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Difficultés de lecture à voix haute |
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Ma fille, 11 ans, tout à fait bonne élève par ailleurs, présente des difficultés de lecture à voix haute (elle butte sur les mots, les confond). Elle a de bonnes notes en lecture-compréhension, sa difficulté semble être dans le lien entre les yeux et la bouche pour énoncer ce qu'elle lit. Ses professeurs ont toujours dit que ce n'était rien. Je lui ai quand même fait faire de l'orthophonie en CE2 et elle fait aussi du théâtre. Je m'aperçois qu’à l'orée de la 6e elle a toujours les mêmes difficultés. Je ne trouve rien sur ce problème sur votre site, serait-elle unique en son genre ?
Anne de Cacquerey, Paris
9 avril 2007
La question que vous posez appelle une réponse simple : non, votre fille n’est pas un cas isolé. Il reste que sa difficulté à énoncer à voix haute ce qui est écrit ne reçoit pas une réponse simple. Une lectrice, comme tout lecteur, ne lit pas seulement ce qu’elle voit sur la page, mais aussi ce qu’elle imagine. Votre fille est une bonne lectrice, voilà l’essentiel, elle comprend pertinemment les textes. Aussi, lorsqu’elle lit, ajoute-t-elle sa propre compréhension, ce qu’elle imagine en fonction de ce qu’elle vient de comprendre.
La lecture à voix haute est un exercice difficile. Elle a d’abord servi à sélectionner les copistes au Moyen Âge, il fallait vérifier que le candidat savait déchiffrer les abréviations très nombreuses qui se trouvaient dans les textes manuscrits. Avec l’imprimerie, les abréviations ont disparu et la lecture oralisée a servi d’exercice d’évaluation. Cet exercice n’a de sens que si le lecteur a préparé la lecture du texte avant de le lire à haute voix. Cet exercice est très lourd, il demande une vigilance permanente, un contrôle de la réception par le public et une énonciation qui traduise la compréhension du lecteur. Donc, un exercice qui se déroule toujours dans un climat de forte tension.
Pour cette jeune lectrice, son imaginaire vient « perturber » l’énonciation orale, ce qui n’est, vraiment, pas un problème pour la lecture. Il est quand même utile qu’une lectrice ait un imaginaire riche, et tant pis, provisoirement, s’il affleure lorsque la tension est forte. Et, pour les enfants de cet âge, l’imaginaire est souvent tumultueux, il conduit vers des images, des sensations et des pensées inquiétantes, que l’enfant a du mal à accepter.
Ce débordement de l’imaginaire personnel dans le cours de l’oralisation ne doit pas devenir un problème pour la lectrice. Si elle se sent mise en difficulté par cet exercice, alors, elle risque de polariser d’autres problèmes personnels sur la lecture et la lecture deviendra une sorte d’abcès de fixation qui produira plus qu’une perturbation.
Statistiquement, les enfants connaissent tous des problèmes avec l’orthographe. On constate pourtant que, vers 15-16 ans, si les enfants n’ont pas été persécutés pour leur « mauvaise » orthographe, les problèmes s’atténuent, voire disparaissent. Sinon, l’orthographe reste un handicap, mais aussi un moyen indirect de manifester des oppositions.
Elle bute sur des mots, en met un autre à la place ? Ne pas en faire un problème, cela passera. Et peut être ne passera pas. Lire à haute voix, est-ce une compétence absolument indispensable pour réussir sa vie ?
Je vous invite, pour aller plus loin, à consulter un dispositif décrit dans ce document Travailler la lecture à voix haute en BEP.
Serge Goffard,
professeur de lettres et docteur en sciences du langage,
responsable éditorial du site BienLire.
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