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Interview
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L’illettrisme est-il une défaillance de l’éducation nationale ?
L’illettrisme a toujours existé. La situation n’est sans doute pas plus grave qu’autrefois, mais elle n’est plus supportable car un illettré devient vite un exclu dans nos sociétés modernes. Les jeunes qui quittent le système scolaire sans qualification ont raté leurs apprentissages parce qu’ils n’avaient pas la maîtrise des bases fondamentales. Ils n’étaient pas placés dans de bonnes conditions pour apprendre : à cela, il y a des raisons familiales ; il y a des explications sociales ; il y a aussi des motifs pédagogiques. Tout n’est donc pas imputable à l’Éducation nationale, mais nous pouvons faire beaucoup mieux. C’est là-dessus que je travaille.
Quels moyens se donne l’Éducation nationale pour améliorer le repérage d’enfants en situation d’illettrisme et prévenir l’échec scolaire ?
J’ai confiance dans les maîtres de nos écoles qui mesurent l’enjeu : beaucoup se joue au cours des premières années d’école. Il faut absolument que tous les élèves apprennent à lire au cours préparatoire ! C’est l’objet de la circulaire sur l’apprentissage de la lecture que je viens d’écrire. Au début du CP, un entraînement systématique à la relation entre les lettres et les sons doit être assuré afin de permettre à l’élève de déchiffrer, de relier le mot écrit à son image auditive et à sa signification. C’est ce qui caractérise les méthodes syllabiques ou phonosynthétiques. Un bon départ en lecture, c’est un bon départ dans la vie.
Il faut repérer le plus tôt possible la nature des difficultés. Dès la prochaine année scolaire, les compétences des élèves en lecture seront évaluées au début du CE1 afin que puissent être mis en place des programmes personnalisés de réussite éducative pour les enfants qui ne maîtriseraient pas les automatismes nécessaires à la lecture courante.
Qu’en est-il du cas particulier des primo-arrivants ?
Il faut distinguer ceux qui arrivent de pays francophones et les autres. Il existe des classes spécialisées pour la remise à niveau ou pour l’apprentissage du « français langue étrangère » et des enseignants sont spécialement formés à cela. L’intégration de ces élèves en classe ordinaire ne peut réussir que s’ils maîtrisent les fondamentaux de notre langue.
Comment s’intègre la lutte contre l’illettrisme dans les programmes de réussite éducative ? Quel est selon vous le rôle des communes et de leurs CCAS ?
Si les parents, notamment les mères de famille, ne maîtrisent pas la langue française, les progrès des enfants sont difficiles. On sait bien l’importance des cinq à dix minutes qu’un enfant passe le soir avec son père ou sa mère sur la lecture du jour. Il s’agit d’ailleurs moins d’un travail que d’une complicité, d’une relation qui donne confiance. C’est à ce niveau que les dispositifs de réussite éducative ont tout leur rôle et les communes, avec leur CCAS, toute leur place. Le soutien des familles, les accompagnements en dehors du temps scolaire pour les enfants, les actions d’alphabétisation pour les parents sont des éléments indispensables à la réussite scolaire. Le plan de cohésion sociale donne une nouvelle impulsion et de la cohérence aux dispositifs existants. Avec leurs contrats de réussite éducative, nous voulons aller plus loin. Il s’agit de renforcer le partenariat avec les collectivités locales, les CCAS et les associations, et donc de rendre encore plus efficace les prévention de l’illettrisme.
Interview publiée dans le dossier « L’illettrisme se combat au quotidien »,
Mensuel d’information ACTES de l’ANLCI, n° 366, mars 2006.
Mise en ligne en mars 2006.
Pour en savoir plus
- Apprendre à lire, circulaire n° 2006-003 du 3 janvier 2006, BO n° 2 du 12 janvier 2006.
- Programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE), décrets n° 2005-1014 et n° 2005-1013 du 24 août 2005, JO du 25 août 2005, BO n° 31 du 1er septembre 2005.
- Programme de « Réussite éducative », circulaire du 13 juin 2005. Ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement – Ministère délégué à la cohésion sociale et à la parité.
- Organisation de la scolarité des élèves nouvellement arrivés en France : sans maîtrise suffisante de la langue française ou des apprentissages, circulaire n° 2002-100 du 25 avril 2002 - Le BO spécial n° 10 du 25 avril 2002.
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