d’un autre document qui s’appelle le radar, qui est un positionnement des vingt-sept collèges du département en fonction de quatorze indicateurs. L’enseignant est un cadre de catégorie A, c’est-à-dire quelqu’un qui est là pour concevoir, pour organiser.
Il est donc normal qu’on lui donne des instruments pour alimenter sa réflexion, orienter sa pédagogie.
Le correspondant d’établissement
Tout cela est aussi lié, dans les collèges de la Mayenne, à l’existence de correspondants d’établissement en charge de l’évaluation. Cette fonction sera réactivée l’an prochain avec les mêmes missions. Dans l’idéal, ce correspondant ne devrait être ni professeur de français, ni de mathématiques mais plutôt un documentaliste, un CPE, un professeur d’EPS ou d’arts plastiques pour bien montrer que ces évaluations n’intéressent pas que les professeurs de français ou de mathématiques. Il a pour mission d’interpréter les évaluations en termes statistiques, mais également de proposer un certain nombre de pistes de remédiation. Car l’évaluation sixième, qui porte sur le français et les mathématiques, doit avoir une interprétation beaucoup plus large. L’idéal, c’est que toute l’équipe de sixième puisse travailler, dans toutes les disciplines, sur une série de compétences données. Alors, ce travail devient intéressant parce que l’élève, au travers des disciplines différentes, peut percevoir une logique d’ensemble. La mission de ce correspondant, c’est aussi de faire une présentation des évaluations au conseil d’administration car toute la communauté éducative, conseiller général et personnalités qualifiées compris, doivent avoir accès à ces informations. À la rentrée prochaine, un conseil pédagogique sera mis en place dans chaque établissement. Sa première tâche sera de mener une réflexion sur les résultats de l’évaluation sixième à partir de l’analyse faite par le correspondant d’établissement.
Enfin, celui-ci a encore une autre mission, celle d’aller rencontrer les maîtres du cycle 3 pour leur présenter ces résultats.
Ce document se veut donc un instrument supplémentaire mis à la disposition des acteurs aux différents niveaux de l’institution scolaire. Il doit alimenter les réflexions sur le terrain pour permettre d’élaborer des projets pédagogiques mieux adaptés à la réalité. Il a permis aussi de repérer les établissements atypiques qui, à niveau de recrutement identique, obtiennent de meilleurs résultats, précisément les écoles présentées dans ce numéro d’Échanger.
Propos recueillis par Marcel Le Bihan auprès de Daniel Auverlot, IA-DSDEN.
Article extrait de la revue Échanger n° 73 « Les réussites paradoxales en 6e »,
Académie de Nantes, décembre 2005.
Mise en ligne en février 2006.
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