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Ma fille comprend-elle quand elle lit ?


  
Bonjour,
J'ai une petite fille de 9 ans (décembre 1994), qui sait à peu près déchiffrer. Je me demande si elle comprend ce qu'elle lit. La phrase en cours oui, mais après elle a oublié. La méthode globale lui a fait beaucoup de mal, nous avons repris à la maison avec la méthode syllabique et aujourd'hui lorsqu'elle lit, elle se trompe sur un mot, si on ne lui dit rien elle va passer, si on lui dit non, elle reprend le mot correctement.
Lorsqu'elle est face à un livre je me demande vraiment si elle le lit, souvent elle commence puis s'arrête très rapidement. Que nous conseillez vous ?
Nous la faisons lire le plus possible, mais doit-on avoir une autre démarche ?
Au niveau scolaire, j'ai peur que cela commence à la pénaliser fortement.
Sylvia Barrau-Huguet
26 septembre 2003

Bonjour,
Je fais l'hypothèse que votre fille est en CE2.
Si c'est le cas, n'a-t-elle pas passé les épreuves de l'évaluation nationale qui renseignent précisément les parents sur les difficultés éventuelles des enfants ?
Vous regrettez que la méthode globale lui ait fait beaucoup de mal. Mais qu'appelez-vous "méthode globale" ? Celle-ci n'est en effet pas utilisée dans les écoles et l'aspect analytique de l'apprentissage du code est normalement mis en oeuvre dans toutes les écoles françaises.
Les conseils que nous pouvons donner :
- entretenir un dialogue avec les enseignants qui sont en mesure de vous donner un point de vue professionnel sur les difficultés dans le domaine de la lecture ;
- toute école relève d'un RASED (réseau d'aides spécialisées pour les élèves en difficulté), à même de vous éclairer également et de vous conseiller ;
- concernant la lecture à la maison, votre rôle est sans conteste de contribuer au goût de lire, en développant toutes sortes d'occasions de motivation, ludiques, sans refaire "l'école à la maison" : votre fille peut donner l'impression de ne pas lire, parce qu'elle n'a aucun intérêt pour ce qu'elle lit. Pour vous assurez de la compréhension, faites-lui des farces : lisez silencieusement en même temps qu'elle un texte et dites-lui ce que vous avez compris, complètement farfelu, faites-la réagir, dire son désaccord, l'obligeant à argumenter, à se reporter au texte, en en lisant des extraits pour vous montrer qu'elle a raison... Des astuces de ce type pourront vous amener à des dialogues stimulants autour du texte. Montrez-lui aussi comme lire c'est passionnant en parlant à la maison entre adultes de vos lectures, en vous montrant en situation de lecteur. Faites les courses avec elle qui doit lire ce qu'il faut acheter, etc. ;
- si des problèmes perduraient, vous pouvez consulter un CMP ou un CMPP où une équipe pluridisciplinaire fera un bilan complet pour vous éclairer, vous associant dans le déroulement de la prise en charge.
Avec mes cordiales salutations.
Claire Boniface
26 septembre 2003

Merci de votre réponse si rapide. En fait elle rentre cette année au CM1. Mais je garde votre remarque concernant la lecture silencieuse et le farfelu. Il est vrai que nous lisons avec mon mari le soir mais nous avons commencé à lui parler des histoires que nous lisons.
Quand je parlais de lecture globale, pour moi c'est lorsqu'elle démarre un mot, elle n'utilise que les premières lettres et extrapole le reste. Il faut que nous lui disions non tu te trompes.
Nous avons eu aujourd'hui une réunion avec l'équipe éducative qui nous dit que notre fille est épanouie, souriante à l'école. Elle est actuellement en observation vis-à-vis de son nouvel instituteur (lui aussi). Elle ne retranscrit pas ses connaissances. Je suis inquiète car j'ai peur qu'il lui manque des bases nécessaires pour un épanouissement scolaire. Si elle ne rend pas son savoir, comment saurons nous !
Je vais utiliser votre idée concernant la lecture pour le reste grammaire et autres, je le faisais déjà pour les mathématiques avec des opérations fausses, mais je n'avais jamais eu l'idée pour la lecture.
Merci beaucoup.
Cordialement.
Sylvie Barrau-Huguet
29 septembre 2003

Bonjour,
Je vous assure que la méthode globale « pure et dure » est encore employée dans certaines écoles de France. Mes petits-fils en font les frais actuellement. Je suis enseignante en retraite et je sais bien de quoi je parle ! Hélas !... et je sais aussi les problèmes qui peuvent en résulter.
Anne-Marie Droit
13 décembre 2004
 
Bonjour,
Cette année, lorsque ma fille est entrée en CP, tout se passait bien.
Je m'étonne que l'on dise que la méthode globale n'existe pas, car elle fait du global à 99 % depuis le début de l'année.
Au début, j'ai voulu lui faire déchiffrer mais elle refusait, disant que ce n'était pas ses devoirs. Bien sûr, déchiffrer était plus dur que d'apprendre une lecture par cœur. J'ai fait confiance à l'enseignante. Mais au bout d'un moment, ma fille a commencé à s'ennuyer, et l'institutrice à dire que ça n'allait pas.
En décembre, ils n'ont que les syllabes « on, ou et eau, au » pour pouvoir lire. C'est impossible de lire quoi que ce soit d'autre que ce qu'il y a dans le cahier de lecture, et encore faut-il le lire dedans et pas ailleurs.
Ma belle-mère, qui a enseigné en CP durant 30 ans, m'a alertée quand elle a vu son cahier de lecture. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à lui apprendre les syllabes avec la méthode Boscher (parce que c'est celle que j'ai trouvée).
En 15 jours, les progrès ont été énormes, ma fille peut lire beaucoup de mots et retrouve l'envie de lire. C'était surtout là le problème : elle n'avait aucune possibilité de lire ailleurs que dans son cahier. Elle reconnaissait des mots, mais c'est amusant 5 minutes ! Du coup, elle n'avait plus envie d'apprendre à lire. Pourtant, depuis qu'elle est toute petite, on va régulièrement à la bibliothèque, elle a sa (ou ses) petite histoire tous les soirs. Elle avait vraiment envie de pouvoir lire. Maintenant elle est très fière lorsqu'elle arrive à déchiffrer un mot ou une phrase.
Ceci dit, la fille d'une de mes amies a eu la même maîtresse et la même méthode en CP et n'a rencontré aucune difficulté. Alors que pour ma fille, ça ne va pas du tout. Il faut dire que ça ne va pas non plus avec la maîtresse, elles ne se supportent pas. Selon la maîtresse, ma fille ne se concentre pas, est tête en l'air, etc. Et selon ma fille, la maîtresse n'est pas capable de rester plus de 5 minutes sans hurler. Le problème dépasse la méthode et ça n'arrange rien !
En tout cas, je voulais dire que la méthode globale est encore utilisée et ce n'est pas parce qu'il y a 1 % de déchiffrage que l'on peut dire que ce n'est pas du global.

Véronique Zanardo
25 décembre 2004

Bonjour,
Votre fille a peut-être un problème avec la notion d'effort ou de précision : lire rapidement, extrapoler, être tête en l'air. Est-ce que ça se retrouve ailleurs ? (suivre « vaguement » les règles d'un jeu, procéder par essais-erreurs, être approximatif en coloriage, etc.) Si oui, ça peut devenir un vrai problème : trop d'enfants pensent que s'ils ont compris ou fait « à-peu-près », cela suffit : la fameuse règle du 10/20, la moyenne. Dans ce cas, il faudrait lui faire comprendre l'importance de la précision, sans la stresser : certaines disciplines ne supportent pas l'à-peu-près, comme la musique, le bricolage, la cuisine (il faut combien de farine, 300 g ou 350 g ? C'est important !)
Elle a en tout cas un réel problème avec son instit et ça, c'est grave : même si elle en changera l'année prochaine, ça peut créer des blocages durables si elle se fait crier dessus, avec ou sans raison. Il faut absolument que vous trouviez ce qui ne va pas en discutant avec l'institutrice, réussir à détendre les choses : vous vous imaginez passer vos journées avec un patron qui vous crie dessus sans arrêt ?
Bonne chance.
Éléonore Brun
23 février 2005

« Ceci dit, la fille d'une de mes amies a eu la même maîtresse et la même méthode en CP et n'a rencontré aucune difficulté. Alors que pour ma fille, ça ne va pas du tout. Il faut dire que ça ne va pas non plus avec la maîtresse, elles ne se supportent pas. »
Mme Véronique Zanardo nous donne une des clés dans la guerre des méthodes de lecture : la nécessaire différenciation pédagogique, sorte d'arlésienne scolaire. Comment croire que tous les élèves fonctionnent de la même manière et qu'une méthode unique peut être appliquée également à tous en espérant qu'elle donnera des résultats identiques ? Certes la méthode syllabique a donné des résultats positifs mais combien d'adultes enseignés à coups de B-A BA (ba...ton ?) sont aujourd'hui en situation de difficulté face à l'écrit, ne serait-ce qu'au niveau de la compréhension de documents fonctionnels, adultes qui ne vivent la lecture que dans la contrainte ? Tous les élèves entrant en 6e du temps de la méthode syllabique pure savaient lire - encore faut-il s'entendre sur le savoir-lire -, contrairement aux élèves entrant au collège actuellement dont 20 % sont en difficulté de lecture. On oublie de préciser la proportion de laissés pour compte de la méthode syllabique dont l'école se débarrassait assez vite, sans dommages et intérêts. Ces constats d'échec sont hélas valables pour la méthode globale pure, comparativement moins pratiquée qu'on ne le pense. Apprendre à lire n'est pas chose facile, mais que dire d'enseigner la lecture ?
Gérard Bouhot
23 février 2006

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