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Interview
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Lucile Barberis, conseillère pédagogique pendant vingt ans dans des circonscriptions maternelles puis mixtes, préside depuis deux ans l’AGIEM, Association générale des institutrices et instituteurs des écoles et classes maternelles publiques. Elle affirme le rôle fondamental de l’école maternelle dans la prévention de l’illettrisme.
Quels problèmes doit-on résoudre pour prévenir l'illettrisme ?
D’une part, le fait de ne pas avoir intégré dans la démarche pédagogique quotidienne la prise en compte des besoins différents des enfants -on le dit, mais cela reste un vœu pieu.
Qui dit apprentissage dit évaluation de ces besoins ; enseigner, c’est évaluer ; nous avons mis du temps à entrer dans cette culture de l’évaluation ; la participation au groupe national qui a élaboré les épreuves d’évaluation GS-CP nous a beaucoup intéressés. J’entends encore un discours « vieillot et décalé » concernant l’évaluation qui s’oppose à l’expression, qui prend du temps, qui empêche d’agir : comment peut-on prévenir des difficultés si on ne les analyse pas finement ?
D’autre part, si, à l’école maternelle, on travaille depuis longtemps sur les fonctions de l’écrit, sur la familiarisation avec la langue écrite à travers les albums, le travail sur l’oral mérite d’être revu et orienté.
Prendre en compte l’enfant comme interlocuteur, prendre en compte le rôle des familles dans cette démarche méritent sans doute d’être largement développés.
Dans le travail de l’oral, il nous faut davantage conduire l’enfant à prêter attention aux aspects formels du message, à la conscience des sons, à la réalité des syllabes. Cette relation nouvelle au langage se met en place à travers des explorations et des jeux portant sur les mots : rythmes, rimes, assonances, transformations (« javanais » : ajout d’une syllabe)…
De plus, il nous faut dépasser la « pédagogie de l’album » pour aller vers la construction d’une « première culture littéraire ». Dans cette aventure, il est indispensable d’instituer avec les familles des activités qui vont permettre de donner au livre un statut de référence de l’écrit et de lien culturel.
Dans l’école, il nous faut établir et partager des référents culturels communs.
Concrètement, quelles solutions préconisez-vous pour prévenir l’illettrisme ?
Notre association se retrouve pleinement dans les programmes de l’école maternelle. Beaucoup de pratiques y sont évoquées que nos collègues vont devoir davantage s’approprier. La prévention est en quelque sorte incluse dans les programmes. C’est l’école maternelle, dans son ensemble, qui est un système global de prévention de l’illettrisme, à condition de promouvoir la cohérence et la continuité des apprentissages dans ses différents niveaux et la liaison réelle et efficace avec l’école élémentaire.
Nous apprécions beaucoup l’accompagnement que les réseaux d’aide peuvent apporter aux enseignants et aux familles souvent démunies socialement, psychologiquement et intellectuellement. Car c’est souvent là que se trouve la source de l’illettrisme.
Il y a donc un effort d’évolution personnelle des enseignants, mais aussi une nécessité de les former et de les accompagner. Les IUFM, les équipes de circonscription, en nous aidant à nous informer sur les apports de la recherche, en élucidant les documents ministériels, en nous accompagnant pour en faire des outils pour les pratiques, ont un rôle important.
Notre association a pour ambition et vocation d’aller dans ce même sens.
Selon vous, quel peut être le rôle de l’école maternelle dans le domaine de la prévention de l’illettrisme ?
Son rôle est essentiel et le livret Lire au CP, bien qu’il souligne les apprentissages menés à l’école maternelle et la démarche de cycle GS-CP-CE1, a pu laisser penser que la prévention de l’illettrisme commençait au CP.
Dès la petite section, il nous revient de faire vivre aux jeunes enfants une « scolarité réussie » comme le dit la première phrase des programmes, c’est-à-dire une dynamique de progrès permanent qui varie selon les capacités de l’enfant, mais qui ne le met jamais en échec.
La grande section a bien entendu son rôle de charnière, mais sans la formalisation déséquilibrée qui existe : nous ne nous reconnaissons pas dans la pédagogie de la photocopie, caricature de CP.
Le recours à l’organisation par ateliers, si caractéristique de l’école maternelle, devrait permettre à nos collègues de mettre en œuvre des activités répondant aux besoins des élèves où tous ne font pas la même chose au cours de la journée et de la semaine.
L’école maternelle reçoit des enfants accompagnés par des parents et, grâce à la régularité de la fréquentation, grâce aux contacts fréquents avec les familles, autour de l’écrit, un lien social s’installe et se développe. C’est ce lien qui permettra à l’enfant de s’inscrire dans un projet de lecteur.
Pour consulter le site de l’AGIEM : http://www.agiem.fr/
Interview réalisée pour le site BienLire. Septembre 2003
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