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L’action auprès des tout-petits, des enfants, des adolescents et de leurs familles
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Le cadre national de référence pour la lutte contre l’illettrisme
L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) a élaboré un cadre national de référence avec la participation active d’une centaine d’institutions représentatives des services de l’État, des collectivités territoriales, des entreprises, de la société civile et de la communauté scientifique qui composent l’ANLCI.
Cet outil a été conçu pour donner aux décideurs et praticiens une vision synoptique des composantes essentielles de la lutte contre l’illettrisme : il présente les principes directeurs et les champs d’intervention, il énonce des recommandations pour faciliter l’action des pouvoirs publics, des entreprises ainsi que de la société civile. Chacun aura ainsi toutes les cartes en main pour se situer, mieux cerner son rôle et celui des autres, dialoguer avec ses partenaires, décider et agir plus efficacement.
À un moment où s’engage le débat sur l’éducation, où se développe la prévention de l’illettrisme, où des décisions vont se prendre pour faire évoluer les organisations et redéfinir les responsabilités entre l’État et les collectivités territoriales, à un moment où se dessine une évolution des politiques d’emploi et de formation professionnelle dans le cadre de la décentralisation et des négociations entre les partenaires sociaux, dans une période d’évolution des politiques d’intégration et d’inclusion sociale, ils est plus que jamais nécessaire de mettre à la disposition de tous ce cadre national de référence.
Marie-Thérèse Geffroy
Directrice de l’ANLCI
Octobre 2003
Pour consulter les différentes parties du cadre national de référence.
L’action auprès des tout-petits, des enfants, des adolescents et de leurs familles (prévention de l’illettrisme)
Elle se situe en amont pour créer des conditions favorables à la réussite des apprentissages et traiter les difficultés avant qu’elles ne se transforment en blocages et conduisent plus tard à des situations d’illettrisme.
Toutes les initiatives qui contribuent à la maîtrise de la langue française et facilitent l’accès à la culture écrite, toutes celles qui donnent aux enfants le goût d’apprendre et la capacité à le faire, participent à la prévention de l’illettrisme. Ce sont des actions anticipatrices qui se situent largement en amont : elles créent des conditions favorables pour que les difficultés ne trouvent pas prise .C’est l’efficacité globale du processus éducatif qui est le premier rempart contre l’échec scolaire.
De manière plus spécifique, la prévention de l’illettrisme a pour but :
- de détecter les difficultés et les facteurs de risque le plus tôt possible,
- d’apporter aux enfants et à leur famille toute l’aide nécessaire pour faire face aux problèmes rencontrés,
- de construire ou de reconstruire une dynamique d’apprentissage favorable au développement du langage et de la capacité à lire et à écrire.
La prévention est mise en œuvre dès la petite enfance et se poursuit pendant les années de scolarité obligatoire en mobilisant conjointement les ressources des pouvoirs publics et de la société civile ainsi que celles des entreprises qui contribuent à l’action éducative.
Elle s’inscrit dans un contexte de prise de conscience croissante aux niveaux national et international de l’ampleur des phénomènes d’illettrisme dans la population adulte d’une part, et d’autre part, de l’importance des difficultés d’apprentissage de la langue écrite pendant la scolarité obligatoire. Nombreux sont en effet les jeunes qui ne maîtrisent pas les compétences de communication écrite correspondant à leur classe d’âge.
Ces deux phénomènes, maintenant mis en relation, interpellent vivement les pays développés. Ceux-ci croyaient avoir, grâce au développement de la scolarité obligatoire, réussi l’alphabétisation de leur population et donné à tous une autonomie suffisante pour être à l’aise dans les situations de communication écrite de la vie quotidienne. Or, ce n’est pas le cas : en France, dans notre pays, plus de deux millions de personnes rencontrent des difficultés en communication écrite.
Cette prise de conscience s’est accompagnée d’une mise en alerte de la société sur la nécessité d’agir très tôt pour éviter que le risque d’illettrisme à l’âge adulte ne prenne racine dès l’enfance d’où l’expression « prévention de l’illettrisme ».
Nous ne partons pas de rien car, depuis une trentaine d’années, un important patrimoine de compétences et d’expériences s’est constitué tant dans le champ de l’éducation formelle (enseignement scolaire) que dans celui de l’éducation non-formelle (activités culturelles et éducatives) pour apporter un appui aux enfants et aux familles les plus éloignés de l’écrit. Mais ces démarches ne faisaient pas systématiquement référence à la prévention de l’illettrisme, même si elles y contribuaient activement.
Ce qui change aujourd’hui, avec la mobilisation de l ’opinion et l’investissement croissant des institutions, notamment avec l’engagement du Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche en juin 2002, c’est que la prévention de l’illettrisme devient réellement une priorité éducative nationale.
Désormais, il y a une volonté collective de l’ensemble des forces sociales de mieux articuler leurs contributions pour avoir une approche plus globale, plus stratégique et plus offensive.
1. L’action de l’école
- L’anticipation éducative tournée vers la réussite des apprentissages, la maîtrise de l'écrit et, plus globalement, de la langue française
- La vigilance et la réactivité aux difficultés individuelles
- Les stratégies adaptées aux contextes spécifiques
2. L’action des professionnels de santé
auprès des enfants ayant des troubles sensoriels et des troubles du langage
3. L’action culturelle et éducative des associations et des services publics de proximité
- Les démarches auprès des tout-petits
- L’accompagnement à la scolarité
- Les loisirs éducatifs : rencontres non-formelles avec la lecture, l’écriture et toutes les autres formes d’expression et de communication
4. L’implication des parents éloignés de l’écrit
5. La territorialisation des projets éducatifs et la formation des partenaires locaux.
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1. L’action de l’école
Trois leviers d’action en direction des enfants et des jeunes de moins de 16 ans.
- L’anticipation éducative tournée vers la réussite des apprentissages, la maîtrise de l'écrit et plus globalement de la langue française
Elle agit en amont par l’amélioration continue de l’environnement éducatif chaque fois que la réussite des apprentissages gagne du terrain et de fait limite le risque d’échec : programmes plus pertinents, pratiques pédagogiques plus performantes, activités artistiques et culturelles, usage croissant des technologies de l’information et de la communication, vie scolaire plus dynamisante. Il s'agit aussi de mettre en œuvre des coopérations plus fortes avec l’ensemble des acteurs de la chaîne éducative et tout particulièrement de situer les apprentissages dans la globalité de la vie de l'enfant, en relation étroite avec sa famille. Le but est de créer, dès l’école maternelle, des conditions d’apprentissage toujours meilleures pour préparer les enfants et les adolescents à mieux maîtriser la langue française et à devenir des lecteurs motivés, actifs et autonomes.
- La vigilance et la réactivité aux difficultés individuelles en lecture et écriture
Nous sommes là dans le cadre de la pratique ordinaire de la classe. Il s’agit de repérer les situations de fragilité et de réagir rapidement en aidant les élèves à franchir les obstacles qu’ils rencontrent. Ne pas laisser s’accumuler les difficultés est le meilleur moyen d’éviter que l’échec ne s’installe. Si le cours préparatoire est le temps fort de l’apprentissage de la lecture et requiert une attention toute particulière, la vigilance et le traitement rapide des difficultés individuelles commence à l’école maternelle et se poursuit tout au long de la scolarité, car le développement de la capacité à lire et à écrire est un processus permanent et les décrochages peuvent se produire à tous moments.
- Les stratégies adaptées aux contextes spécifiques
Il s’agit ici de construire des solutions pédagogiques adaptées à des contextes particuliers. La nature des problèmes à résoudre, les conditions de vie, le rapport à l’écrit des enfants et des jeunes concernés nécessitent de définir des stratégies d’intervention propres à chaque situation : écoles des zones d’éducation prioritaire, enseignement en contexte bilingue ou multilingue, classes accueillant des enfants du voyage, scolarisation des détenus mineurs, enseignement spécialisé, ateliers et classes relais, section d’enseignement général et professionnel adapté, enseignement professionnel avec des jeunes ayant peu de pratique de l’écrit, etc.
Le plan de prévention du ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche 2 ,mis en œuvre à la rentrée 2002-2003, concerne l'école primaire (nouveaux programmes, littérature de jeunesse, cours préparatoires à effectif réduit ou à encadrement renforcé, livret « lire au CP », accompagnement péri-scolaire, usage des technologies de l'information et de la communication, prise en charge des difficultés les plus lourdes).Il agit de manière prioritaire dans ces domaines en s'articulant avec les autres dispositifs qui, dans le système éducatif, contribuent à la maîtrise de la langue et à la réussite scolaire des élèves rencontrant des difficultés d'apprentissage.
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2. L’action des professionnels de santé
Divers troubles peuvent être à l'origine des difficultés d'apprentissage de la langue écrite : troubles sensoriels (vue, audition, notamment), troubles du langage oral ou écrit (aphasie, dyslexie …).Il est important qu'ils puissent être dépistés et traités dès le plus jeune âge. L’action des professionnels de santé doit être menée de concert avec celle de l’école. Elle suppose une bonne connaissance mutuelle, un travail commun et régulier ainsi qu'un maillage des compétences respectives.
3. L’action culturelle et éducative des associations et des services publics de proximité
Sont regroupées sous cette appellation les activités réalisées, en dehors du temps scolaire, avec les enfants et les jeunes autour du livre, de l’écriture, du théâtre, du conte, de la chanson et de toutes formes d’expression et d’action qui mobilisent la communication écrite, orale et non-verbale.
Ces activités visent à donner ou redonner le goût et le plaisir de lire, d’écrire et de s’exprimer. Elles contribuent aussi au développement de la capacité à communiquer en utilisant des voies d’apprentissage non formelles, différentes et complémentaires de celles utilisées en milieu scolaire.
Elles sont mises en œuvre par les associations, les mouvements de jeunesse et éducation populaire, les bibliothèques, les intervenants culturels, les services sociaux et tous les acteurs qui agissent dans l’environnement des enfants et de leurs familles. Elles mobilisent des professionnels et des bénévoles. Elles sont particulièrement propices aux rencontres entre générations. On peut identifier plusieurs pôles d’attraction autour desquels se développent les initiatives, notamment :
- les démarches auprès des tout-petits, en lien avec les familles, pour placer les enfants dans un univers où le langage, les mots et les livres ont toute leur place et créer ainsi, dès le plus jeune âge, un contexte favorable aux apprentissages,
- l’accompagnement à la scolarité, qui permet de renforcer les apprentissages de manière non-scolaire, personnalisée et coopérative au sein de petits groupes,
- les rencontres non-formelles avec la lecture et l’écriture et tous les autres modes d’expression et de communication qui permettent aux enfants et aux jeunes de s’y engager avec une dynamique positive à travers des activités variées : ludiques, éducatives, artistiques, culturelles, sportives, humanitaires...
4. L’implication des parents éloignés de l’écrit
La capacité des parents à transmettre le goût de lire et le savoir-lire est un facteur important pour la réussite des enfants. Nombreux sont les parents qui ne savent pas comment s’y prendre pour aider leurs enfants et bien suivre leur scolarité. Leurs difficultés sont encore plus grandes quand ils sont, eux-mêmes, éloignés de l’écrit. Des initiatives contribuent à les rapprocher de la culture écrite, à les soutenir dans l’exercice de leur fonction parentale, à faciliter leurs relations avec les enseignants et à engager, si nécessaire, une démarche de formation pour apprendre ou réapprendre à lire et à écrire.
5. La territorialisation des projets éducatifs et la formation des partenaires locaux
La capacité à lire, écrire, parler, écouter, comprendre, se faire comprendre, s’exprimer et, plus globalement, l’accès à la maîtrise de la langue française et à la culture de l’écrit, se développent avec tous et partout. D’où l’importance de partenariats éducatifs, actifs et mobilisateurs, dans chaque espace territorial permettant de relier et d’optimiser les différentes initiatives. Le but est d’aller vers des projets éducatifs concertés qui répondent aux besoins des enfants et des jeunes dans chaque espace de vie. Les solutions éducatives doivent s’appuyer sur les énergies et les compétences de tous dans le cadre d'une véritable stratégie d'alliance éducative.
Dans cette perspective, plusieurs dispositifs mobilisent les partenaires locaux autour d’un projet commun : contrats éducatifs locaux, contrats d ’accompagnement à la scolarité, réseaux d’éducation prioritaire, école ouverte, contrats villes-lecture, relais-livre en campagne...Il faut s’appuyer sur l’expérience acquise et le savoir-faire de ceux qui, dans le cadre de divers programmes territoriaux et notamment de la politique de la ville,ont développé des compétences pour conduire ce type de projets. Il s’agit de bien mailler les dispositifs existants et ’avancer vers une généralisation des projets éducatifs dans les territoires en veillant à y intégrer la prévention de l’illettrisme, tout en contribuant à en améliorer la cohérence, l’efficacité et la pérennité.
Les partenaires locaux doivent pouvoir bénéficier d’un appui pour agir le plus efficacement possible. La constitution d’équipes mixtes regroupant des personnes de statuts différents (salariés, bénévoles) et de métiers distincts est particulièrement bénéfique. Des formations locales, ouvertes à tous, permettent de créer une culture commune et d'enrichir les compétences collectives et individuelles.
(chapitre 2.1 du cadre national de référence)
Mise en ligne en décembre 2003.
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