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Interview
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Geneviève Texier-Neveux, conceptrice et réalisatrice de la vidéo Des Classes multi-âges à l'école maternelle. Pour quels apprentissages ? et responsable de l'édition audiovisuelle au CRDP de l'académie du Poitiers.
Qu'est-ce qu'une classe multi-âges à l'école maternelle ?
Cette organisation favorise l'entraide et la coopération entre enfants, replace le rôle de l'enseignant dans une perspective de tutorat adulte/enfant et crée un contexte stimulant de communication et d'expression orale et écrite en s'appuyant sur l'hétérogénéité du groupe classe.
Avec quels objectifs s'organise un projet de classes multi-âges, ici deux classes parallèles, à l'école maternelle ?
Notre école est composée de trois classes, deux classes parallèles multi-âges, la troisième accueillant les tout-petits de deux ans.
Du point de vue des enseignantes, le premier objectif était de créer une dynamique de travail pour engendrer la réflexion, la confrontation, enfin, l'analyse des compétences didactiques et pédagogiques de chacune au service des apprentissages. Nous avons mis en place une pédagogie différenciée, selon le niveau de chacun, en adéquation avec les exigences des nouveaux programmes, afin de respecter le rythme de tous.
L'analyse et la synthèse des réflexions, des mises en œuvre, furent indispensables pour favoriser la progressivité des apprentissages avec un travail d'aide aux enfants en fonction des difficultés et des manques perçus.
Nous nous sommes fixé une continuité et une clarté didactique tout au long de cette année.
Du point de vue des élèves, il s'agissait de faire développer leur langage à la fois oral et écrit grâce à la dictée à l'adulte. Notre priorité était le langage. Les classes multi-âges ont permis de faire travailler ensemble des élèves d'âges différents, dans des activités et des lieux bien définis. Les enfants ont pu visualiser la progressivité de leurs apprentissages dans leurs cahiers.
Pendant trois ans, l'enfant est amené à partager, à accompagner, à aider ou à être aidé sous forme de tutorat. Il prend conscience de ses procédures de résolution de problème qu'il verbalise, c'est la clarté cognitive. Il s'investit, il se projette dans les différents ateliers qui lui sont proposés en fonction de ses possibilités pour progresser, c'est la pédagogie différenciée.
Comment le projet peut-il s'organiser ?
S'organiser en deux classes multi-âges parallèles, c'est respecter certaines conditions, comme avoir l'accord de principe de l'Inspection académique, des parents et de la municipalité. Les locaux doivent se prêter aux échanges et à l'aménagement des coins jeux, accessibles et profitables à tous, ainsi qu'aux ateliers permanents avec matériel spécifique. Nous avons été amenées à demander certains travaux. Les ATSEM (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) sont partie prenante des activités d'apprentissages des élèves, ce qui sous-entend leur formation. La répartition des élèves doit être équilibrée, nous avions chacune 5 PS (petite section), 11 MS (moyenne section) et 12 GS (grande section). L'emploi du temps déterminé en fonction des nouveaux programmes doit être strictement respecté. Il faut que les principes et la mise en œuvre didactiques entre les maîtresses soient cohérents et partagés. Cela demande beaucoup de concertation et de réunions de synthèse, mais nous avons vécu tout cela avec bonne humeur et sérénité parce que nous y avons trouvé de nombreux bénéfices, pour nous et pour les enfants.
Quels conseils peut-on donner à une équipe d'enseignants pour mettre en place cette organisation dans le cadre de son projet d'école ?
La réussite d'une telle organisation tient pour une très grande partie à un bon esprit d'équipe, une équipe pédagogique volontaire et soudée grâce à une réflexion approfondie fondée sur les recherches les plus récentes 1. Il faut savoir se remettre en cause, partager ses doutes avec l'équipe pour avancer, trouver des solutions et favoriser la réussite des enfants. Cette organisation demande un travail de concertation et un travail personnel rigoureux mais équivalents à ceux qui doivent être dispensés dans toute autre organisation. Il faut savoir expliquer sa démarche, être prête à ouvrir sa classe, prête à parler de ses compétences, de sa pédagogie.
Pour installer une continuité pédagogique pendant trois ans, il faut créer un suivi personnalisé.
Bien sûr, le projet doit s'inscrire dans le projet d'école pour assurer une continuité de ce mode de fonctionnement et pour avoir l'adhésion de l'Inspection académique et de la municipalité.
Comment ce projet agit-il sur la prévention de l'illettrisme ?
Nous pensons que prévenir l'illettrisme commence par donner une priorité au langage oral et écrit. C'est un des objectifs de la maternelle : maîtriser son langage, s'adresser à l'enfant de façon claire et riche en lui donnant des outils pour construire son propre langage et l'aider à comprendre le fonctionnement de sa langue, comme découvrir la valeur sonore des lettres. Pour faciliter la prise de parole, il faut d'abord favoriser l'écoute. Si l'on considère l'élève à part entière, si le regard qu'on lui porte est positif, il prendra la parole plus facilement. Si l'enfant en difficulté a bien sa place dans le groupe classe, on pourra plus facilement analyser avec lui le chemin à parcourir. Cette attitude lui permet de trouver un point d'ancrage dans un ou plusieurs des cinq domaines des nouveaux programmes pour être valorisé et cela lui facilite l'entrée dans les apprentissages.
Le tutorat est un bon moyen de prévention, il faut l'instaurer et le consolider (maîtres et élèves).
Nous présentons quotidiennement des albums selon différentes modalités, par exemple lire le texte avec le support de l'image ou lire sans. L'enfant doit comprendre ce que signifie l'acte de lire et en quoi il consiste. Il doit différencier le lire du raconter.
Dès la petite section, nous amenons l'enfant à construire un récit, comme dans l'interprétation des dessins et la dictée à l'adulte.
Tous ces points abordés contribuent à prévenir l'illettrisme et l'organisation en classes multi-âges facilite leur mise en œuvre. Dans ce cas particulier où les classes fonctionnent en parallèle, l'enfant quel qu'il soit bénéficie en plus du double regard des maîtres ; c'est pour lui une meilleure chance de réussir. Pour terminer, nous pouvons dire que cette organisation est, du point de vue des compétences langagières développées, un facteur stimulant pour le développement du langage en interaction.
Interview réalisée pour le site BienLire. Mise en ligne en octobre 2005.
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