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Interview
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Environ 250 classes relais fonctionnent au cours de l'année scolaire 2002-2003, avec 65 équivalents temps plein d'éducateurs de la PJJ (Protection judiciaire de la Jeunesse) du ministère de la Justice. Il faut y ajouter 51 équivalents temps plein d'éducateurs des services du secteur associatif habilité et des conseils généraux ou des éducateurs recrutés sur une subvention du conseil général ou de la politique de la Ville. Une vingtaine d'agents de justice ainsi que des psychologues de la PJJ y participent également. Dominique Brossier, responsable des dispositifs relais au sein de la PJJ, répond aux questions de l'AEF (Agence emploi formation).
Qui sont les élèves des classes relais ?
Les classes relais sont destinées à des élèves de collège qui sont entrés dans un processus évident de rejet de l'institution scolaire. Un peu plus de la moitié de ces jeunes font l'objet d'une mesure judiciaire ou administrative. Ils ont souvent perdu le sens des règles de base qui organisent leur activité au collège. Certains élèves ont même abandonné toute fréquentation scolaire parfois depuis plusieurs mois, voire plus d'une année. Il existe schématiquement deux types de classes: celles qui accueillent les « petits » âgés de 12, 13 et 14 ans, et celles qui accueillent les « grands », ayant 15 ou 16 ans. Les premiers sont plus difficiles que les seconds, qui développent une maturité plus importante. Les « petits » sont souvent des trublions, toujours en action, pour lesquels la seule perspective est de retourner au collège, après le passage en classe relais, alors qu'ils sont échec scolaire depuis le primaire, voire en difficulté depuis la maternelle. Les plus âgés ont une perspective de sortie du collège plus rapide, ce qui facilite le travail. Un point me semble important : ce dispositif n'a pas pour objectif premier de lutter contre la violence, même si, de fait, les élèves qui y sont accueillis ont pu commettre des actes violents. Le but, c'est d'aider les jeunes menacés de marginalisation scolaire.
Que font l'Éducation nationale et la PJJ dans ces classes ?
Ces classes sont des lieux d'enseignement. C'est fondamental. Même si enseignants et éducateurs sont attentifs aux problèmes sociaux des élèves, nous ne sommes pas dans un centre social, mais bien dans une classe. Ce serait d'ailleurs l'une des dérives possibles des classes relais: on a vu des enseignants avoir davantage envie de « faire du social » que de l'apprentissage. En général, cela s'est mal passé. Dans ces classes, il existe, pour simplifier, deux types d'enseignement. Pour les « petits », nous essayons au maximum de suivre le programme du collège (5e et 4e). Pour les plus grands, la classe relais s'inscrit davantage dans une perspective de remise à niveau et de construction d'un projet professionnel. On travaille donc plus sur les pré-requis des programmes de CAP, par exemple. On se permet davantage de s'éloigner des programmes scolaires, d'autant plus que ces élèves restent souvent plus longtemps.
Quel type de pédagogie est employé par les enseignants ?
La pédagogie des classes relais repose sur trois principes. D'abord, avec ce type de public, il faut sortir de la pédagogie de la répétition. Deuxième hypothèse: l'échec de ces élèves ne tient pas à des déficits intellectuels. Leur intelligence est en friche, mais mobilisable. Enfin, nous essayons de faire percevoir aux élèves que s'approprier des savoirs, c'est s'affilier à la société humaine. L'Éducation nationale et la PJJ, avec la participation d'associations, ont mis en place trois groupes de travail, pour proposer des outils pédagogiques pour l'enseignement du français, des mathématiques et des sciences et technologies, outils qui doivent prendre en compte nos trois principes pédagogiques. Chaque groupe de travail est piloté par un inspecteur général de l'Éducation nationale et se compose d'enseignants de classes relais, de chercheurs, de formateurs IUFM et de membres d'associations reconnues (Fondation 93, Association française d'astronomie, etc.). En pratique, ces outils proposent des situations complexes et ambitieuses qui n'ont plus rien à voir avec une pédagogie de la répétition. Par exemple, dans le cas des activités scientifiques et techniques, ils mettent les élèves en position d'observation, de débat et d'expérimentation de leurs hypothèses. C'est pour cela qu'il est nécessaire que les élèves soient 6 à 8 dans les classes : ni trop, ni pas assez pour permettre le débat.
Quel est le rôle des éducateurs dans ce dispositif ?
Les classes relais ont un double objectif, de socialisation et d'apprentissage. La tentation est donc forte que les éducateurs se cantonnent à la socialisation et les enseignants aux apprentissages. En pratique, c'est faux et stupide : selon nous, les apprentissages sont en eux-mêmes socialisants. Les éducateurs s'occupent essentiellement des problèmes de régulation du comportement des élèves, mais le font toujours avec l'enseignant. Ils ont également un rôle très important auprès des familles. Ils aident les parents à devenir des « parents d'élèves », mais ils peuvent aussi aller chercher chez eux des enfants qui sèchent les cours. Enfin, ils sont normalement chargés du suivi des élèves réintégrés dans les collèges. Mais tout cela se négocie au cas par cas, en fonction des personnalités des enseignants et des éducateurs.
Vous avez évalué les situations des anciens élèves de classes relais, à la fin de l'année civile 2002, six mois après leur sortie. Quels sont les résultats de ces évaluations ?
73 % des jeunes sont en formation. Même s'ils n'achèvent pas leur parcours, c'est déjà une amélioration par rapport à leur situation antérieure. Dans le détail : 46 % sont en collège, 14 % sont en formation professionnelle en lycée ou en CFA, 5 % sont en dispositif d'insertion et 8 % sont pris en charge dans des structures à fort encadrement éducatif (services d'insertion de la PJJ, de l'Aide sociale à l'enfance, institut de rééducation...). Pour les autres, 2 % sont dans la vie active, souvent employés à des « petits boulots » ou dans un travail lié à une activité familiale, 3 % sont incarcérés ou hospitalisés et 7 % sont « sans solution », c'est-à-dire que le passage en classes relais s'est révélé, a priori, inefficace. 15 % des élèves n'ont pas été retrouvés. Globalement, ce ne sont pas de mauvais résultats. C'est évident que pour les 46 % en collège, certains seront toujours absentéistes, ou auront des problèmes de discipline. Mais ce qui apparaît, c'est que le passage en classe relais est quand même un moment positif dans la vie de ces adolescents.
Quels sont les problèmes des classes relais aujourd'hui ?
Nous manquons clairement d'éducateurs. Seulement 60 % des classes relais ont un éducateur, et pas toujours à temps plein. Et pour septembre 2003, nous n'avons que 19 postes, à mi-temps, en plus. La PJJ doit aussi assurer ses missions premières, qui sont l'exécution des mesures ordonnées par les juges, et y consacrer une partie de son recrutement. L'autre problème vient du profil des enseignants, qui n'ont pas toujours les compétences pour enseigner en classes relais. Il n'y a pas de formation pour eux et il y a un gros travail à faire de ce côté-là. Enfin, un autre gros problème se pose lorsque certains collèges refusent de reprendre des élèves, après leur passage en classe relais. La question du retour au collège et du suivi de ces élèves est une vraie difficulté, aussi liée au déficit d'éducateurs.
Que pensez-vous de l'annonce de Luc Ferry sur le doublement des classes relais dans les années à venir ?
Avant d'envisager un doublement, il me semble qu'il faut déjà conforter les classes qui existent. Car, sur les 250 classes, un tiers fonctionnent bien, un tiers pourraient améliorer leurs pratiques, et un tiers ont de grandes difficultés. Par ailleurs, le recrutement des personnels pour intervenir dans les classes relais est parfois difficile. Que l'on augmente progressivement le nombre, en concertation avec les groupes de pilotages départementaux qui les pilotent et en fonction des besoins et des moyens mobilisables, d'accord. Mais cela ne se décrète pas, cela se construit.
La PJJ n'est pas associée aux ateliers relais. Que pensez-vous de ce dispositif ?
La mise en place des ateliers relais ne s'est absolument pas faite en concertation avec la PJJ. On peut le déplorer. La PJJ est prête à travailler avec les ateliers relais. Pour l'instant, nous y avons déjà affecté deux postes et demi d'éducateurs. On ne voit pas bien la différence entre ces deux dispositifs : les publics sont très similaires. En revanche, la pédagogie est différente : les ateliers distinguent moments de socialisation, qui reviennent aux associations, et moments d'apprentissage, qui sont le fait des enseignants. C'est contraire à ce que nous tentons de développer dans les classes relais, où le savoir, en lui-même, a valeur de socialisation. Il y aurait un intérêt pour les classes relais à travailler aussi avec les associations agréées par l'Éducation nationale. Pourquoi ne pas créer des classes relais, avec, par exemple, 20 heures d'enseignement par semaine auxquelles on ajouterait 5 heures d'activités conduites par les associations ? Il n'y a pas de raison que les élèves des classes relais ne bénéficient pas d'activités éducatives, eux aussi. Par ailleurs, sur le terrain, les professionnels râlent: pourquoi les ateliers relais ont-ils 30 000 euros de financement, alors que les classes relais ont des difficultés à obtenir dix places de cinéma ?
La PJJ est également associée à la réflexion sur la relance des internats... Que pensez-vous des internats relais ?
Actuellement, deux internats relais accueillent des élèves en grande difficulté sociale et familiale, dans le Var et en Haute-Savoie. Plutôt que de créer des structures spécifiques isolant ces publics, il semble préférable, dans le cadre du plan de relance de l'internat scolaire public, de « réserver » des places à des élèves en risque de marginalisation scolaire. Mais cela suppose d'en revoir l'encadrement, car les jeunes, ainsi accueillis, peuvent présenter des troubles du comportement : refus d'autorité, incivilités, manifestations violentes ou dépressives, caïdat, conduites addictives (tabac, alcool, haschich, etc.).
Interview réalisée par Tifenn Durand
publiée par l'AEF (l'Agence emploi formation) le 30 avril 2003
reproduite avec l'autorisation de l'AEF et de Dominique Brossier
Mise en ligne en octobre 2003.
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